‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 34 sur 72 · GUYANE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

GUYANE FRANÇAISE

Le décret du 29 novembre 1892, supprimant ou tempérant les droits qui frappaient les produits de première nécessité, a atténué l'influence que pouvait exercer sur le commerce local l'application du tarif métropolitain. Si la Guyane a persisté à s'approvisionner sur les marchés étrang-ers de toutes les matières alimentaires, parce qu'elles coûtent moins cher qu'en France (animaux vivants, viandes salées, farine de froment, riz en grains, légumes frais, etc.), du moins s'est-elle tournée vers les marchés de la métropole pour la plupart des marchandises soumises à l'application du tarif: tels le lait concentré, les fromajtres, le beurre, la morue, les poissons secs ou fumés, les pâtes d'Italie, le chocolat, le poivre, le tabac, le fer étiré, l'eau-devie, les tissus de coton et de laine, les tissus de soie, les outils, etc. Il en est résulté un certain déplacement de capitaux àïi profit de la France et une augmentation, d'ailleurs peu sensible, dans le chiff"re des importations et des exportations. Si l'on compare en effet la valeur du commerce guyanais en 1840 et en 1880 par exemple, on constate qu'il a plus que quadruplé dans les dernières années ; mais de 1880 à 1897 l'augmentation n'a g-uère été que de 2 à .3 millions, ce qui est insuffisant pour une colonie aussi riche en {)roduits naturels que la Guyane fran(;aise.

Importations Exportations Totaux

16,:Vô7,{i.58

'M-2 MISIC EN VALElll

Le léger fléchissement qu'accusent les deux dernières années s'çx[)lique par CR faitque le i»Tau(l mouvement vers les mines d'or a déterminé, en 1895, des acliatsexaï;érés de produits dont l'écoulement s'est eff"ectué beaucoup plus lentement qu'on ne l'avait espéré.

Les exportations ont surtout porté sur le café et le cacao;

(lalo en

Cacao

fV'ves

pn fèves broyé

sur l'or, ou du moins sur l'or déclaré à l'entrée, car il est hors de doute qu'il en a été expédié à l'étrang-er une quantité bien supérieure, çrâce à la contrebande effrontée que l'exploitation (tés mines a naturellement suscitée;

Kntrée exportation

etifiii sur- les bois

tiois (le Bois Bois

construction d'chcnisterie odorants

1895. . . 41 stères 194 (),3.W kilos

1896. . . 73 — Os t. 333 13,000 — I8<.>7. . . 5 — 0 st. 020 51,400 —

(les cliitfres ne sont pas, en somme, satisfaisants et accusent plut(\l un décourag-ement profojid qu'une activité réelle. C'est ainsi ipu', pour le café, la Guyane qui n'en a exportéque5l kilos en 9v;iit exporté, en 1842, 10,907 kilos. Les cafés de In

LK COMMEHCE 37.'{

Guyane sont considérés comme excellents, leur prix est peu élevé (1 fr. 50 à Cayenne),et cependant, par une anomalie qu'il ne faut pas se lasser de signaler, le Brésil reste notre plus grand fournisseur de cafés. On pourrait se demander aussi pourquoi les bois de construction et d'ébénisterie, qui pourraient donner lieu à d'importantes transactions, s'expédient d'une fa(;on aussi irrégulière, et pourquoi la Guyane qui avait expédié, en 1853, jusqu'à 893,000 kilos de bois d'une valeur de 60,595 francs, (lui en exportait encore, en 1881, 16,167 kilos, n'en vend plus, en 1897, que la quantité dérisoire de cinq stères. Au contraire, l'exportation de bois de rose a une tendance constante à l'augmentation et la vente qui ne portait en 1889 que sur 325 kilos a atteint, en 1897, près de 2,372 kilog-r.

Seule l'exportation de l'or augmentechaque année, et ce n'est pas un des phénomènes les plus regrettables que de voir la po- ()ulation indigène déserter l'agriculture et l'industrie pour se rujr vers l'exploitation des mines qui donneront sans doute, pendant un certain temps, des bénéfices considérables, mais qui s'épuiseront bien vite, alors que les bénéfices obtenus par l'agriculture sont les seuls qui ne s'épuisent pas et qui ne trompent jamais ceux qui les sollicitent. L'exportation au dehors de l'or guyanais accuse une progression presque inquiétante, comme le prouvent les chiffres suivants :

. . 8 kil.

Quant aux autres produits exportés de la Guyane, leur valeur est à [)eu près insignifiante, sauf peut-être pour le rocou dont il a été exporté, en 1897. pi'ès de I ,Î)I2 Ivilos. cliidVc sin-

!{~i MISE EN VALEUR

tnulirirmeiil faible si l'on sonye que la consommation dans le monde enderesl de 1,912 kilos; mais que dire du coton dont rex])orlation a complètement cessé alors qu'elle était encore en 1871 de 7.4G9 kilos? De la cannelle et de la muscade complètement abandonnée? De la girofle dont il n'a pas été exporté un seul kilo depuis 1883? Du poivre qui n'est pluscultivé dans la colonie, alors que la France seule en consomme annuellement de 2 à 3 millions de kilogrammes? Il y a là une situation qu'il faut dénoncer, car il est affligeant et inexplicable qu'une colonie si naturellement riche soit commercialement le plus pauvre de nos établissements d'outre-mer.

Si, du moins, la France trouvait en Guyane un marché important dont ses produits pourraient bénéficier ? Mais il n'en est rien. Il est vrai que la France y exporte annuellement 'pour l,oOO,000 francs de boissons diverses et pour 182,802 francs d^lcool, qu'elle y vend pour 743,212 francs de farineux alimentaires (alors que l'étranger en vend de son côté pour ')Î>8,00U francs) et des tissus pour 848,845 francs; mais le lait concentré, la charcuterie, les animaux vivants et les bois y sont vendus par les Etats-Unis, le tabac par les fiuyanes anglaise et hollandaise. Même pour les produits que la France fournit la part faite aux produits venus de l'étrang'er est encore beaucoup trop grande sans que rien puisse justifier cette préférence. Il y a là une situation qui, sans ètregrave, mérite de provoquer l'attention de la métropole.

SAINT-PIERRE ET MIOI KLO.N

.Iiis(|ii'aii II jaiiviei 1 8îl3, les droits de douane peu élevés, pei\us dcjniis 1845 et variant, suivant les éj)oques et les besoins, de 1,2") à i 0/0 de la vahMir des mairhandises, avaient

LE COMMERCE î»75

encouragé la consomniatioii des produits étrangers aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Par suite de l'application du tarif métropolitain, une transformation lente, mais incontestable, s'est opérée dans les habitudes du commerce local, et c'est ainsi qu'en 1896 le chiffre des importations des produits d'origine française a dépassé de 498,036 francs la valeur à l'entrée des marchandises étrangères. Il est vrai qu'en 1897 les résultats ont été un peu moins concluants, mais la différence en faveur des produits étrangers a porté exclusivement sur des articles < jui, ayant bénéficié de dég-rèvements en conseil d'Etat, échappent à l'application du tarif général des douanes. Quoiqu'il en soit, la transformation désirée s'opère peu à peu et la moins-value constatée en 1893 et 1896 sur les droits de douane constitue également une preuve de cette transformation. En effet, le mouvement commercial de la colonie ne s'est pas modifié pendant ces deux années, et la diminution des perceptions s'exj^ique uniquement par la substitution à des produits étrangers de marchandises françaises bénéficiant d'une exemption de droits. Cette réduction s'accentuera, sans doute, encore dans l'avenir sans s'élevercependantau delà d'un certain chiffre. D'une part, en effet, les marchandises actuellement tirées de l'étranger ou bénéficient déjà de dégrèvement ou consistent en produits spéciaux que les Etats-Unis et le Canada sont seuls aptes à nous fournir, et, d'autre part, certaines maisons d'armement, dont les capitaux sont extrêmement réduits, trouvent à Boston un crédit étendu qui 'les y retient et qu'elles ne trouveraient peutêtre pas en France.

Les principaux produits fournis autrefois par l'étranger et remplacés maintenant par des similaires provenant de l'industrie métropolitaine sont : la margarine, le biscuit de mer, le sucre, la mélasse (des Antilles), les sucreries, les confitures, le i^oudron végétal, l'alcool, le fer en barres, le fer étamé, les cordag'es écrus, les tissus de coton blanchis et teints, les

37() MISK KN N.VMMTK

tapis de laine, les vètcinciils à riisaye des luaiins et les vêtements confectionnés, la coulelhMJeooniniune, les articles de tnénai^-e, etc.

Quant au commerce d'exportation, il porte presque exclusivement sur les produits de la grande pêche (morues v(;rles, sècluîs, huiles et rognes de morues, homards, conserves, etc.). Il a atteint, depuis 1893, une moyenne de 9,488,^*î(> francs par an. Il faut cependant signaler la décroissance qui s'esl manifestée pendant plusieurs années dans notre commerce d'exportation et dont on n'a pas toujours indiqué les véritables causes. C'est, en réalité, la mise en vigueur par le gouvernement de Terre-Neuve du « Bail ad » en 1888 qui a paralysé les transactions relatives aux produits autres que la [)èche. Jusqu'alors les pêcheurs Terre-Neuviens, importateurs de boette, recevaient en échange de leurs produits des marchandises divQâ'ses qu'ils ont dû, à partir de cette époque, se procurerche/ eux. Des maisons de commerce se sont naturellement établies, à ce moment, dans le but d'exploiter cette situation.

Les résultats obtenus en 1897 semblent démontrer que le commerce d'exportation paraît enfin se relever de la crise dont il souffrait depuis 1891, puis(pie le relevé des opérations commerciales et leur comparaison avec celles des années précédentes indiquent une très sensible augmentation sur les marchandises, provenant de l'importation étrangère, réexpoitées.

I Ml'om ATIONS '^

AiiofCs il('l''iaiicH (MitruiiiUs colonies l'c'traiisîi'r lnlaiix

'Je France Tranvaises

1840. . t, :{()!>, :{7K „ i()s,i:{:, :)Ss.i77 i\o(i:>,!i!»n

■isriO. . 4,211. ()',»;{ :{!>,(;.si ii»,:»;*; i,i<si.(;,s(i -2M:k:va'.)

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LE

COMjMERCE

EXPORTATIONS

Pour la

Pour les

Pour

\ nuées

France

colonies fran(>aises

l'étranger

Totaux

'l,mi,Ui

Cette situation est encore bien meilleure aujourd'hui, puisqu'en 1 898, le montant des opérations commerciales a atteint 30,000,000 de francs (valeur marchande des produits aux lieux de destination). La situation est donc aussi bonne que possible et l'accroissement des transactions ne peut que s'accentuer d'année en année.

LA REUNION

En dépit des difficultés économiques contre lesquelles lutte notre colonie de l'Océan Indien, son commerce a une tendance sérieuse à l'amélioration. Certes elle a connu des jours plus prospères que les jours actuels et il y a encore beaucoup à faire pour que la situation de la colonie soit, sinon bonne, du moins satisfaisante pour les négociants et les exportateurs de l'ile ; toutefois il convient de constater que, depuis trois ans surtout, le chiffre des affaires auçi-mente sensiblement. Le réi^ime de 1892 qui a assimilé la Réunion à la métropole, en ce qui concerne les produits importés dans l'île, a eu pour effet naturel de resserrer les liens commerciaux qui les unissent l'une à rautre. En effet, la colonie et la métropole étant confondues en un seul et morne territoire douanier, les produits de la métropole entrent en franchise dans la colonie, tandis que les marchandises étrangères y sont passibles, sauf de très rares excep-

Les Colonies, vol. III. 24

lions déterminées par le décret du 0 décembre 1893, des mêmes droits de douane que s'ils étaient importés de France. Il est fâcheux toutefois, et ce que nous disons de cette colonie pourrait se répéter à propos de toutes les autres, que les produits de notre sol et de notre industrie ne jouissent pas à leur entrée en France, et par voie de réciprocité, des mêmes faveurs que la métropole, au moins pour ceux qui n'ont pas de similaires dans la mère-patrie.

Les produits des importations et des exportations de dix ans en dix ans depuis 1840 avaient donné les résultats suivants :

Iiiiport.i

itions

Kxporlatious

15,346,747 fr

an es

14,307,645 francs

On le voit, après avoir conmi des périodes médiocres, le commerce de la Réunion s'élève bruscpiement en 1860 et cette prospérité se maintient jusqu'en 1870. Cette déi'aillance, due à des causes hélas ! trop connues, ne dure pas et, en 1880, la colonie a reconquis à peu près son ancienne situation ; maisun nouveau fléchissement, (pji s'explique j)ar l'intensité delà crise sucrière, caractérise les années 1890 et les années suivantes; enfin, grâce aux mesures prises, le commerce* reprend une certaine activité dès 1890, comme le prouve l'examen attentif des années 1896 et 1897. Mais cette situation semble se modifier en 1898 pour des causes passag^ères que nous aurons à déterminer.

Importations ExporLilions

1890. . 21,887,900 francs 17,385,792 francs

Ces chiffres, intéressants par eux-mêmes, le sont bien davantage si on les analyse avec plus de précision. Les produits importés de France ont été respectivement pour 189()de 12,355,126 francs, pour 1897 de 11,661,099, pour 1898 de 10,147,720 francs ; pour les colonies françaises de 1,349,335 ; 4,371,134 ; 2,720,468, et pour l'étranger de 8,183,439 ; 5,629,430 ; 6,897,080 francs. Les exportations sont encore plus favorables au commerce français :

Colonies France fran(;aises Etranger

1896 . 16,215,261 francs 519,090 francs 651,441 francs»

Dans ce chiffre d'affaires, les transactions sur le sucre sont de beaucoup les plus importantes. L'année 1897, prise comme type, se partag'e entre deux récoltes de sucre: la fin de la campï^ne 1896-97 et le début de la récolte 1897-98. La première des deux récoltes est bien supérieure en quantité de sucre produit, puisque 1896-97 donne 45,082,315 kilos de sucre exporté et que 1897-98 dodne 31,483,427 kilos à la fin de la campag-ne, cest-à-dire, au 31 mai 1898, avant l'apparition des sucres de l'année suivante. C'est une diminution de 13,559,088 kilos pour celte dernière campagne sucrière, mais, d'autre part, les prix de la première ont varié de 29 francs à 32 fr. 50 au port d'embarquement, tandis que l'année précédente ce prix avait été de 26 francs le quintal métrirpie, différence larg'ement compensée par un rendement bien supérieur. En somme, c'est sur

IS98que s'est porté le déficit considérable de la campagne 1807-98, conséquence forcée de la sécheresse persistante du <l('inier hivernage.

En 1896, la Réunion a expédié à Madagascar 636,000 kilos de sucre, tandis qu'en 1897 cette colonie n'a plus demandé que 99,823 kilos, la colonie de Maurice ayant en partie supplanté liourhon par une augmentation de ses approvisionnements à Tainatave et sur les différents points de la côte malgache, en vue d'éviter l'application du nouveau tarif douanier.

Après le sucre, c'est le commerce des vanilles qui alimente lie préférenoe le commerce de la colonie. La récolte des vanilles en 1896 a donné 69,162 kilos exportés dont la valeur en douaneàla sortie était estimée à 3,337,708 francs, tandisqu'en 1897, il a été exporté 99,823 kilos (valeur: 3,973,305 francs). Ajoutons que la moyenne des prix de vente obtenus pour ces <l»ax récoltes de vanille est sensiblement plus forte que celle donnée par la douane. La sécheresse de l'hivernage 1896-97 a été particulièrement favorable à cette culture.

L'exportation des cafés, qui est de beaucoup inférieure à la consommation locale, a doublé en 1897; elle a atteint 82,887 kilos contre 43,831 k. sortis en 1896. 11 n'est pas douteux que les qualités supérieures du café bourbon ne lui obtiennent les prix très rémunérateurs qu'il a toujours obtenus cnEurojKî. Il se vend en moyenne 3 francs par kilogramme sjtir place et le prix des premières majques atteint jusqu'à 3 francs 30.

La production du tapioca et fécule de maiûoc qui avait alli'int 729,682 kilos en 1896 s'est relevée pour 1897 à 943,28!) kilos, bien que les prix soient restés très baspendant deux aiiiMM's (environ 32 francs les 100 kilos), à cause de la concurirnce des fécules et tapiocas étrangers.

Le chilfre des exportations de tlnini eu 1896 s'élève à 17,338,323 litres ; mais les prix sont médiocres et varient de 20 à 30 francs l'hectolitre. Il est toulel'ois regrellable «jue

LE COMMERCE ',\Hl

Maurice soit resté jusqu'à la fin de 1897 le grand fournisseur de rluim à Madagascar, l'exportation du rhum de la Réunion dans cette colonie ne dépassant pas 375,000 litres. Cette situalion s'est améliorée en 1898 et en 1899, grâce à l'application du tarif général.

Enfin les tabacs en feuilles et fabriqués ont donné une exportation de 62,023 kilos pour 272,570 francs en 1896 et de 52,883 kilos pour 239,925 francs en 1897, Terminons en constatant que la colonie a exporté à Maurice, en 1896, 322,366 kilos (valeur 104,161 francs) tandis que, pour 1897, la même exportation a atteint 984,323 kilos pourune valeur de 247,664 francs.

Telles sont les réflexions essentielles que suggère l'étude des exportations ; quant aux importations, il y a lieu de remarquer que celle des marchandises étrangères a diminué, en 1897, d'une valeur de 2,130,574, comparativement à celles^e

Précisons par quelques détails : les importations des animaux vivants en 1897 ont donné 227,400 francs de plus, tandis que les viandes de conserves diminuaient de 315,117 francs. Les produits de la pêche sont en diminution de 201,147francs; le» farineux alimentaires ont augmenté de 952,395 francs, augmentation motivée et au delà par la hausse des prix. En outre, les quarantaines imposées en 1897 à la suite de la peste dans l'Inde, ayant fermé les marchés ang'lo-indiens, la valeur des farineux étrangers a diminué de 2,550,784 francs et, par contre, les i-iz et farines d'orig-ine française ont augmenté de 3,660,179 francs.

Les boissons qui représentaient, en 1896, une importation de 2,301,577 francs sont tombées, en 1897, à 1,320,620 francs avec une moins-value de 980,957 francs. Cette moins-value doit être, paraît-il, attribuée à des approvisionnements exag"érés de vins français en 1896. Enfin les tissus ont été comptés en 1896 pour une valeur de 2,880,169 francs et en 1897 pour une va-

•"^8:2 MISE ES Valeur

leur de2,653,y92 francs avec uiic diiiiiiiutioiide226,177 francs. La France était, en ce qui concerne ce dernier produit, en diniinulion de 136,(383 francs, alors que les tissus étrangers ne j)erdaient que 89,484 francs.

En somme et malgré quelques défaillances, c'est toujours sur les marchés de la métropole que la Réunion s'approvisionne des objets nécessaires à la consommation et vers eux qu'elle expédie ses récoltes. « Son entrée dans l'union douanière a eu cet im- »( mense avantage de la mettre en rapports commerciaux régule liers av^ec les colonies françaises de Madagascar et del'Indo- (( Chine et de détourner au profit de celles-ci un courant «. d'affaires dont jusque-là les pays étrangers, l'Inde anglaise « notamment, avaient été les seuls à bénéficier. Ce mouvement « si appréciable pour les intérêts français est appelé à s'accen- « tuer davantage, et le moment n'est pas éloigné où la presque (( Totalité du commerce de la colonie se fera avec la métropole « ou avec les possessions françaises. La Réunion y gagnera, « tôt ou tard, de voir ses cafés, ses vanilles et autres produits, « n'ayant pas de similaires en France, aftVanchisde tous droits « de douane à leur arrivée dans les ports français (1). » Si rex|)ortation pour les colonies françaises est moindre en apparence, elle a suivi pourtant la même marche ascendante el progressive, et ce mouvement s'accentuerait bien davantage encore, si les pouvoirs publics de la métropole voulaient consentir à ce que les expéditeurs eussent, dans la colonie même, la libre disposition des sucres indemnes provenant du déchet dr. fabrication. D'autre part, l'annexion de Madagascar et les facilités offertes par l'Indo-Ghine poui" l'alimentation en riz de la population créole ont démontré que les tarifs spéciaux à la Réunion, trop favorables à l'Ani^deterre, ont besoin d'être modifiés après une expérience de huit années.

(1) Kii|.i)oitil(> M. l':(louardlV'lil, 1899.

LE SENEGAL

Il est aisé de constater que le commerce du Sénégal aug-mente chaque année d'une façon normale et régulière, ainsi que le prouvent les chiffres :

Années

Importations

Exportations

Totaux

. 24,%0,128 fr.

17,334,092 fr.

fr

Sur les chiffres d'importations, quelle est la part faite aux marchandises importées de France ou des colonies françaises etla part faite aux marchandises étrangères ? Les marchandises françaises sont-elles de plus en plus recherchées dans la colonie, ou bien reculent-elles devant l'invasion étrangère ? Il est heureux de constater que la France ne cesse d'étendre au Sénégal son action commerciale.

Années de France

des colonies françaises

IMPORTATIONS

de l'étranger

Totaux

1896. 13,451,000 fr. 2,526,000 fr. 10,200,000 fr. 26,177,000 fr.

Il en est de même, d'ailleurs, des exportations qui d'année en année sont dirigées davantage vers la métropole, ce qui ne peut manquer d'avoir comme résultat de lier plus étroitement les intérêts de la France et de sa colonie.

384 MISE EX VALELK

EXl'OniATlONS

Années pour France pour les pour Totaux

colonies r<>tranger

1896 . 13,027,843 fr. 411,409 fr. 6,123,813 ïr. 19,563,065 f . .

Que fournit la France au Sénég-al ? les sucres qui, après avoir été importés en 1889 pour une somme de 174,000 francs et pour ()90,000francsenl891, sont retombés en 1893à 493,000 francs. En 1897, ils représentaient encore une somme de 731,161 fr. Cette production déjà importante pourrait encore s'accroître si nous savions fournir aux indigènes le sucre qu'ils désireul, c'est-à-dire d'après un renseiq-nement fourni par M. Pellegrin, négociant à Saint-Louis, un sucre à j^ros grains et à lé^-ère odeur que Marseille expédie en grains de 2 kilos et au-dessus (1 ). De même que le sucre, les vins sont fournis presque exclusivement par la France. En 1890, il en était entré au Sénégal pour 3,300,000 francs ; en 1894, pour 2 millions ; en 1896, pour 830,000 francs (alors que l'étranger n'en vendait que pour 30,000 francs) ; en 1897, pour 898,692 francs et, en 1898, pour 1,639,720 francs représentant une quantitéde 2,313,197 litres.

Si la France a toujours gardé le monopole des vins, il n'en est pas de même de celuides alcools qui sont fournis, en quantité an moins égale, par l'Allemagne. « En 1891-^2, des fabricants français s'étaient outillés pour concurrencer le produit étranger, et ilsy étaient déjà parvenus quand a été votée la loi.frappant de droits très élevés à l'entrée les grains servant à la fabrication. La lutte devint alors impossible et force fut à notre commerce de s'adresser de nouveau aux Allemands (2). »

(1) l^ngrillirrc iJoauclerc, u|). cil.

(2) Revue coloniale, 1896.

Hambourg expédie cet alcool au prix minime de 20 à 23 iVaucs l'hectolitre, ce qui met, avec les différents droits à acquitter, le baril de 115 litres à 90 francs environ. Il est inutile d'ajouter, étant donné le prix de vente, que cet alcool de qualité très inférieure a déjà produit des effets désastreux chez la population indig-ène, et il faut espérer que cette situation se modifiera prochainement, grâce à l'installation d'une fabrique d'alcool de grains au Sénégal qui bénéficiera de l'admirable découverte du D' Calmette.

Les produits venus de France et qui sont préférés dans la colonie aux marchandises étrangères sont encore les fromages (29,465 kilos, en 1896, représentant une valeur de 82,274 fr.) et les biscuits (784,738 kilos).

Mais que de produits sont encore importés par les pays étrangers! Alors que la France vend au Sénég-al pour 19,000 francs de houille, la Grande-Bretag-ne et l'Allemag'ne lui en vendant pour700,000 ; le pétrole est exclusivement fourni par les Etats- Unis d'Amérique, ainsi que les conserves de bœuf salé. Il est nécessaire qu'une pareille situation soit rapidement modifiée.

Et encore ces importations diverses sont bien peu de chose si on les compare aux importations des tissus et des guinées ! Il s'en faut que la France ait en cette matière le rang qu'elle devrait légitimement occuper. C'est à peine si elle fournit 40 0/0 de la consommation locale. Même si on ajoute aux tissus importés par elle les guinées importées de l'Inde française pour une somme de 2,230,000 francs, il n'en reste pas moins que l'étranger occupe sur le marché du Sénégal une situation privilégiée. En 1896, les maisons de Belgique et de Hollande ont fourni au Sénégal pour 1,682,277 francs de guinées, alors que les fabricants français n'en écoulaient que pour 700,000 francs. En 1897, les produits de France, de l'Inde et des autres colonies atteignent le chiffre de 4,559,039 fr. mais la Belgique et la Hollande à elles seules en importent pour 1,489,477 francs. La

38() MISE E.N V.VLELH

situation est plus mauvaise encore si on examine les chiffres de l'importation pour les autres tissus (laine, chanvre, etc.). Pendant que les pays étrane^ers en vendent pour 5,350,352 francs, la France n'arrive à en placer que pour 172,124 francs. 11 convient d'insister sur cette situation d'où dépend, en grande partie, l'avenir de nos relations commerciales avec le Séné<'al. II faut, de toute nécessité, que lefal)ricant français se résig-ne à produire des tissus conformes au goût et aux habitudes dcTindigèneet non au sien propre. L'indig-ène aime loscouleurs voyantes et criardes? Que le fabricant sacrifie son g-oût et son esthétique à ceux du chent sollicité. L'indigène aime le tissu à bon marché ? Que le fabricant ne cherche pas à lui imposer des étoffes solides, admirablement fabriquées, mais qn'il ne peut vendre qu'à un prix trop élevé pour cette clientèle. Les habitants du pays aiment les dentelles, mais ils ne les veulent qu'en coton; pourquoi chercher à leur imposer des dentelles plus fines, d'un tissu meilleur, mais qui ne leur plaisent pas, étant forcément plus chères? Le succès est à ce prix : c'est en sacrifiant résolument au goût de leur clientèle noire, (piel que soit ce goût, (|ue la Grande-Bretagne et rAllemagne sont arrivées à s'installer en maîtresses sur un grand nombre de marchés. Il faut ne j)as oublier non plus que la laine a disparu et que le coton l'a presque partout remplacée. La question est donc nettement posée. En 1807, les importations de tissus ont é.té réparties ainsi qu'il suit :

[ France, Inde IVaiiraiso cl colonies . 2,S()7,i02

Guinées / Ariglclerro ^Oi.iiO

/ LJel^rique et llollanilc l,iX'.t,i77

Total. . i.r.;i!»,(W9

I l-'rancc I72,l:2i

Autres \ Anij^Ielerre 2,5:21,051

tissus i AII<Mnaiïne 5,705

' H.-lni.|u.- <■( Hollande 2,<>5(),«7i

Total. . 5,350,:i52 fr.

Il ri^sulte, en outre, du mouvement des importations de tissus de coton pendant les années 1897 et 1898 que la France, loin d'occuper la place qui devrait lui revenir en tant que métropole, a perdu du terrain, en 1898, puisque les importations françaises ont diminué de 792,332 fr. par rapporta 1897, alors <[ue les importations étrangères augmentaient de 399,111 fr. Pendant que les tissus écrus, blanchis, teints et imprimés de provenance française ne représentaient qu'une valeur de S20,389 francs, les tissus de même nature et de provenance étrangère atteignaient le chiffre de 3,893,414 francs. Dans ce chiffre l'Angleterre figure pour 3,011,426 francs, ci' qui représente, en somme, 68 0/0 des importations totales.

Il y a plus, dans le chiffre g^éiiéral de 12,176,000 francs représentant les importations de l'étranger en 1898, l'Angleterre figure pour 7,387,000 francs, les Etats-Unis pour 2,262,000 francs, l'Allemagne pour 1,075,000 francs, la Belgique poi,jj' 740,000, la Hollande pour 647,000, enfin les autres pays pour 55,000 francs. Quanta la France, elle a fourni pour 18,000,000 de francs sur 33,000,000 de marchandises importées. « Il résulte des chiffres qui précèdent que, sauf pour les alcools et genièvres de traite et pour les tissus où un sérieux effort reste à faire, les importations directes de la France tiennent une place relativement importante dans les transactions commerciales de la colonie (56 0/0 environ), non compris 2,500,000 francs de marchandises étrang-ères importées des entrepôts de la France et de ses colonies*. » « La part laissée à l'étrang-er est donc infiniment trop forte. L'administration locale semble, du reste, entrer dans la voie des mesures décisives. En janvier 1898, le directeur de l'intérieur du Sénégal prenait un arrêté instituant une commission charg-ée de rechercher les moyens propres à favoriser les rapports directs entre les producteurs de la métropole et les consommateurs sénégalais. » Il faut, en somme, ({ue nos industriels et nos commerçants adaptent résolument

leur fabrication aux besoins du marché. Ils serviront ainsi à la fois leurs intérêts et ceux de la France.

Exporlalions. — Les produits exportés sont, par ordre d'importance, l'arachide, la gomme et le caoutchouc. Les autres produits exportés représentent une valeur négligeable.

L'arachide s'exporte depuis 1841, époque à laquelle les marins de commerce de Marseille tirèrent du Sénégal 500 kilos d'arachides. Ces chiffres allèrent en augmentant jusqu'en 1883, époque de la plus grande prospérité. A cette date, l'exportation fut de 70,000,000 kilos représentant une valeur de 17,300,000 francs. En ISO.j le chiffre était tombé à 0,070,000 francs, <mi

1897 à 7,o80,842 francs, puis nouveau rebondissement eu

1898 avec 13,01 5,039 francs. Ce chiffre est d'autant plus significatif qu'il coïncide avec un avilissement des prix, ce qui prouve que la production, loin de diminuer, est en progrès négulier depuis plusieurs années. La Casamance, parcxemple, ne cesse d'étendre ses plantations. Il est donc à présumer ([ue l'exportation de ce produit ne cessera de s'accroître en dépit de la concurrence redoutable que lui font, malgré leur qualité inférieure, les arachides de l'Inde. Bien que les fabricants de Marseille utilisent une grande quantité de celles qui sont exportées, la France n'occupe pas encore dans ce commerce la place qui lui revient. Si elle a reçu 73,297,403 kilos d'arachides en 1898 (elle n'en avait acheté que 10,023,210 en 1897), la Hollande en a prélevé la même année pour 9,184,180 kilos et les autres pays pour 13,(JJ3,449. Cette situation, bien ([uc [xmi satisfaisante au regard de 1897, pourrait encore s'améliorer.

C'est en 1882 fju'a commencé l'exporlalion du caoutchouc avec 39,1)22 kilos. Eu 1888, elle est do 128,807 kilos, en 189i

(1) lia })}m\'( officiel du (iniirerncur (ji'iwral.

(2) l'icrr»' l)o{';uiC()iii|)r('t, oji. cil.

Lli COMMERCE

de 396, .jo3 kilos, mais elle n'est plus que 144,582 kilos enl895 et de 12(i,878 en J89(), parce que le caoutchouc sénégalais est réputé de qualité inférieure. Aussi, comme nous l'avons exposé dans le chapitre consacré à l'agriculture, des mesures ont été prises pour en améliorer la culture et l'exploitation. Ces mesures ont donné déjà d'indiscutables résultats, puisque l'importation du caoutchouc vers la France a été, en 1898, de 150,202 kilos représentant une valeur de 525,907 francs alors ([u'elle n'avait été, en 1897, que de 25,590 kilos (valeur 89,590 francs). On peut néanmoins s'étonner, quand la France en achète, année moyenne, pour 27 millions, que le Sénégal soit encore en mesure d'en vendre à l'Angleterre pour 101,173 kilos et 27,194 à d'autres pays. Pourquoi tout le caoutchouc provenant des colonies françaises n'est-il pas acheté par les commerçants français ?

Mais de tous les produits qui sont exportés du Sénégal, «ie plus important est certainement la gomme. En 1828, le Sénégal produisait déjà 1,491,805 kilos de gomme; en 1859, cette production était de 4,100,509 kilos ; mais, en 1883, l'exportation tombait à 2,500,000 kilos pour se relever avec 4,928,903 kilos en 1897 et 5,144,800 en 1898, représentant une valeur de 4,328,500 francs. Ce produit est presque exclusivement vendu en Russie, les quantités à destination des autres pays étrangers étant à peu près insignifiantes (101,207 kilos seulement pour l'Angleterre et 114,000 pour les autres pays).

Quant aux autres articles exportés, il suffit de les citer pour mémoire ; l'exportation des plumes d'autruche a rapporté, en 1898, 223,783 francs, les dents d'éléphant 51,307, les amandes de palme 89,780, l'or brut :380,598 francs. Enfin la vente des bois provenant généralement de la Casamance a donné les résultats suivants :

1897. . . 13,400 mèlres courants : valeur 07,000 fr. 1898 . . . 010 — : valeur 3,050 fr.

',V.)0 MISE EN VALEUK

II coMvienl de dire, en terminant, quelques mots du conimerce do traite qui, grâce à certaines maisons, telles que les maisons Maurel et Prom, Devès et Ghaumel, Bulian etTeyssère (1), est extrêmement florissant au Sénégal. Le temps n'est plus où l'indigène consentait à échang-er les produits de son travail ou de sa chasse contre des marchandises européennes. A l'heure actuelle, l'indig^ènequi connaît parfaitement la valeur de l'argent préfère de beaucoup être payé en monnaie. Il sait même, le cas échéant, g-ardersa marchandise et la consommera son profit plutôt que de la livrer à un prix qu'il ne jug-e pas suffisamment rémunérateur. Le cas s'est récemment présenté pour l'arachide. Ou a vu les chefs indigènes s'entendre entre <*ux pour obtenir, par une systématique abstention, le relèvement de prix de ce produit, et ils y ont parfaitement réussi. Aussi le commerce de traite, au sens propre du mot, se modifie-t-il peu à peu et l'c^ncien système ne se pratique plus guère quedans les escales où ces habitudes ne sontpascomplètement perdues (2).

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