‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 35 sur 72 · LE SOUDAN · texte numérisé non relu

LE SOUDAN

Les renseignements que nouspossédons sur le commerce du Soudan sont assez abondants, mais ils ne nous apportent sur l'orientation générale de ce commerce que des indications peu précises, quelquefois même contradictoires. Il faut espérer que

(1) A côté de ces importantes maisons il faut cit^v 'a maison iunêricaine Strikiand et Tuban à Goréc, la maison allemande Braun à Thiès et la maison Hartmann à RuHstjuc, (|uel(|ues maisons portnii^aiscs en (lasamancc ol d'autres maisons françaises comme celles de MM. Ciras, Aumont et Claude (iaillard, à Saint-Louis.

(i) Les recelles de douanes dans les (l'ois dciMiières anné(>s ont clé li's suivantes :

18l)(i. . . ii,S7:.,(l(l().li

1«!)7. . . :i,M!>..S',lti,(;i

IS!)8. . . :{..i07,8()7,:}5 c'est le cliilfrc le plus cicvc (|ui ail cic allcinl dc|)iiis I80i2.

la dislocation du Soudan ot la répartition de ses cercles entre les autres colonies économiquement plus av^ancées auront sur l'avenir du commerce soudanais une heureuse et définitive influence.

En 189G, M. le capitaine Ballieu adressait au ministre des colonies un rapport extrêmement détaillé sur le commerce général du Soudan, Il y constatait, chiffres à raj)pni, que le marché était partagé entre les productions étrangères et les productions françaises, avec une faveur marquée pour ces dernières (290,780 francs de plus-value sur les guinées, 42,432 fr. sur les autres tissus). Malgré tout, la concurrence étrangère occupait une place considérable sur les marchés du Soudan, puisque, dans le sud, parexemple, les tissus étrangers figuraient à peu près seuls à l'importation. A quelle cause convenait-il d'attribuer cette situation ? A ce que les maisons anglaises étaient mieux approvisionnées que les nôtres comme choix et comme variété de marchandises. Dans le nord, la situation était moins mauvaise et M. Ballieu pensait que, par la voie de Mogador, on pourrait assurer un écoulement rémunérateur de pièces deguinée, de basin et de soierie moyenne (1).

Dans un deuxième rapport sur le mouvement commercial de 1897, le même officier étabUssait que loin de diminuer en quantité, le mouvement commercial avait sérieusement prospéré, en dépit d'une apparente moins-value qui semblait résulter de l'étude des chiffres. « C'est, disait-il, qu'au fur et à mesure ^ue les nouveaux débouchés étaient ouverts et que la prospérité de certains marchés les y faisait affluer, tandis que le numéraire se faisait plus rare, toutes les marchandises ont subi comme valeur nominale une dépréciation énorme dont il faut tenir compte, puisque nous rapportons tout au

(t) Rapport (lu capitaine Ballieu, cité par M. Lagrillicre-Beauclcrc, op.

cit.

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payenienl comptant (1).)) De plus, en cette mèmeannée 1897, des a[)provisionnements importants avaient été arrêtés loni^temps dans le bas lleuve pour profiter du transport qui remplace très médiocrement la navig^ation par chaland pendant la baisse des eaux. (( On pourrait citer notamment beaucoup de sous-traitants de Kayes et de Médine qui, retardés, n'ont même pas pu remonter jusqu'à Bakel avec leurs pacotilles et n'ont pu les faire an iver à Kayes, sans compter leur dommag^e pécuniaire, qu'au prix de grandes difficultés et de retards préjudiciables. »

Celte situation ne s'améliora pas sensiblement en l'année 1898. Si les importations par le Sénégal s'accrurent d'une façon sensible, le fleuve étant redevenu praticable aux grands bateaux, les importations ontdiminué suc les frontières sahariennes, conséquence fatale des troubles qui ont agité les pays maures et de la prolongation inusitée de la saison des pluies, ^t sur la frontière sud qui a naturellement subi le contre-coup de l'insurrection de Babemba et de la guerre contre Samory. Les résultats de 1899, autant qu'on peut en conclure par les chiffres déjà connus, seront bien plus encourageants pour l'avenir de notre commerce dans ces régions.

Gomme pour le Sénégal, le principal article d'exportation est constitué par les tissus et étoffes de tout genre, « car, bien que le Soudan soit productif de coton, ce produit est encore de qualité très médiocre, et, de plus, les procédés de tissage et de confection y sont tellement rndimentaires que la rudesse des étoffes indigènes leur fait préférer la guiçée, à cause de sa solidité relative et de ses couleurs toujours variées. » Les indigènes apprécient beaucoup les étofîes françaises, et pourtant les étrangers en vendent [)kis, nous avons déjà dit pourquoi, (pi(î les négociants étrangers. En 189(i, sur une somme totale de '•\,\'.'n ,\)\ 1 francs, la guinée de provenance française figure seii-

(I) /{n/i/>orf (lu rnjtilninr Kallii-ii, Imlh'lin du C. th' /'.If. fraiirai^r. ISOS.

leinent pour 872,137 francs contre 561, S.'UI pour la g^uinée étrangère, et les tissus et cotonnades françaises pour 834,381 fr. c(jntre 778,249 francs de produits étranj^ers.

(.t'tte situation n'est pas sans remède. Il faut bien dire (pie le mal résulte de ce cpie le producteur français s'obstine à iie pas vouloir se plier au goût des consommateurs exotiques. Prenons un exemple que nous empruntons au mémoire de M. Casalta, chef de bureau à la direction des douanes du Séné^al. « La guinée de l'Inde la mieux vendue est la marque X, elle coûte 6 fr. 50 la pièce, les autres marques H de Savannah et G de Guébeli se vendent 6 fr. 25, mais sont moins estimées, le tissu en est étrang^er ; la teinte seule est française. Ce tissu est de qualité tellement médiocre que les industriels français n'ont jamais pu se décider à le fabriquer, et cependant, si la métropole veut devenir maîtresse des marchés de ses colonies d'Afrique occidentale, il importe qu'elle se décide à imiCfcr l'Ang-Ieterre et la Belgique et à fabriquer mauvais, mais bon marché, puisque l'indigène ne s'attache qu'à la question de prix. » Beaucoup plus sensée a été l'Angleterre qui a mieux aimé supprimer ses marques et envoyer ses tissus dans les Indes françaises, pour profiter de la différence énorme de traitement entre les g-uinées françaises et les g-uinées étrang-ères (37 fr. 50 au lieu de 127 fr. 50), que de perdre la vente des produits qu'elle fabrique. Or quelque légitimes que puissent être les scrupules de nos industriels, l'expérience de tous les jours leur donne tort ^ démontre que jamais l'indig-ène ne se résoudra à payer plus cher pour être mieux servi. C'est un fait au- (piel il faut se résigner. Cet entêtement à vouloir imposer aux clients des produits incontestablement supérieurs comme qualité, mais aussi comme prix, a des conséquences inquiétantes pour l'avenir. Les maisons Siegler, Nording-en et Rag"Ot fournissent le basin qui se vend en moyenne et au détail 1 fr. le mètre.

liien que ces tissus acquittent 12 0 0 de droits, c'est-à-dire.

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7 0/0 de plus que les tissus français, ils sont encore vendus incomparablement meilleur marché qu'eux parce qu'ils sont de qualité médiocre. Aussi les maisons allemandes écoidentelles au Soudan, année moyenne, pour 137,603 kilos de leurs tissus représentant une valeur de 1,059,692 francs. Il en sera toujours ainsi, tant que les fabriques de Manchester ou d'Allemagne, livrant leurs calicots franco à Dakar à raison de Ofr. 30 en moyenne par mètre, les industriels français livreront leurs marchandises exactement au même prix à Paris, c'est-à-dire à la porte de leur fabrique, de telle sorte que, parvenue à Dakar, elle vaut 0 fr. 38 le mètre. Il est d'autant plus nécessaire de se hâter « que l'importation française des tissus au Soudan est l'article de traite par excellence, le seul peutêtre destiné à augmenter rapidement avec les progrès de la civilisation. »

SVprès celle des tissus, les importations les plus importantes sont celles du sel qui arrive généralement du Sahara (2,076,726 francs contre 104,870 venant de France et du Sénégal), et les kolas (venant pour la plupart de Libéria, francs 31 5,896).

« On ne peut manquer d'être frappé par l'élévation du chiffre représentant le sel du Sahara importé au Soudan. Selon toutes probabilités, ce sel est appelé à être supplanté un jour par le sel aggloméré envoyé de France et arrivant, grâce au che<min de fer, à bon marché jusqu'au Niger. Ou'adviendra-t-il alors des tribus maures et touaregs dont le sel est la seule richesse? Les maures auront encore pour commerce leurs' trou[)eaux et la gomme, mais qu'est-ce que les Azalais apporteront sur le marché de Tombouctou ? Il semble (pie la réponse s'impose : le commerce de la région nord est comlamné à bref délai ; il ira progressantencore, on peut l'espérer, {)endanlquel(iues années, mais nos propres progrès le tuerojil. An point de vue exclusivement connnei'cial, c'est sur'tout notre e\[)oil;tlit)ii de ^laiiis <pii en sDullrira : les populations saliaiietines ii'ityaiil plus rien

à nous donner en échani,'-e de notre mil devront aller s'approvisionner ailleurs, là où leur sel aura encore cours, ou disparaître. Mais la colonie trouvera un réel avantage à n'être plus tributaire des nomades pour la fourniture d'une denrée de première nécessité, la réduction du prix du sel contribuera à améliorer le sort des indig-ènes, et la métropole aura le bénéfice d'un commerce important (1). »

Il faut encore citer, parmi les importations qui atteii^^nent chaque année une certaine valeur, les denrées et produits alimentai- ,res, tels que vins et cassonade, riz blanc et biscuits. « Tous ces produits, sauf une petite quantité de sucre anglais, sont déclarés de provenance française, et même ceux qui ne sont pas absolument de cette origine proviennent néanmoins d'entrepôts français et sont marqués à nos marques (2). »

L'écart entre la valeur des importations et celle des exportations est considérable, a On en a cherché différentes explications ; la plus plausible, c'est qu'une grande partie des exportationséchappe à notrecontrôle.Surles frontières sahariennes notamment, où nos postes sont peu nombreux et séparés par de vastes espaces, l'établissement d'une statistique exacte des exportations est presque impossible. Les postes ne peuvent guère qu'exercer une surveillance générale sur les caravanes pour empêcher l'exportation de captifs. Les caravanes ne sont, d'ail^ leurs, assujetties à aucune taxe à la sortie ; on peut donc, à la rigueur, considérer comme suffisante, dans l'état actuel des choses, cette surveillance générale (3).

C'est ainsi que les commerçants de Kajes n'achètent que pour 33,600 francs d'or et ceux'du sud-ouest pour 9,000 francs à peine. Et pourtant on estime à 200,000 fr. le rendement decha-

(1) Ji(i/i/)orf (/u {j^néi-al de Trentinifiii, i.S!>S. ("2) llappori (lu général de Trenlininn. (■.i) 1'. DoCii uronprot, o[i. cit.

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