‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 37 sur 72 · LA GUINÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA GUINÉE FRANÇAISE

Nous avons déjà démontré que la Guinée française était de toutes nos colonies africaines celle qui avait prospéré avec le plus de rapidité et de méthode depuis 1HÎ)0. Dans un avenir prochain, elle absorbera à son profit la majeure partie du commerce des colonies étrangères voisines en même temps qu'elle drainera, par son chemin de fer, vers Konakryjes produits <lu Niger supérieur. Il s'en faut pourtant que la situation commerciale soit aussi bonne qu'il serait désirable. De même (pi'au Sénégal et au Soudan mais plus encore qu'au Sénégal et au Soudan, la bonne part des importations appartient aux fabricants t't négociants étrangers. Si on défalque les tissus de toute nÊ^ure,la part de la France est d'environ 475, 500 francs (chiffres <le J897) contre 1,995,400 francs pour l'étranger. Il est vraique cette situation s'améliore chaque année ; mais bien lentement. II en est de même de l'exportation ; tout le caoutchouc de Guinée, à quelques exceptions près, se vend à Anvers et à Liver- })ool et non en France qui, pourtant, en consomme beaucoup. Il t'u est encore de même de l'huile de palme qui s'expédie à destination de l'étranger où les industriels français vont ensuite l'acheter. En somme, la part de la France, dans le commerce général de la Guinée, atteint à peine 10 0/0.

Comment expliquer cette regrettable situation ? A j>lusieurs causes, sans doute, et des plus complexes. D'ai)ord les produits exportés se vendent mieux à l'étranger (ju'en France, ensuite les négociants sont surs de trouver jireneur de Icuis marchandises à Anvers ou à Hambourg, tandis (ju'il n'existe de mairlié du caoutchouc ou d'huile de j)alme ni au Havre, ni à Bordeaux. D'autre part, les produits importés |)ar les maisons étrangères sont certainement beaucoup

plus mauvais, beaucoup moius solides que les nôtres, mais ils sont bien meilleur marché, et cela suffit (nous avons déjà fait cette remarque) pour que les indig-ènes les préfèrent. Saus doute les indig-ènes ont pris l'habitude d'apporter leurs produits à Konakry <'t de s'y procurer en échang-e (car presque tout le commerce de la Guinée est un commerce de traite) tout ce qui leur est nécessaire. L'installation définitive du protectorat français à Timbo et la pacification du Foutah ayant rendu les sentiers [)lus sûrs, les caravanes de l'intérieur, se voyant moins rançonnées que jadis par les chefs, ont pris de plus en plus nombreuses chaque jour le chemin de Konakry où elles ont été bien reçues et où on leur a payé le caoutchouc plus cher qu'auparavant (1). Aujourd'hui le courant est bien établi et lecommerce de la Guinée triomphe de celui de Sierra-Léone. Mais iléjà lesMnaisons anglaises, désertant la colonie, viennent s'établir sur notre territoire et faire concuTrence à nos intérêts directs. Il y a là pour l'avenir un dang-er sérieux auquel il faudra évidemment trouver un remède. Nous ne pouvons, dans tous les cas, élever le droit de sortie de 7 0/0 qui frappe les marchandises, puisque l'accord franco-anglais limite les droits de sortie par terre à ce taux et interdit un tarif supérieur. Seraitil possible et utile de frapper les marchandises étrang'ères à l'entrée dans la colonie? Avec les besoins qui vont naître de la construction du chemin de fer, ce remède serait pire que le mal. Frappera-t-on alors les maisons étrangères de taxes spéciales qui compenseraient les taxes métropolitaines auxquelles sont assujetties les maisons françaises? Beaucojip préconisent ce moyen de défense ; il nous paraît qu'il n'aurait qn'un effet médiocreet que le mieux serait d'assurer dans lamétropoleaux [)roduits de la Guinée, importés de la Guinée française, un marché assuré et des prix largement rémunérateurs.

(1) Aspe Fleurimont, op. cit.

MISE E.N VALEIU

Années

Iniporlations

:î,609,39G fran

IHîli . .

(Juoi qu'il en soit, le commerce de la Guinée s'accroît d'aimée en année et dans des proportions peu ordinaires.

Gardons-nous cependant de nous laisser éblouir {)ar la ma- ;;ie des chiffres. Ce mouvement ascensionnel du commerce général de la Guinée est, sans doute, de bon auj^iire ; mais il est cfii,en partie, à la hausse considérable du caoutchouc en Europe. Or, comme cette hausse a eu sa naturelle répercussion dans toute l'Afrlipie, il eu résulte que les bénéfices sont loin d'avoir suivi la môme progression.

Nous avons dit que c'est presque uniquement par le commerce de traite que s'est manifestée l'activité écon(>mi(|ue de la colonie. Diverses maisons de commerce ont établi dans les principaux centres (Konakry, Benty, Dubreka) des factoreries où aboutissenllescaravaneschari^ées de produits indii!;-ènes qu'elles échangent contre des marchandis:'s v(;nues d'Europe. Constatons cependant que les échan!j;es «pii se faisaient autrefois en nature t(Mident de plus en plus à s'effectuer en espèces.

Quels sont donc les produits (''chauj^és ? Les impoital ions, tissus mis à part, consistent principahunent en piodnils et (h'ponilles d'animaux, en farineux alimentaires, en cond)uslibles minéraux, en boissons, en ouviaj^es et métaux (1), etc.

(I) Voir /{crue roloninh-, !S'.»7.

LE CUMMliHCE 401

Mais la part faite à la Fi'ance est très insuffisante et la situation devra rapidement se modifier si la colonie veut conserver sa supériorité actuelle sur les colonies étrani>ères voisines. En 1897, pendant que la France importait en (ruinée pour 163,000 francs de boissons diverses, l'Allemat^ne, l'Angleterre et Sierra-Léone réunies eii vendaient pour r304,000 ; pour les métaux, lapart de la France étaitde 103,000 seulement, celle de l'étranger pour 440, 000 ; le riz même était vendu par l'étranger pour 177,000 francs, par la France pour 57,000 environ. Cette situation tient à plusieurs causes et, en particulier, à ce fait que là comme ailleurs nos fabricants ne veulent pas se plier aux çoùts et aux besoins des indii^ènes. Mais il est une autre raison sur laquelle il convient d'insister. Pendant (jue 'la lig"ne Fraissinet et la compagnie des Charo-eurs réunis ne transportent les boissons qu'au prix de 32 fr. 80 la tonne et les tissus au prix de 40 francs, la compagnie Wœrman de Ha^pbourg- ne demande que 27,50 pour la première catégorie de produits et 40 francs pour le mètre cube de tissus ; la compagnie Elder, Dempster, de Liverpool, ne prend que 30 pour la première catégorie et seulement 30 francs pour les tissus, bien que la distance soit singulièrement plus grande. Sans doute la position de nos nationaux devient chaque année meilleure, mais (pie d'efforts encore (efforts qu'il est urgent de faire!) pour qu'elle devienne bonne!

Les produits d'exportation consistent en sésame, en paliiiisles (amandes de? palme), en gomme copale, en caoutchouc qui constitue le produit d'avenir, la noix de kola, puis, parmi les richesses moins importantes, le café, la cire, l'or, etc.

(' Depuis que l'industrie emploie le caoutchouc à des usages multiples, les cours se sont relevés d'une façon extraordinaire ; cette hausse a forcé les fabricants, que les prix du para effrayaient véritablement, à jeter les yeux sur des qualités inférieures et d'une valeur plus abordable. La qualité la moins

recherchée, le flnque, qui se vendait, en 1895, à peine 3 francs lekiloî^, a trouvé facilement des acheteurs, ily a quelques mois, à phis de o francs. La même remarque s'applique à la qualité supérieure de la g-uinée, à ce qu'on appelle le Red Ni(j(jer qui valait, il v a quatre ans, un peu plus de 5 francs et qu'on a {)u vendre, en 1899, jus(ju'à 9 fr. 40 le kilog-. Pournotre Guinée, le caoutchouc est donc rapidement devenu une véritable mine d'or, comme pour le Congo belge, comme du reste pour tous les pays donnant ce produit (1). » En somme, le caoutchouc, qui s'achète à Konakry de 6 fr. 25 à 7 fr. 10 (pour le Nifjger) et de ;) fr. 50 à 6 fr. 10 (pour le Twiot), se vend en Europe de 8 fr.à 8 fr. 50 pour la première qualité, de 7 à7 fr. 50 pour la seconde. Notre colonie avait vendu, en 1894, pour 13,486,889 francs decaoutchouc; les transactions n'ont cessé de s'accroître, et on estime que la vente dépassera 6 millions en lii99, soit à peu près les 7/10 du commerce total.

Le commerce des palmistes est loin de suivre la même progression. La raison en est que ce commerce n'est rémunérateui" que si le prix de vente dépasse 20 francs les 100 kilos; or, ces prix sont très variables et suivent généralement le cours des principaux coips gras à IIaml)ourg et à Londres. La Guinée française a vendu, en 1894, pour 362,403 francs, en 1896 pour 400,000 francs, en 1897 pour 440,000 francs, et en 1898 pour 400,000 francs seulemeni, alors (pie les prix dépassaient 28 fr. les 100 kilos. On pourrait faire le décuple, si les noirs voulaient travailler. *

l-,e marché régulateur des sésames est à Marseille, fait important à noter et dont il conviendrait de profiter. Malheureusement la Guinée française n'en a exporté que 540 tonnes en 1897. Il en est de même de l'huile de palnu' dont la Guinée a vendii 150 tonnes en 18!)7 cl ISiloiiiies en 18!)8. Disons en-

[i) As()e Fleuri nioiil, np. rit.

fin que la gomme copale se vendà raison de 170 à 180 tonnes par an et que la ventedeskolas rapporte environ 70,000 francs par an.

En somme, le commerce de la Guinée française se développe avec une rapidité déconcertante en apparence et pourtant normale, si l'on tient compte que la Guinée a largement pratiqué le système de l'initiative individuelle et de l'entière liberté. Est-il à craindre, comme le pensent quelques-uns, que cette prospérité ne soit factice et que l'avidité des indigènes n'amène, quand les produits naturels auront été détraits, une réaction dont le commerce serait irrémédiablement atteint ? Sans doute ces craintes sont exagérées, mais elles ne sont pas complètement vaines. Il faut évidemment, et c'est à quoi s'emploie avec une intelligente activité, M. le gouverneur Ballay, réglementer le travail indigène, empêcher le gaspillage des richesses naturelles et offrir aux maisons françaises des transactions assez régulières^ et assez sûres pour qu'elles puissent lutter, par le jeu naturel de l'offre et de la demande, contre la concurrence des maisons étrangères. Ajoutons que la dislocation du Soudan aura comme résultat d'augmenter de six cercles le territoire de la Guinée, d'apporter ainsi au futur chemin de fer des éléments nombreux de trafic etd'échanges, et de substituera une guerre de tarifs, qui ne s'expliquait guère entre deux colonies également françaises, une entente parfaite en vue des intérêts généraux de notre commerce colonial.

LA COTE d'ivoire

Le commerce de la Côte d'Ivoire, qui était resté stationnaire pendant plusieurs années et qui, même, avait légèrement fléchi en 1897, s'est brusquement relevé dans les trois dernières années. Tout permet de penser que cet accroissement n'est pas le fait du hasard, mais le résultat d'un développement normal

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dû aux progrès de la pacification dans Tarrière-pays et qu'augmentera encore, dans des proportions difficiles à prévoir, la construction du chemin de fer.

Années Importations Exportations Totaux

1896. . 4,()38,41:î fr. 4,701,140 h. '.),;i;îU,ri-);î fr.

181)8. . 5,527,352 — 5,02fi,(;41 — 10,553,1)1)3 —

A en juger par ces chiffres, la situation de la colonie serait donc excellente, puisque l'année 1899 se clôt par un dépassement de recettes de 210,337 francs sur l'année 1898. Mais il faut se garder de se laisser séduire par l'éloquence des chiffres sans les interpréter. La vérité est que si le commerce est actif, la part qu'y prennent la France et les colonies françaises est encore extrêmement médiocre, et ce n'est certainement pas l'application du nouveau tarif appliqué en exécution de la convention du 14 juin 1898 qui rendra la situation meilleure. Les cliill'res comparatifs entre le commerce français et le commerce étranîiiî^er sont malheureusement sig-nificatifs.

iMi'oin

lATIO-NS

\nnées

lit' l'i'iiMce

d«s colonies françaises

des pays étrangers

822,181 fr.

21,708 fr.

fr.

KXI'OKI

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