IV
1,151 fr.
Fr.
Do ce tableau il résulte que la colouie nous vend à peu près la moitié des produits qu'elle exporte, mais qu'en retour elle nouS achète à peine le quart de ce qu'elle consomme. Il résulte aussi que nos importations dans la colonie augmentent d'une façon lente et progressive, mais que les importations étrang-ères aug-mentent dans les mêmes proportions, de sorte que les chiffres nous permettent de conclure au développement de la colonie, mais non aux prog^rès des échanges avec la métropole. Une telle situation ne saurait durer. Que la France ait le monopole des conserves et des vins, cela est tout naturel et n'appelle aucune explication, mais pourquoi les tissus sont-ils presque exclusivement fournis par l'Angleterre et l'Allemag^ne ? Alors que la France vend à la côte d'Ivoire, en 1898, pour 98,717 fr. de tissus et pour 97,676 en 1899, l'Ang^leterre durant la même période en introduit pour 997,323 et 1,402,222; l'Allemagne pour 0,909 francs en 1898 et pour 29,887 (!) en 1899. En un mot, les importations de tissus français ont été dix fois moins importantes en 1898 et onze fois en 1899 que les importations de tissus étrang-ers. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et nous croyons avoir démontré que cette fâcheuse situation cessera le jour où nos fabricants voudront bien la faire cesser. Toutefois, il est certain qu'à la Côte d'Ivoire, la France est, de par le fait de la convention de 1898, dans une reg-rettable posture, cette convention ayant eu pour résultat, momentané il faut l'espérer, de mettre le commerce d'importation à la merci^de l'Angleterre. Ce que nous venons de dire des tissus, nous pourrions le dire aussi des boissons. Si les relations de la colonie avec la métropole en ce qui concerne h's vins semblent s'améliorer lentement (la France a fourni pour73,93i francs de vin en 1899 contre 18,220 vendus par l'étranger); si les eaux de vie proviennent pour 34,770 francs (le la France et pour 4,082 seulement de l'étranger, il n'en est pas de même des alcools de 2.")° à !9" don! la France débile
pour 148,842 francs pendant (|uo l'AUemaiçne en vend pour 159,041 francs, ni pour le genièvre qui est exclusivement fourni par l'Alleina^^nf^, alors que cette seule importation a atteint, en 1899, 739,2()0 francs. En somme, c'est TAng-leterre qui bénéficie pour les 3/4 des importations étrangères, l'Allemag-ne pour 1/8, la Hollande pour 1/16, enfin les Etats-Unis et les colonies anglaises chacune à peu près pour 1 ^2.
An contraire, les produits d'exportation, vont presque tous à la France. S'il est vrai que l'Angleterre a acheté, en 1899, 5,091,871 kilog. d'acajou alors que la France n'en demandait que 1,567,283 kil., s'il est vrai encore que les palmistes se partagent également entre les deux pays (921,745 et 992,454), l'huile de palme est expédiée à destination de Marseille pour une valeur de 1,568,518,80 (représentant une (|uanlilé de 3,921,297 litres), tandis que les pays étrangers n'en achètent que 651-9,721 litres; le café qui s'expédie d'Assinie est totalement consommé par la France, et la poudre d'or a été vendue dans notre pays pour une somme de 58,022 fr. 70. La situation commerciale de la colonie est donc brillante ; celle de la l'iaïue à la Côte d'Ivoire franchement mauvaise; comment s'en étonner, alors que le port de la colonie a reçu, en 1899, 176 imvires français contre 290 navires étrangers?
Toutefois, il faut ajouter (pie si les marchandises vendues sont [)resque exclusivement des marchandises étrangères, la situation commerciale n'est pas aussi mauvaise qu'elle le paraît, parce (pie toutes les maisons commerciales de la colonie sont des maisons françaises (jni seiNcnt (rinlciMK'diaires et bénéficient ainsi de la (filférence du prix entre l'achat et la vente. Telles sont la Conq)agni(' française de rAfri(pie occidentale, la Société française de la cCAc de (iuinée, la maison Philipparl, etc., pour ne ci tel" «pie celles qui font aniniellernent pour plus de 500,000 fr. d'alVaircs. La seule maison an^^laisc iin|)()itanle <|Mi Inltail «'ncoreconirc les !it")lns. la maison Swaizv. \ienl (['('M ce raeliel(''e
j»ar la compag-nie de l'Afrique occidentale. C'est donc grâce à nos nég-ociants que la situation s'améliore, que les piodnits de la c(jte d'Ivoire aug^mentent d'année en année, et que l'exportation du caoutchouc a plus que triplé de 1897 à 1900, passant de 280,986 kilog. à 633, 63o en 1899, simplement parce que les indi|gènes savent enfin qu'ils trouveront à la côte des acheteurs certains et consciencieux.
LE DAHOME
Il faut malheureusement répéter pour le Dahomé ce que uous avons dit pour la Côte d'Ivoire. Cette colonie, qui possède des richesses agricoles très abondantes et dont le commerce aug-mente régulièrement chaque année (sauf une ou deux exceptions qui s'expliquent par de mauvaises récoltes), reçoit Ijs marchandises qui lui sont nécessaires de l'étranger beaucoup plus que delà France. En dehors des causes g'énérales que nous avons indiquées, il ne faut pas oublier que la convention francoanglaise de 1898 met cette colonie, comme d'ailleurs la Côte d'Ivoire, dans l'impossibilité absolue de lutter contre la concurrence anglaise qui est la plus redoutable de toutes. Ajoutons qu'en raison des rlifficultés actuelles de transport, les échang-es ne se font, en réalité, que sur une bande de terrain de 30 kilomètres de largeur sur 100 kilomètres environ d(î profondeur moyenne, soit cinq mille kilomètres carrés, et que les deux cinquièmes environ des produits arrivent jusr[u'aux factoreries du littoral. C'est seulementaprès la construction du chemin de fer aujourd'hui à l'étude que l'exploitation méthodique et raisonnée des produits du sol, que la mise en valeur d'un territoire de dix-huit mille l^ilomètres carrés pouriont être sérieusement entreprises dans des conditions plus fiivorables à \i\ métropole. La construction du chemin de fer, en plus
408 MISE EN VALEUK
d'avanlai^L's de premier ordre, aura celui de subsliluer an commerce rudimeiilaire de la traite un commerce r«''el, exem|)l des aléas dont. soufiFrent souvent les counneicauls. Dès maintenant el malgré Ions ces obstacles notre colonie donne plus que des promesses.
Années FnipurlalicMis lv\|)oilali(nis 'rotaux
Les chiffres du commerce de 1898 dépassent donc de plus de trois millions ceux de 1897 et on prévoit, pour 1899, une nouvelle augmentation. Pendant la même période les recettes des douanes ouf atteint 1,328,020,29 en 1897 et 1,505,234,43 en 1898.
ç,Les principaux produits importés sont naturellement les tissus (2,077,326, 58 en 1898), le sel, les alcools (4,720,084 litres). Quant au commerce d'exportatioii, il repose presque exclusivement sur deux produits, l'huile et l'amande de palme. Aucun j)roduil ne saurait être plus rémunérateur. L'huile de palme s'achète en effet au Dahomé à 240 francs la tonne ; à ce prix d'achat il faut ajouter le fret du Dahomé en Europe, soit 32 fr. 50, ce qui dorme au total 282 fr. 50 de débours. Le prix moyen, à Marseille, à Liverpool et à Hambourg, est de 570 francs la tonne et jamais le tauxde vente n'est tombé au-dessous de 470 francs. De tels chiffres dispensent de tout ca.nmentaire. Sans assurer des bénéfices aussi considérables, l'amande de palme est «'•yahîmcnt un excellent produit d'exportation, puiscpu' la tonne revient en Europe (fret compris) à l(î7 fi'. .'iO et <pn' le cours moyen est (h» 270 IVancs.
De ce coninierce actif <'t productif c'est rt'lianijer (jui |»rofite aux di'pens de la France. H m* faut pas bésitei" à le dire et à le j)roiivei", car c'est là peut-être l'unicpie moven pour
nous de modifier la situation. Voici quels sont, en ,1898, les chiffres officiels.
Totaux
(Commerce avec i Importations. . 1,953,514,08
la France 1 Exportations. . 2,177.946
(lommerce avec 1 . 1
, . 1 ( Importations. . » ( ,. ,,^^
les autres colo- } ^ . ^ } 9,()SH
,. • \ Exportations. . 9,088 \
nies françaises. ] ' ' )
Commerce avec i Importations. . 8,041,033,45 i rt '^9 77X s)7 l'étranger S Exportations. , 5,351,724,82 ( ' ' " ' '
L'Allemag"ne vend au Dahomé plus de sucre, plus de spiritueux, plus de tissus que nous ; la Grande-Bretagne détient le monopole presque exclusif des tissus de toute nature, des fils et des métaux; la République des Etats-Unis y écoule presque sans concurrence ses pétroles et ses spiritueux ; enfin la colonie de Lagos possède dans la colonie du Dahomé son marché le plus actif et le plus largement ouvert à ses produits. Il ^t bon cependant d'ajouter que le Dahomé, contrairement à ce qui se passe pour la Côte d'Ivoire, ne nous vend pas tous ses produits. L'Allemag-ne lui achète plus de palmistes que nous (979,908 kilos contre 818,016,05) et Lagos en prend à son tour 2,452,656 kilos. Cette même colonie de Lagos dispute à la France les achats d'huile de palme (1,158,146 litres contre 1,315,480,95 en France) : c'est à l'Allemagne que vont de préférence le caoutchouc et le maïs. La situation n'a donc rien d'encourageant pour nous, mais il ne faut pas oublier que trois ans ne suffisent ^as pour détourner les courants commerciaux ([ui, avant la conquête, allaient du Togo et de Lagos au Dahomé, (jue nos positions commerciales deviennent meilleures, et qu'enfin le chemin de fer une fois construit modifiera fatalement cet état de choses.
Lus Colonies, xol. 111. 2(1
1^10 Ml.St; i:.N VALEUR