‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 39 sur 72 · I.E CONGO FHANÇAIS · texte numérisé non relu

I.E CONGO FHANÇAIS

11 est inquiétant d'avoir à faire, poui' toutes nos colonies delà côte d'Afrique, la même remarque. Le commerce du Congo se développe normalement puisque les produits des douanes ont donné, en 1898: 575.688 fr. 89 dont 178.12.3 fr. 21 pourl'importationet.3.297.56ofr. 68 à l'exportation. Mais ce commerce se fait en grande partie avec l'étrang^er. Bien plus, les principales maisons de commerce installées dans la colonie ne sont pas françaises, telles la Société anonyme belge, la Maiwe Afrikaansche Handels Vennootschapde Rotterdam, les maisons Ilatton et Cookson,la maison Wœrmaim, les maisons llejder, (liœdelt et Gutsclisow. Toutefois, depuisdeux ans, Ta quantité des produits expédiés de la colonie sur les marchés français augmente d'une façon sensible, gfâce à l'activité de quelques maisons françaises telles que la société Daumas-Béraud, la maison Sargos et Destephen, la société du Bénito, MM. Brandon, Pecqueur et Ancel-Seitz. D'autre part, la pacification des régions du Haut-Oubangui, la création d'un chemin de fer sur ce même fleuve et les besoins (jui ne peuvent manquer de naître de la mise en valeur des terrains concédés augmenteront peut-être les rapports commerciaux entre la colonie et la métropole. Nous n'en sommes pas encore là. Dans un pays aussi dépourvu de voies de. commu!)ication que le Congo français, ce n'est (ju'en opérant en «^"^rand que les bénéfices peuvent être remunérateuis ; la \(Mite des produits manufacturés aux indigènes clairsemés et aux Européens si peu nombreux ne saurait être ([u'iin comm(;rc(; dediHailet ne j)eut tenter dès lors ([ue des commerçants détenteurs de capitaux médiocres. Les deux seuls {)roiluits commerciaux sont encore au Congo français, comme d'ailleurs au Congo l)elge, le caoutchouc cl risoirc ; mais, pour ()|)crer en m'aiid. il fan! aller dici'clicr ces inarcliandises an licni tle

production et pour cela disposer de capitaux considérables. Ce commerce ne sera jamais que le complément d'une exploitation agricole rationnelle qui vient à peine de commencer.

Aussi, malgré l'immense superficie du Congo, le mouvement commercial n'atteint-il encore que dix millions et demi de francs :

Années Importations l^xportations Totaux

1894. . 4,604,953 fr. 5,992,697 fr. 10,597,650 fr.

Les importations portent comme pour toutes les autres colonies africaines sur les tissus, les alcools et les tabacs, le riz et les farines, les poudres, etc. Quant à l'exportation, nous • l'avons déjà dit, elle consiste presque exclusivement en caoutchouc et en ivoire. Cependant il faut indiquer quelques exportations d'amandes de palme, de bois et d'autres produits peu importants, tels que le cacao, le café, les peaux, etc. C'est ainsi que depuis trois ans le produit des exportations a donné le résultat suivant :

Années Ivoire (!aoutchouc liois

Tonnes Valeur Toiiiies N'aleur Tunnés Valeur

l<S!)<;. <J5 1,425,000 fr. .546 2,620,800 3,679 735.000 Fr. 1N!)7. 105 1,575,000— 518 2,486,400 5,823 l,10i,600 - 1898. 102 1,530,000— 578 2,774,400 2,886 .577,000 —

Ces chiffres nous démontreut l'importance du commerce l'irant^er aux dépens de la métropole. Pendant que la France importait pour 1.152.657 francs en 1894, pour 1.489.957 francs en 1896 et pour 1.274.366 en 1897, les importations

412 MISE EN VALELU

étrangères étaient respectivement de 3.424.020 francs, de 3.294.681 en 1896 et de 3.561.764 en 1898. Si donc les produits français gagnent chaque année du terrain, les produits étrangers en gagnent aussi et la différence reste sensiblement la même. Même résultat pour les exportations : en 1894, 1.443.010 francs; en 1896, 628.313; en 1898, 1.487.887 francs pour la France. Durant la même période, le Congo expédie à destination de l'étranger : 4.-^)38.687, 4.117.003 et 4.204.570, et c'est vers l'Angleterre qu'est dirigée la majeure partie des produits de notre colonie française.

Pays Ivoire Caoutchouc Bois Autres produits '

France. 294,373 fr. 744,028 fr. 232,708 fr. 38,583 fr. | |

GdeBre- 301,980—1,519,690— 101,820— 174,289-

tagne ? > ?

Allemagne 273,165 — 383,966— 138,191— 69,483-

Ainsi il est prouvé que nous nous plaignons d'être les tributaires de la Grande-Bretagne pour l'achat du caoutchouc, que nous le plantons à grands frais pour nous assurer, le cas échéant, la quantité nécessaire aux besoins de notre industrie et nous ne savons ou nous ne voulons même pas nous réserver l'achat du caoutchouc récolté sur notre propre domaine. Il v a là une situation anormale et sur laquelle on ne saurait trop insister. Il en est de même pour l'ivoire dont la France ne reçoit pas la moitié de la quantité ex|>orlée. Eu somme, de l'examen attentif des chiffres que nous \enons (le donner, il send)le résulter (et les chiffres de 1899 confirment ces [)robabilités)querexportati(jn du bois a légèrement diminué, à cause; de la difficulti' de l'embaiviMement des billes d'essences lourdes, que celle des cafés a sensiblement augmenté (4,471 tonnes en 1896, 37,660 en 1898) ainsi que celle des cacaos (3,143 contn; 13,3(i9); (pie rex[>orlali()n de l'ivoiie est restée

sensiblement statlonnaire alors que celle des caoutchoucs s'améliore chaque année, et qu'enfin l'importation des spiritueux a légèrement diminué, sans qu'onpuisse attribuer cette décroissance à une réforme des indigènes, et non à la facilité de la contrebande, grâce au développement des côtes et à l'existence d'un territoirecontesté. Au Congo, comme ailleurs, la situation s'aggrave par ce fait que les bateaux français qui touchent à la côte sontbien peu nombreux, si on les compare aux bateaux étrangers. Tandis que la France expédiait vers le Congo 22 navires seulement, l'Allemagne, l'Angleterre, et les autres pays ensemble en envoyaient 108; la lutte n'est pas possible dans de pareilles conditions. Toutefois il convient de répéter ce que nous avons déjà dit : le Congo est encore à l'état de devenir; les efforts des capitaux français commencent à se porter vers cette colonie et il convient d'espérer que le commerce entre la métropole et la colonie en profitera dans une large mesure, «

MADAGASCAR

Comme le constate le général Galliéni lui-même dans son rapport, il est bien difficile d'évaluer exactement , même à l'heure actuelle, la situation du commerce extérieur de Madagascar, Toutefois, il est permis d'affirmer, dès maintenant, que ce commerce a pris, avec l'occupation française, un développement rapide et plein de promesses pour l'avenir, puisque les importations qui étaient, en 1890, de 5,597,250 francs ont été, en 1898, de 21,641,000 francs, et les exportations qui étaient de 3,741,354 francs ont atteint dans le même laps de temps le chiffre de 4,960,000 francs.

On sera frappé tout d'abord de la disproportion inquiétante entre les chiffres de l'importation et ceux de l'exportation, et il serait plus que téméraire de supposer que les importations se

maintiendront à un chiffre aussi élevé. Il ne faut pas oublier, en ciîel, que l'entretien du corps expéditionnaire explique ce bond prodigieux des chiffres de l'importation de 1890 à 18!)8. Il n'en reste pas moins acquis que certains produits de consommation habituelle, qui n'avaient autrefois que peu ou pas d'écoulement chez les populations indi^jènes, sont devenus des articles courants dont la vente est régulièrement assurée. Aucun exemple n'est plus significatif, à cet ég-ard, que celui des tissus. L'importation des tissus de toute provenance était, en 1800, de 2,725,779 francs sur lesquels la part de la France était environ de la moitié (exactement 1,830, 333 francs), cette importation a été, en 1898, de 8.03o,433 francs mais la part de la France est déplus des 3/4 (6,240,000 francs). Nous avons déjà insisté sur l'importance de cette révolution économique qui a, en quelque sorte, ressuscité l'industrie du tissage des Vosges et vivifié celle de Rouen et de Roubaix. En somme, la France qui, en 1894, était encore au dernier rang- des nations qui faisaient le commerce avecMadagascar, a conquis, en moins de trois ans, le premier. Une comparaison entre les chiffres de 1890 et de 1897 rendra cette constatation plus probante encore, et démontrera la rapidité avec lacpielle s'est effectuée cette révolution dont notre industrie métropolitaine a grandement profité.

IMI'OUT.VriONS

France Aiivjlelerie .\lleiiiaj.'ne Klats-lnis Tolal i-'éiiéial

ISlXi. 5,.")! 4,776 fr. 5,87:i,i-20 tV. (>:{S,<>i7 IV 7-2i,()i8 tV. tli.itST.'.KM IV. 1S!)7. 10,40] ,80.^i - 5,217,:27;{ — KI!>,17:1 — l;i!M7(i - i:i,:i:{S.i>l,S

On 1«; voit, en moins d'un an, les importations des marchandises françaises ont augmenté de 4,887,029 francs et dans le même laps de temps les importationsdesautres pays ont à peine tiéchi, telles les importations anglaises, ou même elles ontsen-

siblement aug'menté, comme celles de rAllemagne. Il est donc permis de conclure que les colons et les indigènes ont pris simplement et rapidement l'hahitude de demander à la métropole le surplus des produits dont ils avaient le besoin nouveau et que la France leur fournissait à plus bas prix que les autres pays producteurs. Et ce n'est pas là un mouvement factice et provisoire, puisqu'en 1898 les importations françaises ont encore augmenté de 5,173,000 francs par rapport aux importations de 1897.

Il est vrai que ce résultat paraîtra plus critiquable à nombre d'économistes qui condamnent à priori les mesures protectionnistes prises dans ce but par le gouvernementlocal. Nous nous sommes déjà expliqué sur ce point. Il ne saurait êlre question de tarifs définitifs; ils seront fatalement modifiés dans un temps qui ne saurait être très long, mais il était nécessaire de permettre à nos produits de lutter efficacement à Madagascar coîl- Ire les produits étrangers et de se faire connaître des consommateurs. Il y avait là justement un de ces cas spéciaux que nous avons réservés par avance, et il n'est pas niable que les moyens employés ont donné des résultats inespérés. Au reste, si les Anglais et les Américains, plus directement atteints par la loi du 16 avril 1897 et les décrets du 28 juillet 1897 et du 31 mai 1898 (en 1898, la vente des tissus originaires de la Grande-Bretagne a fléchi de 740,000 francs), ont fait entendre des protestations singulièrement exagérées, les autres nations ontadmis sans difficulté q9e la France avait le droit strict et peut-être le d 'voir étroit de ménager à ses nationaux le marché d'une colonie française, et ils n'ont pas hésité à s'adresser à des industriels français pour la fabrication des tissus nécessaires à leur commerce. Mais « si satisfaisants que soient les résultats ob- <( tenus, dit le général Gallieni, l'industrie et le commerce fran- « çais ne devront pas considérer que la victoire sur leurs con- (( currents étrangers leur soit défniitivement acquise. Avec le

ilO MISE EN VALEl'R

« maiiilien du tarif douanier actuel, les Américains ont nette- « ment manifesté l'intention de nous combattn' chez nous, eu « installant en France des fabriques de tissus. Les industriels « de la métropole n'auront donc pas à négliî^er de perfectiou- « ner leur outillag^e, et il faudra aussi que nos commerçants « se préoccupent de se tenir au courant des goûts des indi- « î^ènes. »

Les exportations n'ont pu que diminuer tant ({ue les populations indig-ènes ont été soulevées contre l'autorité de la France, ce qui explique pourquoi les exportations de 1896 étaient inférieures de près de 130,000 francs à celles de 1890. Mais, dès 1 8î)7, un mouvement ascensionnel se dessinait : les exportations étaient de 730,481 francs supérieures à 1896, et celles de 18!)8 accusaient une aug-mentation de 617,568 francs par rapport à

* Si les exportations de bœufs vivants à destination des colonies françaises fléchissaient, de 1896 à 1898, de o,264 à 3,447 tètes, l'exportation de certains produits augmentait d'une façon sensible, tel le caoutchouc qui de 50,000 kilogr. en 1896, passait à 99,457 kilog-r. en 1898, ou encore les peaux qui de 1 1 ,938 pièces atteignaient, en 1898, le chiffre de 27,548 pièces.

Enfin la vanille, en voie de prog-rès, ne peut que donner, à mesure (pie les plantations atteindront leur développement iiormal, un d(''veloppementconsidérable. Dans ces exportationsy quelle est la part de la France et des colonies françaises? A {•(,' j)oint de vue, un tal)leau comparatif entre les années I8!)6 et 1897 ne sera pas inutile.

Fi'aiic(! cl colo lies Iraiii-ais

Aiijîlcliïnc AllciiianiK! la licuiiion Mainici'

ih'h; . i,()ri(),7()H iv. i,s()0,4:{:{ iv. (;i:>,()i<i tv. -2iv,,iii iv. :{| :{,()!)() iv. ix'.»7 . d,rii(),r3o5 tv i,:m,9:2i> iv. i.i:c>,.')i>() iv. i>7(;,0()() iv. :{i(;;Mi iv.

Ici encore les progrès des échang^es ciilr-e la uK'IrojxjIe el la colonie se manifestent d'une façon scïisible par une auijmeii-

talion de 4r)9,787 francs et suivent une marche normale puisqu en 1898 il y a lieu d'enreg-istrer un nouveau gain de 745,445 francs. Ce sont de nouveaux débouchés qui se créent puisque les exportations à l'étranger ne se modifient pas sensiblement et puisque certains pays, comme l'Allemagne par exemple, bénéficient d'une plus-value de 510,494 francs en 1897.

Ces échanges ont eu lieu naturellement par l'intermédiaire des ports de la côte. Mais il s'est créé inévitablement des courants dont certains ports autrefois délaissés ont larg-ement profité, alors que d'autres qui semblaient avoir acquis une sorte de monopole ont, en quelque sorte, perdu une g-rande partie de leur importance. Ces modifications ne sont pas dues au hasard. Elles s'expliquent, soit par l'insécurité des régions dont ces ports (Haient les débouchés naturels, c'est le cas pour celui de Tulléar, soit parle départ d'une partie des colons et de la population européenne; ainsi s'explique le ralentissement des affaii^s à Fort-Dauphin ; soit par l'éloignement des troupes (|ui y étaient autrefois cantonnées : Diégo-Suarez en est un exemple ; soit, par la crise sucrière dont le comptoir a cruellement souffert : par exemple pour Nossi-Bé. D'autres sont restés stalionnaires alors que normalement ils auraient dû se développer rapidement. C'est ainsi que le transit de Tamatave ne s'est accru que de 3, 278, .397 francs en deux ans par suite de la rébellion et de la peste qui ont fait interdire cette escale aux bateaux marchands. Par contre, des ports secondaires que les Commerçants pouvaient plus facilement atteindre, comme ceux de Farafangana et de Morondava, ont sensiblement augmenté le chiffre de leurs transactions ; il en est de même de ceux de Vohémar, de Mananjary où les commerçants ont établi d'importantes succursales. Enfin il faut citer tout spécialement le développement de Vatomandiy qui est passé de l,17o,515fr. en 1897 à 4, .578, 152 francs en 1898, et celui de Majunga qui, dans le même laps de temps, a varié de 3,683,152 fr.

à i,G33, 140 francs. La situation de Majung^a ne pourra d'ailleurs ({ue s'accroître avec l'occupation définitive des régions de l'ouest. Il nous reste à dire quelques mots du commerce intérieur. La situation à ce point de vue ne s'améliore (jue fort lentement. Si Ambositra et Tananarive deviennent le siège de plusieurs maisons françaises importantes ; si des agents commerciaux opèrent activement dans les cercles de Bétafo el d'Ankazobé, il s'en faut f|ue ce développement ait ga^né les pays plus déshérités et moins connus, et il est à craindre que, pendant quelques années encore, il n'y ait pas place [jour des commerçants qui voudraient s'établir dans les centres que nous avons déjà cités et faire concurrence à ceux qui se partag-ent, sans g'rand profit, une clientèle encore insuffisante.

MAVOTTE ET COMORES

L'application de la loi de 1892 a donné dans cette colonie des

résultats sensiblement analog-ues à ceux de Madagascar. Les tissus qui venaient autrefois de Bombay, par l'intermédiaire des boutres arabes, arrivent maintenant de France. La société Humblot fait, depuis trois ans, avec Majunga et la côte d'Afrique un commerce qui ne peut manquer de s'accroître. La situation est beaucoup moins bonne à Anjouan (pii continue à tirer de l'Inde anglaise ou de Zanzibar la prescjue totalité des produits (pii lui sont nécessaires et n'achète g-uère à Madagascar que sa [)ro\isi()ii de viande salée, h en estdeméme à Mohéli. Toutefois, d'une façon générale, la situation s'est sensiblrmenl modifiée et même renversi'e au profit de la France. Les commerçants Hindous n'importent [)lus jjuèi-e <pie poui- 70,00(1 flancs par an, alors que les importations françaises dépassent ()00,000 francs envi ion (Madagascar et la Iléunion fig-urenl environ pour un (piait dans cette répartition). La majeure partie des exportations est éjgalement destinée à la France.

France ou colonies

Zaïi

izibar et Inde anglai.se

Sucre .

. . 3.500 tonne.s

800 tonnes

Rhum .

. . 11)0.000 litres

Vanille.

. . 3.500 kilo.s

500 kilos

Cettesiluation n'est pas mauvaise, mais elle doit se modifier encore au profit tles colonies françaises voisines de l'archipel.

ETABLISSEMENTS FRANÇAtS DE l'iNDE

Pondichérij. — Le commerce de Pondichéry, autrefois assez actif et assez prospère, a brusquement diminué de près des 2/3 à partir de 1890. Il a suffi pour cela du ré^^-ime douanier inauguré sur le territoire anglais voisin à partir du 10 mars 1894, et en vertu duquel tous les produits importés de nos établissements sur le territoire britannique ont été frappés d'un droit de 5 0/0. L'application de « Ylndian act » a eu pour conséquence immédiate d'isoler entièrement notre place qui avait jusqu'alors été le marché principal pour les transactions des produits indiens venant de la côte et destinés à l'intérieur. La chambre de commerce, vivement émue de la situation critique faite au port de Pondichéry, réclamait, dès 1894, de notre gouvernement qu'il obtînt du gouvernement britannique des modifications profondes, notamment au sujet des marchandises qui ne faisaient que toansiter sur le territoire interdit. Aces réclamations, le gouvernement de l'Inde répondait assez subtilement qu'il s'agissait là, non d'un droit protecteur, mais d'un droit purement fiscal, puisque ce même droit de 5 0/0 frappait indistinctement les produits et marchandises fabriqués et importés de l'Angleterre, des colonies anglaises et de l ileCeylan. Cependant une légère modification fut consentie en faveur des sacs de gonys et des huiles d'arachide. Ce n'était pas là un avantage bien se-

lieux; aussi le commerce de l'établissement de Pondichéry en a-t-il été sérieusement atteint, comme le prouvent les chiffres suivants :

IMPORTATIONS

francs

. . . 4.9;î9.3r.r).io

Si le chiffre des exportations a également fléchi dans les dernières années, il ne s'est pas modifié toutefois dans les ipêmes proportions.

EXPORTATIONS

:io

. . . 5,033,225 fr.

. . . 8.432,59() fr.

. . 0,393,095 fr.

. . . 14,173,109 fr.

. . . 14,099,432 fr.

. . 8,094,030 fr.

Le principal commerce d'exportation est, d.^puis 1877, celui des arachides décortiquées à destination de Marseille. Ce trafic a remplacé celui de l'huile de coco rpi'avait à peu j)rès détruit la concurrence de l'île de Ceylan et de la côte de Malabar, et celui de l'indigo ruiné par la découverte des couleurs de l'aniline (il s'en expédie encore de 600 à 700 caisses à destination de ïa France et de l'Anj'leterre). L'arachide a alors remplacé ces cultures peu rémunératrices. En 1801, Pondichéry a

exprdié70,640 tonnes d'arachides et en 189G 9,633 tonnes seulement. En 1897 (ainsi s'explique le fléchissement du chiffre des importations), la récolte a complètement manqué et a, péniblement,suffi à la consommation locale. Quand bien même cet appauvrissement progressif des récoltes serait conjuré par la cultur<' intensive à laquelle les cultivateurs ont recours depuis deux ans, il n'en resterait pas moins que les difficultés de transport sont un obstacle très sérieux au commerce de Pondichéry, puisque les arachides achetées par nos maisons de commerce sont forcées de passer par le port de Gondelour après uu circuit considérable d'une longueur de 77 kilomètres environ, bien que le port de Gondelour soit distant du nôtre de 20 kil. seulement. La chambre de commerce estime que la construction du chemin de fer de Pondichéry à Tiroupapaliour suffirait à remédier à ce fâcheux état de choses, mais il est à craindre que l'état précaire du commerce local ne rende cette const^ction bien difficile à réaliser.

Quel a donc été le produit dont l'exportation a été la plus importante en 1897? C'est, sans contredit, celle du tourteau, puisqu'il s'en est exporté plus de 100,000 balles par voie de Pondichéry et de Gondelour.

La chambre de commerce estime aussi que la demi-protectioii accordée à nos produits par la loi du 11 janvier 1892 (droit minimum moyennant la production d'un certificat d'origine), est insuffisante, et elle a demandé, conformément à l'article 3 de la loi de 1^92, la détaxe complète à leur entrée en France de certains produits tels que les peaux tannées, les huiles, les fils et tissus de coton. La situation économique de la colonie devenant de jour en jour plus critique, la chambre de commerce s'est même demandé si en acceptant l'application intégrale du tarif douanier métropolitain et en revendi([uant en échange pour ses envois les immunités assurées en France aux produits originaires des colonies soumises au régime de

la loi du If janvier 1892, il ne serait pas possible de trouver des débourliés sur Te marclié français et de déterminer sur le territoire la création d'industries susceptibles d'apporter quelques éléments de travail et de profit. Elle s'est également préoccupée des droits que la métropole se proposait d'établir sur les çraines oléagineuses, et elle a émis le vœu que les graines originaires de nos établissements de l'Inde fussent admises au tarif minimum.

On voit par le rapide examen qui précède (pie la situation du commerce de Pondichéry est aussi précaire que possible, et qu'il est urgent de secourir les corpmerçants de cette colonie j)articulièrement victimes des luttes douanières de la Grande Bretagne et de la France.

Chandernagor. — Si le commerce est en décadence à Pondichéry, il n'existe, pour ainsi dire, pas, à Chandernagor. Tous lesc commerçants de l'établissement sont des Hindous qui généralement se fournissent à l'étranger et se livrent à des opérations purement locales (31 marchands de toile et de tissus; 20 marchands de vin, 116 de comestibles, 35 de riz, 31 d'épices, ri de bois, etc.). La seule société importante qui existe (au capital de 1 ,200,000 francs) fait tisser dans ses usines des toiles (le (( ghony » et des sacs de jute. Elle occupe à ce travail 3,000 ouvriers environ. H est regrettable de constater qu'en dehors decetle maison, tous les particuliersqui ont des capitaux à faire valoir les engagent dans les maisons de commerce de Calcutta. ^*

Malu'. — La situation est à Mahé sensiblement la même. Il n'existe dans l'Etablissement aucune société commerciale digne de ce nom et il ne se fait avec la métropole aucun échange sérieux. Ajoutons que, le régime douanier anglais ne permetlant pas l'expoilalioii des j)i"iii<'ipaM\ produits, le ('(tiutnerce s'y borne à (piehpuîs ventes au détail nécessitées par la consommation locale. C'est ainsi fjue le cliin'ie d'affaires de IMahé qui

rtail, en 1840, de 1J4.923 fr,, qui s'était même- élevé en 1880 à 482.300 fr., est tombé en 1890 à 225.517 et n'a pas dépassé 100.000 en 1897.

Yanaon. — Pour les mêmes raisons, la situation est également mauvaise à Yanaon, et la même décadence, inévitable en l'état actuel des choses, s'accentue d'année en année. Quelques chiffres seront, à cet égard, particulièrement significatifs.

Importations

Exportations

2,173,()00 fr.

2,055,550 fr.

Karikal. — Enfin Karikal n'a de relations commerciales ni avec la France, ni avec les autres colonies françaises. Il en résulte que les modifications apportées au rég'ime douanier par la législation métropolitaine n'ont eu aucun effet sur sou commerce. Il n'en est pas de môme de l'influence que le régime douanier actuel institué par la Grande-Bretagne a eu sur le commerce de Karikal. Jusqu'en 1882, cet établissement était l'entrepôt le plus avantageux pour les marchandises provenant des Détroits. Mais, à partir de cette date et par suite de la suppression par le gouvernement ang-lais des droits d'importation dans ses ports, la situation se modifia profondément. Les trafiquants favorisés, d'une part, par le chemin de fer de Négapatam et trouvant, d'autre part, des facilités d'embarquement et de débarquement que Karikal ne pouvait offrir, transportèrent à Négapatam le centre principal de leurs affaires. Lors- (|u'en 1894, le droit d'importation fut rétabli par le gouvernement ang-lais, Karikal retrouva une partie de son ancienne prospérité, et les dernières statistiques sont, à cet égard, encourageantes. Toutefois, une expérience de quatre années n'est

pas suffisante pour escompter l'avenir, encore que le chemin de fer dont vient d'être doté Karikal elles aniénaj^ements nouveaux dont a bénéficié le port devaient nécessairement favoriser son commerce aux dépens de celui deTuticorin.

On se demandera peut-être comment la situation s'améliore à Karikal, alors qu'elle devient chaque année plus mauvaise à Pondichéry. La réponse n'est pas difficile : Karikal commerce avec les Détroits qui sont des ports francs et Pondichéry ne communique guère qu'avec Rangoum et Moulméïn où sont perçus des droits d'importation. Ce qui manque le plus à Karikal, ce sont des capitaux importants. Les commerçants qui sont au nombre de 44 et qui sont tous des Hindous ne disposent que de sommes médiocres. Quatre seulement exportent avec leurs capitaux et les autres ne sont guère que des courtiers. Quoi qu'il en soit, de tous les Etablissements de l^jlnde, Karikal est certainement le plus favorisé et celui dont l'avenir, loin d'être inquiélantcomme celui dePondichéry, paraît devoir compenser en partie les périodes pénibles qu'a traversées le commerce local.

MOUVEMENT COMMERCIAL ET MAIUILME DU l'OKT DE KAHIKAL

Imj)ortations Kxportations

Nombre des

i Valeur di's

.Nombre des

Valeur des

N'aieur totale

navires

charjjenieiils

navires

cbargcineiils

633,438 tV.

2,810,68i IV.

jMunciiiic (l('srin(| dci'iiiri'i's iiiiiu'cs.

Iin|). . 7()I,'J0U Exp. . 3,033,571 Total. . 4,t)l)5,471

En sjmine, la situation de nos établissements est exlrcnu'mentj)iécaire et cette situation est unicjuenientdueà l'Indianact

LE COMMERCE 42o

de 1894, véritable régim(3 draconien dont la libre Angleterre a frappé nos colonies indiennes.

INDO-CniNE

Il est facile, en examinant, l'état commercial de l'Indo-Cliine, pendant les dix dernières années, de saisir l'ensemble de sa puissance économique et d'en apprécier les résultats.

Nous avons déjà tenté de démontrer que notre empire indochinois est un pays essentiellement agricole, et à ce point dt^ vue la Cochincliine et le Cambodge sont particulièrement favorisés puisque leur production est de beaucoup supérieure aux besoins des habitants. Ces deux pays ont donc fourni, tant à l'importation qu'à l'exportation, une contribution bien supérieure à celle des autres pays de l'Unité Indo-chinoise. Toutefois, dans toute l'étendue de notre colonie le commerce accuse un progrès régulier et indiscutable. Déduction faite des monnaies d'or et d'argent et des marchandises transitées, il s'est élevé, de 1888 à 1897, à une somme globale -de 1,561,433,884 francs qui se décomposent ainsi qu'il suit:

1888 139.078.174 fr.

Ainsi l'année 1897, comparée à l'année la plus faible (1889) présente un excédent de 88.275.239 frarcs et elle dépassé l'an-

Lcs Colonies, vol. 111. 27

née 1888 de 66.153.371 francs ; or l'année 1897 n'a pas été nnp année exceptionnelle. Au reste, les résultats fournis par le premier semestre de 1898 sont tels que, très prohahlemcnt, le mouvement des affaires de 1897 sera encore dépassé. C'est ainsi (jue pour la Cochinchine et le Cambodge seuls, le commerce du premier semestre 1898 donne les résultats suivants :

Importations. . . 23.9i().iltU fr. Exportations. . . 72.lG6.3i2 —

chiffres qui, comparés à ceux de la période correspondante de 1897, accusent une plus-value de 13.877.000 en faveur de l'année 1898.

On avait pu craindre tout d'abord que l'application en 1888 d'abord, puis en 1892, du régime douanier et du tarif général, en bouleversant les conditions d'existence du commerce local, ne portât une atteinte mortelle aux échanges de l'Indo-Chine. 11 n'en a cependant rien été. Après quelques mois d'une mauvaise humeur légitime, le consommateur s'est plié au nouveau légime parce que ce qu'il désirait, avant tout, c'était moins l'application de tel ou tel tarif que la fixité dans des tarifs et l'uniformité dans l'interprétation et l'exercice des règlements de douane. On pourrait même ajouter (pie ces modifications du régime douanier ont eu pour conséquence d'orienter le commerce indo-chinois vers les produits français, à peu près ignorés jusqu'alors. C'est ainsi que l'importation des tissus français, négligeablejusqu'en 1893, a fait de tels progrès que celle des tissus étrangers en est sérieusement menacée, connne le prouvent les chiffres suivants :

Provenant de France Année.s ou des colonies Provenant de rclranf.'cr Total

franijaise.s KcM'iis hlancliis Ei'i'iis iilaiicliis

iHHH . \,-2:>^\ ()7()iv. ;i,«si (;s:2 tv. 7,():iri,:{:is iv.

tx!i:{ . -2,:>:)',»,:{i() k. 7i.4,9ii k-j;. :n!i.N(ii k'j;. iri,-2i'2 ki--. ;{,:)()], :a;$

iHW . \,iHl,{)mk. ni\;M'y k^•. 3l,l>(iS ki^-. i2!)i,S2i ki--. 2,tiS,417 k.

D'autres causes expliquent encore le développement rapide du commerce indo-chinois : la pacification du pays qui a eu pour conséquence d'assurer aux travailleurs une sécurité plus réelle, la superficie plus étendue des surfaces cultivées, l'aisance plus grande des indigènes et l'habitude qu'ils prennent d'user de produits européens et de satisfaire des besoins inconnus pour eux jusqu'alors.

Mais il s'en faut que tous les pays indo-chinois participent également au mouvement commercial. La Cochinchine et le Cambodge, ont, à cet égard, une singulière avance sur le Tonkin et l'Annam, sans parler du Laos sur lequel nous n'avons encore que des données fort insuffisantes. Pendant que les deux premiers accroissaient d'un tiers leur commerce extérieur, le Tonkin dépassait cette proportion et l'Annam restait stationnaire. Il ne faut pas oublier, en effet, que l'Annam n'est qu'un long ruban décotes semées de portsetque soncommerce est essentiellement local. Son cabotage, en 1897, n'atteint pas moins de 22.311.198 francs; celui du Tonkin, à la même date, s'élève à 12.673.512 francs (alors que son transit n'est que de 11. 237.336 francs), alors qu'en Cochinchine et au Cambodge, le cabotage ne donne que 7.472.874 francs, chiffre bien faible au regard du commerce général qui est de 154.087.245 francs.

Les progrès du commerce indo-chinois, pendant la période décennale, ne sont donc pas niables ; ils deviennent plus évidents encore si l'on se reporte aux chiffres des années qui précèdent la pacification du Tonkin. Le commerce extérieur de ce pays n'était, en 1883, que de 7.418.553 francs ce qui fait ressortir, en faveur de 1897, une différence de 43.926.353 fr.

En 1888, les importations l'emportaient de beaucoup sur les exportations. Depuis cette date, c'est le phénomène contraire, qui s'observe en Cochinchine et au Cambodge, au point ([ue la différence à l'avantage des exportations

i:28 MISE EN VALEt U

est, en 1897, de 42.709.000 lianes. Malheureusement les importations continuent à être supérieures au Tonkin, mais il convient d'espérer (et les cliitVres de 1897 nous en donnent le droit) que l'accomplissement des grands canaux de canalisation el d'endig-uement des eaux modifiera cette fâcheuse situation. En somme la conclusion qui se dégage de l'étude des chiiïres du commerce Indo-Chinois est (jne l'Indo-Chine est paifaitement capable de payer, à l'aide de ses propres revenus, toutes les marchandises qu'elle consomme.

Examinons maintenant dans ses détails le mouvement commercial en discutant les questions complexes (pii peuvent résulter de cet examen,

linparidlioii!^.

La Cochinchine et le Cambodge, pays essentiellement agricoles, grands exportateurs de riz, producteurs de poivre, de coton, de poissons salés, reçoivent du dehors presque toutes les marchandises manufacturées qu'ils consomment. Aussi le mouvement des importations y est-il considérable et le chiffre s'en est acciu, d'une façon régulière, jusqu'en 189Î). Si, à partir de cette date, les importations accusent un léger lléchissement, le résultat est dû, pour une bonne part, aux droits fra[)pés sur les j)roduits étrangers, droits cpii ont permis, nous l'avons déjà démontré, aux produits français, de s'ouvrir le marché qui, jusqu'alors, leur était à peu près fermé. Ce fait est particulièrement significatif pour 1897. Ak)rs que le montant global des importations est inférieur de 96.000 francs à <elui de l'année précédente, l'importation française est passée de 18. 181. 122 fr. à 20.825.931 fr.,soit une augmentation de 2.041 ..")()!) fr. Parmi les princijtaux articles qui ont contribué à cette i)his-\alMc, il faut citer : les ciments (467.000 fr.) ; les métaux (2:j6.000 fr.) et les tissus de coton écru (2.540.000 fr.).

l/ini|»orlation liançaise s'est (Mevée, en ('ochiiichine et au

Cambodi^e de 9.687.H9 fr. en 1888 à 20.82S.93J fr. en 189:; (auî^mentation : 11.138.812 fr.), tandis que, pour la pi'riode correspondante, l'angmenlation est auTonkin de 8.211.449 fV. Il est évident qu'à mesure que nos produits i^a^nentdu terrain, les produits étrangers reculent. Après avoir atteint, en Cocliinchine et au Cambod^-e, en 1895, le chiffre de 40.916.657 fr., ils descendent deux ans plus tard, en 1897, à 31.096.753 fr. Il est vrai qu'au Tonkin les importations étrang-ères sont supérieures, en 1897, à celles de 1896, mais elles restent inférieures de près d'un million à celles de 1888.

En ce qui concerne, par exemple, les denrées coloniales, les sucres qui représentent une valeur de 1.820.072 fr. ont été, en 1897, exclusivement fournis par la métropole. De même, l'importation du café augmente d'année en année.

1895 .... 97.777 fr.

1896 .... 137 9.52 fr.

1897 .... 184.041 fr.

La majeure partie des boissons est actuellement fournie par la France. Mais comme les vins, bières et liqueurs importés sont de consommatign exclusivement européenne, leur chiffre reste à peu près stationnaire, d'autant mieux que l'hygiène la plus élémentaire commande de n'en user qu'avec une extrême réserve. En 1893, l'importation des boissons en Gochinchine etau Cambodge était de 1.219.432 fr. (dont915.439 fr. pour la France et 303* 993 pourl'étranger)'eten 1897 de 2.131.803 fr. (dont 1.898.843 pour la France et seulement 232.960 pour l'étranger. Au Tonkin, cette même importation atteignait en 1893 3.113.962 fr. (3.054.435 fr. pour la France et 59.527 fr. pour l'étranger); elle était, en 1897, de 3.262.396 fr. (3.128.491 pour la France et 133.905 pour l'étranger.

Depuis 1895, l'importation des métaux en Cochinchine a subi une assez forte diminution, mais cette diminution n'a at-

feint que relativement les métaux français. Les métaux étrangers qui étaient importés, en 1895, pour 4.100.228 fr., sont tombés à 2.î)28.;}27 fr. en 1806 et à 2.:i3t;.701 fr. en 1807. Les métaux français conservent, au contraii'e, leur avantage et cette supériorité est surtout sensible au Tonkin où les importations françaises sont à peu de chose près é^-ales à celles de la Cocliinchine, alors que le chiffre total des importations de métaux est de moitié inférieur. Parmi les métaux français qui sont régulièrement exportés, il faut citer : les fers étirés, les charpentes en fer, le zinc laminé.

Le progrès des importations des tissus français est j)eut-ètre plus caractéristique encore. En 1888, l'importation totale des tissus en Indo-Chine était de 15.896.055 fr. sur lesquels l'étranger figurait pour 1.3.452.917 fr. et la France pour 1.944.138 fr. seulement. En 1893 le chiffre total de 16.044.728f. se ri^^artissait entre 11.694.297 fr. pour l'étranger et seulement 4.350.431 pour la France.En 1897, la proportion était renversée: sur le chiffre global de 17.911.405 fr. la France comptait poui- 10.662.422 fr. et l'élranger pour 7.248.983 fr. seulement. Ainsi pendant que l'importation des tissus dans son ensemble n'augmentait de 1888 à 1897 que de 2.515.350 fr., l'importation des tissus français passait de 1.044.138 f r à 10.662.422 fr. en 18î)7, soit une importation quintu[)le dans le même laps de temps. Tous les pays de l'Indo-Chine n'ont pas également coutril)ué à cette augmentation. Pendant que la contribution de la Cochinchine et du Cambodge s'élevail à 70 t) (),i celle (\\\ Tonkin n'était que de 18 0/0 et celle de l'Annam de 2 0/0 seulement. Remarquons aussi qu'au Tonkin l'importation des tissus français accuse un fh'chissement de 660.0!) 1 fr., fléchissenuMil (jui s'explique par ce fait (|ue certaines espèces de tissus sont f;il)ri(|u('es, depuis (pielques années, par l'industrie locale du protectoratel rpie leur d(';velo|»pement fait coucurreuce aux similairesfraiirais. Au conlrairel'accroisseineul de l'inq^irlaliou des

tissus de notre pays est nettementattestépar des chiffres significatifs : 619.208 k. en 1893; 850.669 k. en 1896; 1.350.910 k. en 1897. Toutefois il faut ajouter que les tissus de coton blanchi ont diminué de moitié au profit des cotons teints dont l'importation augmente chaque année. En somme, l'importatioti des tissus français qui avait progressé de 27 0/0 en 1894, et de 37 0/0 en 1893 a atteint 63 1/2 0/0 en 1896. Cet exemple a une très grande signification; il prouve que l'industrie française, à force de confiance et de courag-e, pourra facilement substituer ses produits aux produits étrangers sur les marchés indo-chinois.

Exportations.

Sans s'être accrues dans les mêmes proportions que les importations, les exportations de rindo-Chine dans les dix dernières années accusent une progression très nette. De 1888 à 1^)7 elles se sont augmentées d'un tiers en Cochinchine et au Cambodge et des deux tiers au Tonkin. 11 n'est pas sans intérêt de remarquer que la part de la métropole dans cette augmentation s'est traduite par une plus-value de 12.306.718 fr. enCochinchine etau Cambode-e et de 1.295.417 fr. au Tonkin. Quant à l'Annam,il est resté stationnaire.

Entrons maintenant dans le détail. Les exportations de la Cochinchine et du Cambodge, en 1897, se décomposent ainsi qu'il suit :

Riz et ses dérivés : 92,."ji3.3r)9 fr. contre .j9,737. 261 fr.en 1896. Autres produits : 22,148,318 » — 18,76."),020 » —

Total : 94,691,687 » — 78,302,281 » —

D"où uniMblférence, en faveur de 1897, de 16,129,486 francs . On remarquera que cet excédent est constitué, pour plus d<'s deux tiers, par l'exportation du riz et de ses dérivés. Il en est

•43:2 MISE EN VALEIR

du reste, de même au Tonkiu où, pour une plus-value d'une douzaine de millions dans le chiffre de sortie, le riz figure pour H,387,i8(3 francs. C'est la Chine qui est le débouché le plus important de l'Iudo-Chine pour l'exportation du riz. Elles consistaient autrefois, pour la majeure partie, en riz à l'état hrul; mais une surtaxe de 9 centimes établie par l'arrêté du 31 déccaibre 1895 sur les paddys de Cochinchine et du Cambodi^e a eu pour résultat de réduire sensiblement cette exportation. Une grande partie des paddys est restée aux usines locales et le riz blanc a pris partiellement la place du paddy sur le marché extérieur. L'exportation du riz de Cochinchine et du Cambodge qui était

en 1888 de 1,976,762 fr. àdestination de France ou des colonies — de 38,936,671 fr. — de l'étranger

soit un total de 60,913.433 francs, •était en 1893 :

de 10,384,177 francs à destination de France

de 64,424,300 — — de l'étranger

soit un total de 74,808,477 francs atteignait en 1897

le chiflVe de 14,283,480 pour la France et les colonies — de 79,126,921 pour l'étranger en tout, 94,691,687 francs.

La situation s'est proportionnellement modifiée au Tonkin

et en Annam.

pour la France |)(nir Totrauger total

104,228 fr.

6,586,848 fr.

6,751,076 fr.

(.nkin ^. 18U3 .

IOj;{|,o:U) —

18,3ii,303 —

028 fr.

nnani / 18U3 .

2,893,781 fr.

3,143.214 fr.

Et cette situation ne peut que s'améliorer encore. Déjà Marseille, Bordeaux, Nantes, le Havre, Rouen et Dunkerque se partag-ent cette exportation. Le riz de Saïgon, expédié en France, est régulièrement employé dans la distillerie, la féculerie et Taniidonnerie. En somme, la valeur du riz sorti de Cochincliine à destination de la métropole représente, en 1807, plus de dix millions de francs.

D'autres produits alimentent également le commerce d'expoitalion. Tels sont par exemple les produits de la pèche qui constitue en Indo-Chine une lucrative industrie. Les poissojis salés et séchés sont expédiés à destination de Hong-Kong et de Singapore. La Gochinchine et le Cambodge ont exporté, en 1897, 8,817,2.36 francs de poissons salés alors qu'ils n'en avaient exporté que 7,714,620 francs en 1896. La France et nos colonies ne prennent naturellement, en raison de l'éloignement, qu'ime part presque insignifiante à ce trafic. En 18^, la Cochinchine et le Cambodge n'ont exporté en France que pour 2, .500 francs de poissons séchés contre 8,966,589 à destination de l'étranger; le Tonkin 164 francs contre 156,641. Citons enfin les produits et dépouilles d'animaux qui figurent à l'exportation de 1897 avec une valeur de 4,026,68.3 francs pour la Cochinchine (1,446,261 francs à destination de France et 2,580,422 francs à destination de l'étranger) alors que ces mêmes produits avaient figuré en 1893 pour 374,659 francs seulement dont 26,040 et 348,619. Au Tonkin les chiffres relatifs à ces produits sont moins significatifs

pour la France pour l'étranger total

1893 . . 194,2i3 fr. 905,842 fr. 1,100,085 fr. 1897 . . 387,056 — 820,921 — 1,207,977 —

mais le progrès n'en est paS moins régulier. Les seules marchandises expédiées à destination de la métropole sont les peaux brutes et la bourre de soie. Le reste va à l'étranger.

434 MISE EN VALEIR

Pendant le l*"' semestre de 1898 le commerce extérieur de rindo-Chiiie a atteint le chiffre de 130,101,277 francs dont 47, 2(ji, 740 francs pour l'importation et 82,8'J0,o31 francs pour l'exportation avec une plus-value de 27,792,003 francs en faveur du premier semestre 1898.

Les importations étrangères ont accusé, en 1898, une g'rande activité. Ce résultat est di\ à la reprise des transactions commerciales avec la Chine et notamment avec Hono-Kon" depuis la suspension des mesures prises contre l'épidémie de peste.

Pour les exportations la différence avec les chiffres de 1897 est bien plus caractéristi(pie encore puis(|ue le premier semestre de 1898 accuse une plus-valutî de 21,903,140 francs par comparaison avec la période correspondante de 1897. Cette plus- Naine est presque uniquement due à l'exportation des farineux i4jmentaires. Ces exportations ont en g-rande partie profité au commerce entre la métropole et les colonies françaises (17,l;33,89i francs en 1898; 3,388,250 francs pour la période correspondante de 1897) et cette prog-ression a été presque exclusivement fournie [)ar la Gochinchine et le Cauibodge ; il ne pourra donc que s'accroître quand le Tonkin exportera les (uoduits de ses cultures agricoles, aujourd'hui en pleine [)rospérité.

Les principaux produits exportés en France et dans les colonies sont : les peaux ])rutes, le riz, le coprah et le poivre; ceux à destination de Têt ranger sont : la soie gi*eg"e, le saindoux, les poissons, les riz et paddys, la cannelle, etc.

Si nous passons maintenant au commerce inli'rieur. nous remanjuerons que lechilfre des transactions [)ar cabotage, [)our le premier s'emestre de 1898 est supérieur de douze millions à celui du premier semestre 1897. Il atteint 3(l.728.0.")l IV. (12.439.313 pour les importations ; 18.439.313 pour les exportations). Le transj)ort des marchandises en cabotage est fait

exclusivement sous pavillon français par des navires à vapeur et par la halellerie locale.

Terminons en constatant (jue le transit, pendant le premier semestre 1898, a atteint le chilîre dej7.3G2.606 fr. dont r).089.208 fr. représentent le mouvement de Hong^-Kong au Vunnam et 2.273.398 celui du Yunnam à Hong-Kong-,

1898 1897 on plus pour 1898

130,101,277 fr. 102,309,274 fr. 27,792,003 fr.

Cabotage . . 30,728,051 - 18,035,701 — 12,092,950 —

Transit. . . 7,3i;2,006 — 5,071,020 — 1,090,980 —

(]oniinercc extérieur

Tolauv. . . 168,282,534 — 120,076,001 — 41,575,933 —

Ainsi le commerce de ITndo-Cliine atteste une incroyable vitalité. La progression est rapide et pleine de promesses pour l'avenir, à condition que les indig-ènas puissant consacrer lama- ** jeure partie de leurs ressources à l'achat de produits dont l'in- Iroductionleurafait connaître l'utilité et qu'ils puissent réaliser, par des ventes rémunératrices, des profits que nous avons le devoir strict de leur assurer dans la mesure la plus large.

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