LE NIGER
l^e .\igeresl-il na\it;al)l<' et, s'il l'est, dans (pielles conditions et jusqu'à quel point ? Consultons, sur celle (prestion, lesdeuv explorateurs Ilourst et Toulée.
(1) l'^liséi! licclus, (ii'ot/r(ij)/iii' t/i'iii'ffile.
(2) l)rr;ni('i>ti|)r{'l, iip. cir.
LES VOIKS I)K COMMUNICATION 4Î)">
Il conviL'iit (l'al)oi(l de diviscc le fleuve eu plusieiiis sections ({).
l" /)(' Ktiu)U)iis.sii à Si[ii(h'i el Kduijdba (275 kilomètres). —
Il est admis par tous les explorateurs el, eu particulier, parle capitaiue Salessps, que le fleuve n'est absolument pas navigable jusrpi'à Kouroussa. A partir de là, le Nii^-er coule sur un fond sal)Iouueux et la navi<^atiou ne présenterait aucun danger si elle était possible durant toute l'année ; mais, en réalitt', elle n'est pratique que de juin à janvier, et encore pour les cljalands et les pirogues indigènes. Au milieu de février, l'eau <liminue au point qu'on ne rencontre plus, à certains endroits, que 'M) centimètres d'eau. La crue commence généralement en juin pour atteindreson maximum (7 à 8 mètres) en fin septembre et décroître ensuite jusqu'en janvier.
2*J De Kaufjaha à Baminako (90 kilomètres). — Au lieu de s'améliorer à mesure qu'il s'élargit, le fleuve devient plus dangereux. Il est encombré de cailloux qui sont dangereux en toute saison et forment à la saison sèche de véritables rapides. La navigation ne serait utile que pendant quatre ou cinq mois de Tannée ; mais, même à la période des crues, elle sera dangereuse tant qu'il n'aura pas été procédé à un balisage très sérieux.
3° De Biunmako à Koulikoro (70 kilomètres). — Ici, la navigation s'interrompt brusquement. Il ne faut pas songer, à aucune époque de l'année, à franchir en bateau à vapeur, ou même avec un cJialand, les rapides de Soutadoundou et de Tienfala. Les pirogues indigènes elles-mêmes ne peuvent circuler dans cette section du fleuve que pendant quinze jours ou un mois au maximum, et encore au prix des plus grands dangers.
4^ De Koulikoro à Sansancling. — Ici, le Niger redevient pratiquement navigable pour les bateaux à vapeur, de la mi-
(1) Une içrande partio do ces détails est empruntée à une .Xnfi- siii' lu navigation du Niger, du commandant Hoursl {janvier 1897).
iU!; MISE EN VALEUR
juilN't à la mi-septembre, et même, pour les eml>arca(i()ns de oO tonnes, pendant toute l'année, à condition d'user de la psrche et tle la cordelle. Le fleuve forme une grande nappe d'eau de o à G mètres de hauteur ; mais, à la saison maijjre, il ne reste plus cj-uère que 30 à 40 centimèlres d'eau sur les t-ués.
."■)" De Stinsdudinfj à Mopli. — La navigation s'améliore. Elit' ne présente aucun danger, car le fleuve coule partout sur un fond de sable et garde aux basses eaux un minimum de îlO centimèlres. Les petits bateaux à vapeur peu vent donc y naviguer en toute saison et les bateaux de fort tonnage, calant 1"'')0 et 2 mètres, pendant huit mois au moins, sinon dix.
Ci" De Mopli à Ansoiigo. — « Deux routes se présentent: l'une passe par Ouagnaka, la partie orientale du Debo et Saréféré ; l'autre suivrait la branche encore mal reconnue qui a son origine à Ouagnaka, puis, traversant le lac Debo en bfais, vient rejoindre l'Issa-Ber et se réunit à la première ci Isafay, près d'EI-Oiialedji. » La première de ces routes est suivie, à l'heure actuelle, par les chalands de ravitaillement. Elle conserve toujours au moins .'iO centimètres d'eau, à la saison la plus maigre; « cependani, j'ai vu une année (1895) où le Debo n'était plus, dans sa partie est, (ju'un lac de boue li([uide ». La seconde route paraît, jusqu'à plusample inf(M'mé, l)eauconp plus pratique, d'abord parce (pi'un chenal assez profond coupe transversalement le lac, et <Mi-;uite parce que rissa-lîer présente, en toute saison, un fond d'un mètre au minimum. Il est vrai qu'il y aurait à faire sauteries quehpuis roches (pii forment le barrage de Toundoufarma; mais a on j)Ourrait ainsi établir de Mopti à Ansongoun bief où des u;niies calant! mètre pourraient toujours naviguer ». C'estégalemenl cette deuxième branche qu'a suivie Félix Dubois : <( La plus curieuse (' des surjtrisesy attendle navigateur. 1! va voguer maintenant (I sur un océan de verdure. Singulier élément, en vérité, qui
« n'est ni terre ni ean, mais l'un et l'autre à la fois, sans être <( cependant le marécage ; la bise, en passant, n'y soulève (( aucune odeur fétide; l'eau n'y stagne pas. Par 2 et 3 mètres « de profondeur, de hautes herbes émerg-ent, drues et vertes... (( Archontes sur leurs bambous, mes hommes poussent ferme « la barque dans les hautes herbes qui s'écartent sur les bords, (( s'inclinent sous la quille avec force frôlements et frottements. « Du coup, l'on ne pense plus être sur l'eau. C'est une sensa- « (ion bien exotique! Il vous semble, sous les tropiques et par « un soleil de feu, g-lisser en traîneau à travers une steppe « verte (1). »
Au delà de Tombouctou, le cours du fleuve ne présente aucun obstacle à la navigation. En trois endroits seulement, à Tahout-N'Eguisch, à Tinchérifou et à l'embouchure du défilé de Tosaye, il y a quelques écueils ; mais il serait facile de les rendre inoffensifs, car on trouve, non loin de ces roches, des passes profondes et très suffisamment larges. « Tout à coup, (* le fleuve est arrêté dans sa marche vers l'est par le massif « granitique de Tosaye. 11 s'y fraie un étroit passage; ensuite, <( lassé de lutter contre ces masses rocheuses, ainsi que le c< montrent ses rives encaissées et abruptes, il se jette droit « vers le sud (2). »
Ces renseignements et ces observations complètent et achèvent les études commencées dans les mêmes parages par le général GalUeni en 1882 : « Il est donc permis de croire que (les travaux, p^ut-être peu importants, ouvriraient un passage entre le haut Niger et le Niger moyen. Au-dessous des roches de Sotuba etjusqu'à Sansanding,le Niger est navigable, même à la maigre, mais pour un petit vapeur seulement. En effet, par les passages de Koulikoro, de Nyamina, de Ségou- Sikoro et de Sansanding, pourne citer que les plus importants,
(I) ot (2) Félix Dubois : Tainbouclou la Mi/stérieuse.
iUM MISE EN VALEIR
les piéloiis peuvent franchir le fleuve avec de l'eau jus(ju'au- (lessous de la ceinture, ce (jui suppose une hauteur de 80 centiuièlres environ. Après Sansandi ni;, la iKulyalion rencontrera moins d'obslacles. Vers Diafarabé, le Nig-er se divise eu deux luanches principales : lune, étroite et [)roFonde, remonte [)ar Daka vers le lac Deboë et Kabara ; l'autre, plus laryc, mais MU)ins [)iofonde, poursuit vers Mopli en étalant ses eaux dan-; les plaines du Macina. La première de ces branches est bonn:* pi^urla navit'aliou; déjà les iudii^èui's l'utilisent pour des pirogues de yriuides dimensions munies (h; voiles, (les [jiroyues ont des bords assez élevés pour obli;;er les mariniers à employer une corde et un seau s'ils veulent puiser de l'eau dans le fleuve. Nos chalands et nos petits rem()r(pi('urs sont donc certains il'v circuler librement (1). »
ly Ansongo à Fort-A)-elyuard. — Au sud de Zinder, le fleuve s'encombie de cailloux et est interrompu par de nombreux rapides. Aussi cette section est-elle à peu [)rès complètement impropre à la navigation à vapeur et même aux chalamls, pour {)eu qu'ils dépassent un certain tonnage. La seide na\ii^ation possible est celle des barques indijjènes à condition (pi'elles ne dépassent pas 1.0 mètres de longueur et (prellcs i\r porirni au maximum (prune tonne de marchautlises. Encore cette circulation n'est-elle pratique (pie [)endant six mois de l'année. Il est vrai qu'au sud de Boubo la navig'ation à vapeur ne serait pas complètement entravée, mali^ré les roches (pii émerq-ent dès (pie les eaux commencent à déd'oftre ; mais les précautions à prendre seraient si nombreuses et si délicates ((u'il ne faut pas songer à établir dans cette partie du fleuve, sans un balisage très étudié, une navigatiiju r('';;idièi'e. (li'tte opinion du commandant Hourst ne fait que confirmer exacte-
(I) (loiiiniiindaiU (îalliôiii : Mission dans fr haid X/t/fr {liidlrlin dr hi SociiHc de [jrwjvnphie de /'mis, l» Iriineslrc ISSi).
LES VOIES l>E COMMUNICATION WA
ment les observatious faites pai" le commandant Toulée : (( La « naviî^ation depnis Say a été assez facile, bien qn'elle doive (( rester dangereuse {)Our de grosses embarcations, tant c[ue « le fleuve n'aura pas été l'objet d'une étude hydrographique « détaillée. Il y a, en effet, quantité de rochers émerg-eant ou (( à fleur d'eau. » Et ailleurs, parlant de son arrivée à Zinder : (( Nous nous eng-ag-eâmes, à la suite de notre guide, dans un « bras du fleuve courant à l'ouest du grand bief. Ce bras, as- « sez large et profond à l'aval, va en se rétrécissant vers l'a- « mont où le courant et les roches n'ont pas tardé à gêner (( notre navigation. »
De Say à Ko^npa. — Nous retrouvons ici une nouvelle région de rocs et de rapides*; seules, les petites pirog'ues peuvent passer à la saison sèche, et, quant à la navigation à vapeur, elle n'est possible à aucun moment de l'année. De Kompa à Tchaketchi, le fleuve s'améliore, malgré quelques barrages formés par les cailloux, mais qui ne sont un obstacle, et encore facile à supprimer, qu'au cœur de la saison sèche. On pourra peut-être essayer la navigation à vapeur pendant les cinq ou six mois de crues ; mais non sans avoir amélioré certains passages difficiles. Le commandant Toutée a-t-il une confiance plus grande dans l'avenir de la navig-ation à vapeur sur cette partie du fleuve? « La navigation, dit-il, a été très facile; le courant, devenu très mesuré à partir de Bariconda, n'opposait qu'une faible résistance, n Toutefois, il a très bien aperçu et noté l'importance des récifs dont nous parlions tout à l'heure : « Nous n'avons rencontré qu'une seule dénivellation importante. C'est une marche d'escalier formée par des rochers granitiques à une journée et demie au sud de Kirotachi. Le [)assage pourrait, d'ailleurs, y être rendu absolument libre au moven d'un très léger travail. »
De Tchakalchi à Boussti. — Les roches et les tourbillons qui en résultent rendent la navigation à vapeur absolument
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inij)ratical)It', sauf, peut-être, aux très hautes eaux. Du reste, le fleuve se subdivise eu trop de bras et le couraut est trop rapide pour (|u'uu tel procédé ait quelque chance de succès. 11 ne faut donc songer qu'à l'emploi de pirogues indigènes. Il est vrai que Toutée en a aperçu d'assez grandes pour transporter cina ou six tonnes de marchandises.
Rapides de Haussa. — Ici, tous les exi>lorateurs sont absolument d'accord. Pas plus aux basses eaux qu'aux hautes, où le couraut est de 12 à 14 milles, le passage n'est possible et s'il est vrai rpie les petites pirogues indigènes peuvent, à la rigueur, franchir le passage par les petits bras latéraux de 2 à 3 mètres, il ne faut pas oublier qu'ils mettent 65 jours à faire 35 à 40 kilomètres. « Boussa est une barrière absolue posée sur le fleuve à toute pénétration fluviale de l'aval veis l'amont. »
De Géba à la mer. — Nous savons que la navigation s'effectue dans des conditions, sinon excellentes, car elles ne sont pas meilleures que pour le Sénégal aux hautes eaux, du moins praticpiemcnt satisfaisantes. Quant aux bras du fleuve àtiavers le delta, Akassa, Brass, etc., ils sont, sans doute, accessibles ; mais il serait contraire à la réalité de croire que la navigation V est facile. Les difficultés rencontrées par Mizon pour pénétrer de la mer dans le bief navigable, l'héroïque aventure de VAvdenl avec le commandant d'Agoult, établissent qu'il n'y a pas là de voie ouverte aux grands navires venus de l'Océan et que le Niger ne se laisse; pas facilement pénétrer.
En résumé, le Niger n'offre donc guère que trois sections où la navigation commerciale à vapeur pourrait s'ettectuer pendant tout ou partie de l'aniuM*.
1" De Kouroussa à Toulimaiulio (400 kilomètres).
2" De Koulikoio à Ansongo (1,(100 à 1,700 kilomètres).
3*^ De Cîéba à la mer. Encore la dernière secliou échappe-le'ile à notre influence et à nos efforts ; mais les deux autres
nous restent et la deuxième, c'est, en somme, tout le Niger moyen. Voilà la section qu'il importe d'atteindre puisque Ic^ cours inférieur est perdu pour nous et que notre seul espoir est de pouvoir faire par là du commerce dans les conditions spécifiées par l'acte de navig-ation.