‹ La mise en valeur de notre domaine colonialeChapitre 9 sur 72 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

L'AGRICULTURE

(Vest par ragriculture qu'il faut commencer l'exploration rationnelle de nos colonies, car il ne peut y avoir de commerce ipi'autant qu'il y aura dans nos établissements des colons et (les richesses, et il ne saurait exister d'industrie qu'autant que colons et indigènes auront des besoins nouveaux et les moyens de les satisfaire. D'autre part, il n'existe pas d'exploitation qui ('tablisse entre le journalier indigène et le directeur européen plus de solidarité réelle et d'intérêts communs que l'exploitation agricole, et par là nous conquerrons à notre civilisation et à nos idées les peuples qui nous ont été soumis. « L'agriculteur qui s'en ira dans les colonies ne pouvant pas, ne devant pas cultiver lui-même, devra emprunter le concours de la maind'œuvre indigène. Le climat le lui ordonne et son intérêt le lui conseille, car jamais on ne s'enrichit du travail de ses mains. Il s'établira non pas dans les districts congestionnés et regorgeant de population ; il pénétrera dans les cantons abandonnés, y cherchant des terres disponibles ; il y entraînera à sa suite l?s indigènes, rassurés par la seule présence de l'Eu-

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lopécn et charmés tic travailler sous ses ordres et de s'ciuicliii à son exemple; l'un fouiuira la main-d'œuvre, l'autre la direction. Dans ces circonstances, le rôle du colon s'ennoblit et s'élève; il implique entie lui et l'indit^ène une sorte d'association, le colon, à mesure (ju'il s'enricliil, enrichit l'indigène (pii hii a fourni son travail. Et voilà le premier service que rend l'aî^'^riculture ainsi comprise : elle fait la fortune non seulement du colon mais aussi de lindii^ène ; et par là elle concourt à la pacification du pays, non pas à cette pacification dont les bulletins officiels parlent au lendemain de la victoire et qui tient tout un peuple frémissant sous le joug- ; mais à cette pacification née de ce que le vaincu accepte volontiers la loi du vainqueur parce qu'il y trouve l'intérêt uni à la justice. Dès lors, la richesse du pays progresse ra])idement; les cultures indig-ènes seront améliorées; les cultures étrangères seront introduiteff'ct acclimatées et, avant qu'il se soit écoulé vingt on trente ans, l'aisance aura pénétré par toute la colonie; l'indijgène nourrira les siens, étendra son domaine, acquittera l'impôt et aura encore du disponible pour alimenter le commerce de la métropole. L'agriculture, précédant le commerce, l'aura rendu possible et bientôt rémunérateur (1). »

Voilà certes un avenir séduisant, et il ne tient (pià nous (pie cet avenir nedevienhe une réalité. Mais pour atteindre le résultat désirable, il faudra étudier un certain nombre de problèmes dont on ne soupçonnait [»as encore l'existence, il y a seulement dix ans, et qui se posent aujourd'hui si netlenn'iil (pi'il faudra les iés(»n(lre avant (pi'il soit lont;teni[»s, si nous iic voulons ^as aboutir à de cruelles déceptions. Le preiniei- de tous est évidemment la (jnestion de la main-d'œuvre pnis(pril ne saurait v avoir (il est étrange «pi'il soit luVessairede le dire) de travail sans tra\ailleurs ; or la solution n'est pas tioiivée cl

(1) .1. (^Iiailicv-Hcrl : L'.lt/f i/i' /'tif/ricii//iir/'. ^

l'a(;riculture ITii)

le travail de M. Dorvault, sur cette délicate question, fera connaître à ceux qui s'y intéressent la situation actuelle. Cette main-d'œuvre fait défaut à toutes les puissances coloniales, sauf, peut-être, aux Indes néerlandaises, mais à la P'rance plus qu'à toute autre. Pourquoi? Parce que les hasards de la conquête nous ont attribué dans le monde des colonies qui sont j)resque toutes situées dans les régions tropicales, où l'Européen {)eut diriger mais où il ne saurait travailler de ses mains. Faisons le compte : l'Alg-érie et la Tunisie mises à part, que possédonsnous comme colonies tempérées? La Nouvelle-Calédonie, les hauts plateaux de Madagascar et c'est tout. C'est là un état de choses qui nuit singulièrement à la mise en valeur de notre domaine, d'abord parce que nos colonies se font, en quelque sorte, concurrence entre elles, cultivantpartout les mêmes produits, sollicitant les mêmes acheteurs; ensuite parce que les travailleurs manquent partout et que les réservoirs où irest possible de puiser sont très peu nombreux. Ouelle différence, par exemple, avec le domaine colonial de la Grande-Bretagne (jui possède, sans doute, quelques colonies en pays chauds mais qui offre à ses colons les vastes espaces du Canada, une partie du continent Australien et même les hauts plateaux de l'Inde !

Un autre danger, plus pressant encore et auquel il est urgent déparer, c'est que nos colonies sont, à quelques exceptions près, des colonies de monoculture. Les unes, qui ont connu des périodes de prospérité inouïe, n'ont pas su se modifier avec les conditions économiques, se sont obstinées à une culture qui ne trouve plus aujourd'hui de débouchés suffisants et qui conduit les cultivateurs à la ruine inévitable. C'est ainsi (jue la Réunion, la Guadelouj)e, laMartinicpie, et même Mayotte et les Comores s'entêtent à la culture delà canni' et à la fabrication du sucre, de sorte qu'a[)rès avoir connu la richesse, elles se débattent aujourdluii au milieu d'une crise commerciale et

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financière dont elles ne peuvent sortir. Les ciiltivaleiirs refusent de comprendre qiis les prog-rès incessants du sucre de betterave rendent la lutte impossible et (jue la transformation de leurs cultures est pour eux une question de vie ou de mort. En vain objectent-ils l'exemple de Maurice piospère à côté de la Réunion malheureuse, de certaines des Antilles anj^laises^ vendant 1res cher leur sucre en face de la Martini(jue et de la (Juadeloupe ne trouvant j)lus de clients pour les leurs. Oui ne voit que la situation n'est «pi'en apparence identique? Que la (irande-Bretag-ne ne fabrique pas de sucre de betterave et qu'au lieu d'une dangereuse surproduction, les colonies anglaises ne fournissent pas, à beaucoup près, le sucre nécessaire à la ( îrande-Bretagne.

A côté des colonies sucrières, il convient de citer d'autres colonies françaises, qui, pour des raisons différentes, sont exposées aux mêmes périls. Telle l'Indo-Chine, par exemple. L'Annamite s'obstine à ne cultiver (jue le riz, élément presque unique de la nourriture indigène. Or, le danger de celte culture, c'est que si la récolte vient à manquer (et pareille catastrophe s'est pi-(»duite en IH!I7), c'ivst la famine inévitable (jui décime les ])opulations trop denses de la péninsule. Ainsi, qu'il s'agisse de colonies à cultures riches ou de colonies à cultures vivrières, ce qu'il faut C(>nd)attre, c'est la culture uni(pu» (|ui expose la colonie à la ruine et qui peut compromettre, sous l'influence de causes souvent difficiles à jirévoir, son é(piilibi-e économique.

Cette nécessité d'entreprendre dans une même colonie des cultures variées avait depuis longtenq)s attiré l'attention des nations ('tranc^ères. C'est à et te préoccupation intelligente «pie la grande Bretagne a dû d'enle\er à la Chine le cornnierce du lh(>. Pendant que des culli\aleurs exercés plantaient, à Ceylau, des milliers de j)ie(ls et denraines des meilleures variétés, une mission était einovtM' en Cliinr jxiury étudier les pro-

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ot'dés de préparation, (iràce à ces efforts raisonnes, l'Inde qui exportail, en 1873, 12,000 kilos;"rammes de thé, en exportait 2."), 000, 000 kilogrammes en 1803. A l'heure actuelle, la ruine (lu monopole chinois est tellement consommée (jue le g'ou- N'einement du Céleste Empire vient d'envoyer, à son tour, nne mission chinoise dans l'Inde pour étudier les causes qui font préférer les thés indous aux thés chinois. Le Royaume- Uni a procédé de la même façon pour la culture et la fabrication de l'opium. Tout en faisant, au sujet de cette culture, toutes les réserves qu'il convient de faire, il faut reconnaître ([ue l'Inde Britannique détient aujourd'hui le monopole incontesté de la production et de la vente de l'opium. Or la culture, la fabrication et la vente de cette plante rapportent, année luin'enne, au gouvernement indien un bénéfice de 215 millions de francs.

L'exemple donné par les Hollandais est plus caractéris^que eru:orL\ Quand, vers l'année 1830, le gouvernement lu'erlandais s'inquiéta de la pauvreté et de l'épuisement de son domaine colonial, on peut dire que tout était à créer. C'est alors que la Hollande eut la bonne fortune de rencontrer un homme de génie. Van den Bosch, et l'intelligence de lui confier l'exécution, à ses risques et périls, de l'admirable plan de campagne qui ne devait pas tarder à enrichir la métropole et la colonie. En introduisant dans les colonies de l'Insulinde des cultures riches, en intéressant les colons aux plantations de café, d'épices, de canne à sucre et de tabac, Van den Bosch a permis à son pays d'encaisser en un quart de siècle seulement (de 1830 à 1855) plus d'un milliard de bénéfices nets. C'est ainsi que la culture du café a produit à elle seule 880 millions. Par ce système raisonné de cultures, la Hollande a pu lutter sur le terrain économique avec les plus grandes nations de l'univers.

De telles expériences sont bonnes à tenter dans nos établissements. Nous sommes persuadés, pour ne parler que de notre

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