‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 100 sur 316 · DISPOSITIONS DES BORDELAIS · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DES BORDELAIS

paysan et du citadin, c'était les ruiner et les décourager bien vite par ces excès mêmes. Au contraire le concours du Parlement donnait une sorte de légalité, et maintenait un certain ordre dans la révolte en mettant à sa disposition les caisses des recettes de l'impôt. Aussi s'efforça-t-il d'abord de gagner à la cause des princes le Parlement de Guienne. On sait que c'était à Condé que Bordeaux était redevable des conditions de sa paix avec la cour, et, à moins d'un mois de distance, c'eût été montrer une ingratitude notoire que de repousser sa femme et son fils dans l'infortune : la reconnaissance était un devoir pour les Bordelais. De plus, à l'exception du rasement de la citadelle de Libourne, le duc d'Épernon n'observait aucune des conditions. Ses agents continuaient leurs pillages et leurs dévastations : Martinet se signalait par sa barbarie à Libourne; du Doignon ravageait le pays de Montferrand, d'Ambôs et du Médoc, enlevait à ces contrées plus de quatre mille tonneaux de vin, qu'il expédiait à La Rochelle et au Brouage. La nouvelle de l'arreslalion de Condé ne fit qu'augmenter l'insolence du duc, qui voyait son ennemi renversé; son ambition n'avait plus de bornes, quand il songeait à l'alliance projetée de son fils avec la nièce de Mazarin. D'Agen, où il : s'était retiré auprès d'une belle bourgeoise, Nanon de Lartigues, il gouvernait despoliquement la Guienne, qu'il haïssait autant qu'il en était détesté.

La reconnaissance et la haine disposèrent donc les Bordelais à écouter les propositions de Lenet, et bientôt ils promirent de recevoir la princesse et son fils, à condition toutefois qu'ils entreraient avec une suite peu nombreuse, et sans amener les ducs de Bouillon et de La Rochefoudont le Parlement se défiait. Lenet, après avoir

RUINE DE Li VICOMTE hL TrilE?fVL. m

fortifié Montrond, et ravoir ipprovitioDL-: ?oiLiii^ joi- nii siège de plusieurs années, en Jaissa h ^hr^-: c\. : *:vc marquis de Persan, et conduisit la priac^ïS^e cû •■!■;- :•.- Bordeaux, en la faisant s'arréler à Turcnije. cl ez le duC de Bouillon. Pendant dix jours, il y eut de?^ !»>:• s c !j:inuelleSy où, jusqu'à ce qu'on fût ivre, on porhii ics tossts en Tlionneur de Condé, debout, plus souvciit à genoux, la tête découverte et l'épée nue.

3n peut se figurer la ruine qui on résulta pour ce petit pays, en voyant, dans cette seule année, le duc de Bouillon lever, à main armée, trois années de ses revenus. De son côté, Lcnet envoyait force circulaires pour faire révolter villes et nobles et se procurer de largent; les autres intriguaient avec l'Espagne, avec de La Force et Saint-Simon. Bergerac, Agen et Libourne, en haine de l'avide Nanon, se révoltaient et se donnaient à la Fronde; Bouillon obligeait Brive-la-6aillarde à se déclarer pour le môme parti, en entassant force fagots aux portes, et en menaçant d'y mettre le feu et d'abandonner la ville au pillage en cas de résislance. Ce fut une ruine pour Brive, dont les dettes funent si considérables, qu'après la paix elle fut forcée d'aliéner une partie des terrains, des fossés et des remparts, avec le droit du pied fourché sur les bestiaux, pour faire face à ses emprunts ; heureuse encore d'avoir rencontré, dans celte époque d'égoïsme, un homme de dévouement, François Dumas, seigneur de Prades, président du présidial de Brive, qui employa une fortune considérable à secourir ses malheureux concitoyens * .

1. Manraud^ Histoire politique, civile et religieune du Bas^Limousin t. n. — Arch. imp., reg. --—, f. 105. — U y avait au château de Tu rame quatre tables de Tingt-ciaq couYerta dressées nuit et jour.

Dé? qoe la pririf<?5y:«le Con J»! pt:rj*:tr3 en Goienne, grand mfhhie de seigneurs et, p^rmi eux, Sjnvebœuf et Lusigfi^n, allêrenl lui offrir Jeurs ]î:mr/jo?es et leur dévouemcîii; du lioi;rrion se relira au lirrr-i^': [our liC pas élre ex(/>?îéà 1j cor/ib'dtlre; et- malgré Jes junts et rrivoc^tg«rri'rnil de La Vie, la princesse fut rf^';ufi djns Cordeaux .aux cri» de t Vive !e roi et les i-rinc'?? ! A b:»? 3Iazarin î » Au Parlement, oîi, l'opposition l'-lait pîïjs pjissDnle, personne n'osait introduire la mère et lenfanl. Utiq scène dramatique Iiabileinent jouée enleva tout : Claire-Clémenoe de 3rjiil»'>Brezé, princesse de Condé, ducliesse de Fronsac, feignit de se jeter à genoux, en suppliante, avec le jeune duc d'Knghien. On Ten empêcha; mais discours et larmes avaient attendri les cœurs. ^La princesse r6u>.sit au delà de ses espérances, et, lorsqu'elle eut déclaré au président c être résolue de vivre en bonne et (idr-b; sujette du roi, » le Parlement lui accorJn, par arrêt, hospitalité, sûreté et protection. Les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld vinrent loger dans les faubourgs de la ville, aux Charlrons. Bientôt même, grâce à deux petites émeutes, ta princesse fut débarrassée de SCS adversaires les plus acharnés, d'Alvimar et de La Vie; les 'autres, effrayés, se soumirent, et la princesse deCondé put envoyer au baron de Vallcvillc, représentant de Philippe IV, un marécîial de bataille autorisé à f entrer dans le même traité que madame la duchesse de Longueville et Turenne ont fait avec les ministres de Sa Majesté (Catholique, en Flandre. » 11 juin iiVM.

Turenne, amoureux de madame de Longucvillc, et

.se croyant, par reconnaissance, lié au prince de Condé,

ijui lui avait servi d'intermédiaire dans sa réconciliation

u iu cour après la oremiérc Fronde, avait couru, dès

fM ALLIA5CE AVEC L'ESPAGNE.

dant la gaerrc de Cent ans, à l'Empire au moment de la lutte de François I*' et de Charles- Quint. Pendant la Fronde, c'est à TEspagne, à la puissance qui enlaçait et étreig^ait notre pays de trois côtés à la f jis, à an .Ëtat qui formait, lui seuU une coalition; à des monarques qui, depuis un siècle et demi, n'avaient qu'un but, conquérir la couronne de France, que s'adressa la noblesse. Au bas du traité du 20 avril 1650, c association complète aux intérêts de réSranger, > on lit^ à côté de la signature du comte de Fuensaldagne, celles de madame de Longueville et de Turenne. Il faut, en vérité, y trouver en toutes lettres son nom pour croire que Turenne, cédant aux ruses d'une coquette adultère, soit descendu jusqu*au crime de haute trahison, ajoutant ainsi le forfait à la faute de la ré- Tolte. On s'engageait réciproquement à ne point s'accommoder avec la cour^ avant que les princes fussent en liberté et que Ton eût offert t une paix juste, égale et raisonnable à l'Espagne, » c'est-à-dire apparemment, s'écrie avec indignation M. Henri Martin, la restitution de toutes les conquêtes françaises! El ce traité recevait bientôt Tapprobation des ducs de Bouillon et de Larochefoucauld. Ceux qui n'y participaient pas trouvaient du moins cette conduite naturelle. De Retz, avec sa légèreté habituelle, dit, en parlant de cette intcrveîition : f C'était mettre dans nos affaires un grain de Catholicon d'Espagne. » Mademoiselle, la petite-fille de Henri IV, écrivait à l'archiduc espagnol : t Vos troupes sont plus capables de causer de la joie que de donner de la crainte. Toute la cour juge en bonne part votre arrivée en France, et vos entreprises ne passeront jamais pour suspectes; faites tout ce qu'il vous plaira. Les victoires que vous "emporterez en France sont des victoires de bienveillance

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190 DÉSORDRES EN PICARDIB.

de leurs lignes. On essaya de jeter le (rouble dans Paris par des propositions de paix faites au duc dOrléans, qui alors gouvernait au nom du roi, et par des placards, signés de Turenne, qui engageaient le peuple à se soulever contre Mazarin; mais, voyant toutes ces tenlalives infructueuses, Tarmée franco-espagnole se retira sur la Meuse et s'attacha au siège de Mouron, dont elle ne s'empara que le 6 novembre.

. Dès les premiers pas, les Espagnols, loin de recommencer les bons procédés de l'année 1649, agissent comme en pays ennemi : à Ribemont, que les armées royales de Duplcssis-Praslin et de Rose ou Rdsen-Worms venaient déjà de ravager, un parti de l'armée de l'archiduc vint prendre ce qui restait, môme dans l'église Saint- Pierre, et là, dit un manuscrit inédit* :

« Ces pillards exercèrent des cruautés tyranniques sar plusieurs pauvres personnes qui y étaient retirées, croyant avoir trouvé un asile assuré par la sainteté du lien ; ces inhumains, ne connaissant aucnne piété, déchargèrent leur cruauté môme sur une personne qui aurait imprimé la vénération aux plus barbares, tant par son âge décrépit que par le caractère dont son âme était enrichie. Ayant découvert dom Michel Delamer, mon compagnon religieux, caché sur les voûte» de réglise, ils le dépouillèrent de ses habits et le pendirent par-dessous les aisselles à une poutre, le fouettèrent outrageusement avec des étrivières do chevaux, et après avoir exercé mille indignités sur son corps nu, Tabandonnèrent à demi-mort. Ce spectacle donnait de la compas* sion aux plus insensibles , qui retournèrent en ce lieu de désolation après la retraite de ces inhumains. Ce pauvre religieux ayant été relftcbé, ne trouva autre chose pour couvrir sa nudité qu'un vieil coutil do Ut puant et infect, o

1. Abrégé de rhistoire de la ville de Ribemont, manuscrit de 167|, par dom Farcy Baurin, religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Maur, prieur de l'abbaye royale de Saint-Nicolas des Très sous Ribe* mont, natif de ladite ville. — Ce manuscrit est aujourd'hui dans les mains d'un habitant de Ribemont. Nous en avons eu communication par rintermédiaire de MM. Bonjour, qui dirigent une importante ùbn^ ""^ de celte ville.

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