LÀ COUR RAPPELLE MOLE
achever le discrédit du Parlement, une coupable poli* tique conseilla de rappeler auprès du roi, à Poiliers, Mole comme garJe des sceaux; Mole, le seul homme qui, dans CCS circonstances difficiles, pût encore modérer les excès auxquels les divers partis étaient disposés à s'abandonner. Le rappeler, c'était décapiter le Parlement et la ville de Paris, ouvrir la barrière à tous les désordres d'une sédition irritée par le malheur. Par ce départ et celui des autres ministres, la ville cessait d'être le siège du gouvernement, qui essaya de se constituer à Poitiers. Cette conduite fournissait à Gondy une occasion favorable pour ressaisir de nouveau son rôle de chef de parti modéré, de tiers-parti, comme disait Fabert : il se rapprocherait de Condé pour demander avec luiTexpuls/on formelle de Mazarin, mais s'unirait à la cour pour s'opposer à la guerre civile et à la faction de M. le prince. Ce liersparti naturellement s'appuyait sur les cours souveraines et prenait pour chef nominal le duc d'Orléans; mais aa prince aussi irrésolu et incapable que l'était l'oncle du roi pouvait-il déployer Ténergio, la souplesse qu'exigeait un pareil- projet pour être mené à bien? La seule chance était qu'à la faveur de ce revirement, le Parlement reprît la direction des affaires, et que, grâce à cette autorité, il amenât une ère de réformes et de garanties civiles. Malheureusement, nous venons de le voir, il se laissait naïvement emporter à sa rancune contre Mazarin, et, pour de pelitcs satisfaction.^, négligeait les grands intérêts publics qui étaient entre ses mains.
La réponse de la cour aux déclarations du Parlement fut donc péremptoire; pour la rendre encore plus significative, on la fit transmettre aux députés de la compa- '^nie par l'organe de son premier président, agissant en
DISPOSITIONS DES PROVINCES. m
qualité de garde des sceaux. Le roi t maintenait sa bienveillance passée pour son Parlement; mais il trouTait extraordinaire qu^on eût mis à prix la tête d'un ministrecardinal qui rentrait en France par Tordre, formel J»? Sa Majesté. La seule excuse que pouvait invoquer le Pailement était son ignorance de celte volonté royale: maintenant que le Parlement en avait connaissance, k* roi omplait bien ne plus être troublé dans Texécution de ses desseins, et pouvoir remeUre son royaume en paix. • Un arrêt du conseil royal cassait l'arrêt du Parlement du 29 décembre.
Pendant ce temps arrivaient à Paris des nouvelles des autres provinces : les lettres de Toulouse portaient que cette cour avait donné contre le cardinal arrêt pareil à celui de Paris. A Rouen, le langage était moins ferme : on se contentait de remontrances sur les conséquences du retour de Mazarin en France; Rennes • ne disait mot de cette affaire, mais informait le Parlement de Paris des insultes et bravades que lui avait faites le maréchal de La Meilleraye, qui était venu prendre séance au Parlement avec ses gardes et ses serviteurs. Aussi, sachant qu'il devait se faire recevoir duc et pair en celui de Paris, le Parlement de Rennes priait qu'on le refusât jusqu'à ce qu'il eût donné satisfaction*. » Rapprochée
1. Ms. Bibl. Maz. — Journal de Dubuis^on-Aubenay, t. VI, p. 17. A la date du 26, DubuisHon nous apprend que le duc d'Orléans fait venir à Paris quatre régiments allemands^ etracoote une petite scène qui peint la situation : « Ce même' jour, un secrétaire du duc d'Oiléans vient tenter Mademoiselle, sa fille, pour voir si elle voudrait vendre ou en^a^er de son bien pour assister Monsieur, son papa {sic); elle répond que si c'était lui qui lui en parlât, elle sait le respect avec lequel elle lui répondrait, mais qu'elle trouvait fort mauvais qu'un autre tâchât à la persuader de s'ôter le bien qu'elle a, qui ne ferait point grand secours à M. son papa, et qui l'incommoderait très-fort, elle, dont M. son papa lerait un jour marri tout le premier. »