‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 166 sur 316 · B24 ARRIVÉE DE MAZARIN · texte numérisé non relu

B24 ARRIVÉE DE MAZARIN

tic CCS témoignages de considération, la leçon donnée au Parlement de Paris par son chef et son représentant naturel produisit dans la capitale un fâcheux effet : on ou* vrit ravis de s'unir avec le prince de Condë t pour chasser l'ennemi commun. » Mais la majorité s'arrêta devant les graves conséquences d'un avis qui « ne tendait qa'i une guerre civile, » et déclara qu'il ne c fallait passe lasser de faire des remontrances et d'exciter les autres Parlements à en user de la sorte; » et pour s'attacher le Parlement de Rennes, en môme temps que pour décourager les ambitieux, on décida qu'il ne serait procédé I la réception d'aucun duc nouveau, pair ou maréchal, ni autre officier de la couronne, avant que Mazariu fût sorti du royaume (2o janvier 1632).

C'était cependant une reculade dans le programme du tiers -parti : le duc d'Orléans, n'osant pas compter sur l'appui du Parlement, signait de son côté, et presque le môme jour, une alliance secrèle avec le prince de Gondé. Gondy, plus fidèle à sa politique, refusait de se laisser entraîner et restait seul ; aussi fut-il bientôt recompensé par le chapeau rouge : Paul de Gondy était maintenant le cardinal de Retz.

Pendant que ses ennemis faisaient ainsi faute sur faute, Mazarin avançait sans obstacle *, semant sur sa route une sorte de manifeste adressé au roi et à la reine, où il

1. Le ton des lettres inédites de Mazarin à Fabbé Fouquet nous semble Rssez curieux. De Gien, 18 janvier : « Les habitants m'ont parfaitemeot reçu... Je ne vois pas ce que pourront dire à présent c«^ux qui prônaient tant que mon entrée dans le royaume causerait une révolte géiïérale et renverserait l*Élat,.. Les peuples ont fait des acclamations partout où jVi passé, et ont témoigné une véritable joie de mon retour; il paraît par là la protection que Dieu j-rend de l'innocence , et que connaissant la pureté de mon zôle et de mon intention^ il .veut confondre mes enuomis et rendre inutiles tous leurs mauvais desseins, etc. »

A POITIERS. 8f5

expliquait dans des termes pleins de dignité qu'il rentrait en armes dans le royaume c afin d'aider au roi dans la guerre civile et étrangère qu'il soutient présentement, È et arrivait à Poitiers auprès du roi et de la reine, le 28 janvier. Sa Majesté alla plus d'une lieue au-devant de lui; le conseiller secret reprenait publiquement son ancienne position de premier ministre. Le soir, après souper, le roi, le duc d'Anjou son frère, le cardinal et plusieurs seigneurs portant chacun une feuille de laurier*, allèrent saluer la reine, qui fit à l'exilé un accueil bienveillant. Autour de Mazarin se réunit bientôt un grand nombre de prélats, et entre autres les archevêques de Bordeaux, de Bourges, de Rouen, les évéques de Bazas, de Rodez, d'Angoulôme, de Saintes, d'Évreux, de Saint- Brieuc et de Saint-Malo, et non contents de soutenir par leur présence la cause du ministre, ils la défendirent par les armes spirituelles : une censure avec excommunication fut lancée contre ceux qui liraient, garderaient, prêteraient, vendraient, réimprimeraient un livre intitulé € Question canonique : Si M. le prince a pu prendre les armes en conscience et si ceux qui prennent son parti offensent Dieu ? Contre les théologiens courtisans. > La censure va jusqu'à défendre à tout confesseur de donner l'absolution à ceux qui, c sous prétexte et mauvais principes du libelle, » sont engagés dans le parti des princes.

La présence de la cour à Poitiers était nécessaire pour raffermir les dispositions incertaines de la noblesse : dès les premiers jours, on voit dans la Gazette que le roi f voulant favoriser et protéger la noblesse du Poitou en

t. Ms. Denesde, cité par Thibaudeau, Histoire du Poitou.

826 ROHàN prend PARTI

tout ce qui la concerne entend et ordonne quêtons

les gentilshommes de cette province faisant profession des armes jouissent pleinement et paisiblement de rexemption des gens de guerre en leurs maisons et lieni à eux appartenant, tant dans les villes» bourgs et lieu fermés qu'à la campagne...; défense d*y contrevenir, d'enlever quoi que ce soit, à peine de punition exemplaire. » Par contre, on ne fait rien pour les mendiants, qui sont si nombreux, a Les rues, les places publiques, les portes des églises en regorgent, dit un historien de cette province ; l'air était infecté de leur malpropreté, ils favorisaient les larcins des domestiques, la nuit ils volaient les passants et le jour filoutaient dans les églises. >

L'attention de la cour élait vivement appelée vers ÏAU' jou, où le gouverneur, longtemps incertain, semblait enfin pencher, timidement encore il est vrai, vers la rèvolle: le 24 décembre, il avait rofiisé au régiment de Picardie, qui rejoignait l'armée royale, le passage par le Pont de Ce; et pour s'assurer de celte poôilion importante sur la Loire, il y avait établi un poste. Cependant ce premier acte d'insubordination l'inquiélait; pour le justifier il envoya à la cour un gentilhomme chargé d'expliquer sa conduite : il avait craint, disait-il, que la présence des troupes royales ne causût un soulèvement dans le pays. Il semble vraiment, à lire toutes ces proclamations, à entendre tous ces discours, que, à certaines époques, le sens des mots change complètement : les princes appelaient tranquillité publique tous les actes qui pouvaient le plus troubler et détruire colle paix si nécessaire, comme ils appelaient liberté la licence de tout opprimer.

Le déchaînement général qu'excita le retour de Mazarin mit un terme aux hésitations, à l'incertitude de

POUR LA FRONDE. 3iT

Rohan ; ne jugeant pas que Tancien ministre pût résister à un acharnement si unanime* à un tel déploiement de pasMon, le gouverneur de l'Anjou voulut d'avance prendre rang parmi les vainqueurs. Après deux ans de tergiversations, il se déclare pour son ancien bienfaiteur Condé, et par son activité répare le temps perdu : Angers est mis en état de défense ; Rohan lève un régiment de cavalerie et un d'infanterie, et par maintes caresses cherche à s'attacher l'ancien parti populaire des Loricards, naguère si cruellement réprimé. Il faut lire, d'après une chronique angevine, le discours que le duc tînt à une réunion des corps de métiers convoqués dans son hôtel, et que rapporte M. Berger dans son travail, la Fronde en Anjou :

« Messieurs, vous savez combien je vous ai considérés, portant vos intérêts autant on plus que je n*ai fait les miens propres; ce que j*ai fait par le passé n*est rien en comparaison de ce que je prétends faire aujourd'hui. Vous savez que les princes ont une armée à laquelle va se joindre toute la France., pour prendre le cardinal Mazarin en quelque Ueu qu*il se réfugie. Voici une lettre (jetant quelques papiers sur la table) par laquelle il me prie de lui mettre en main la ville d'Angers pour en faire sa place d* armes et lieu de refuge; il me promet payer comptant mon gouvernement et même m'en donner à l'avenir un plus considérable. Mais faire cela, c'est penser à mon profit et à votre perte ; c'est faire mes affaires par la ruine des vôtres, me mettre en faveur auprès du roi, de la reine, de Mazarin, et vous, en disgrâce auprès de toute la France, dont les armes venant à bref délai vous assiéger pour avoir le Mazarin, vous feraient périr avec loi. Je n'ai garde ; je vous aime mieax que tout l'or et Forgent, et je veux m'exposer à périr pour votre conservation. »

Cette scène de haute comédie, jouée avec un grand aplomb, eut tout le succès que le duc en attendait; le plus grand nombre, ébloui par ce langage désintéressé, sentit renaître son ardeur passée et répondit par des cris dé dévouement au duc, « sans considfeTa\\oxL m ^^'sj^^^^

328 SIÈGE D*ÀNGERS.

pour qui que ce soit i Après le duc, le chef du peuple fut un certain docteur Voisin, boule-feu célèbre qu'on retrouve môle à tous les épisodes de la Fronde en Anjou: la noblesse se divisa entre le parii de la cour et la Fronde. Les gens de justice et le clergé s'attachèrent généralement au roi; aussi, profitant de l'absence que fit révoque Arnauld, Rohan lui ferma les portes d'Angers et lui interdit tout retour, puis fit un coup d'État contre la magistrature. Ayant appris que le présidial d'Angers s'était assemblé pour faire acte d^adhésion à Mazarin, il se transporta au palais où il fit arrêter le lieutenant général Boylesve, frère de l'évoque d'Avranches et tout dévoué comme celui-ci à Mazarin.

De pareils faits appelaient nécessairement l'attention de la cour, qui alla s'installer à Saumur, pendant que trois colonnes de troupes commandées par d'Hocquincourt, de Broglie et de Navailles pénétraient en Anjou : le pays eut bientôt à souffrir de ces singuliers protecteurs, recrutés pour la plupart en Allemagne.

« Tout le pays entre Saint-Léonard, Trélazé, Saint-Augustin, Sainte* Gemmes, Saint-Barthélémy, Sorges^ Saint-Laud , fut dévasté parles anciens vainqueurs de Magdebourg; toutes les fermes, toutes les maisons de campagne qu'ils rencontrent sur leur chemiD sont pillées et brûlées; les amis mômes n'étaient pas épargnés : la maison de plaisance Enautard, de Tévèquo d'Augers, fut saccagée par eux. n

Cependant frondeurs et royalistes avaient les yeux fixés sur Angers. « Il semblait, dit La Rochefoucauld, que toute la France fût en suspens pour attendre l'événement du siège, i Là en effet était le véritable nœud de la situation : le duc d'Orléans empruntait môme aux gens de sa maison, afin de se procurer 100,000 écus, nécessaires à Beaufort pour aller au secours de Rohan; il

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