‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 167 sur 316 · RUINE DE L'ANJOU · texte numérisé non relu

RUINE DE L'ANJOU

fallait donc qne celui-ci tînt assez longtemps pour permettre au roi des Halles de venir se mesurer arec le rrai roi. On ne doutait pas que dans ce cas Mazarin. pressé de tous côtés, ne fût obligé de renoncer à son plan de marche sur Paris, et dût même quitter la partie; si, au contraire, Mazarin était vainqueur, fort de ce succès il prendrait Toffensive et poursuivrait à outrance ses ennemis. Le Journal de Dubuisson donne mille détails sur cette préoccupation de la France et surlout de Paris; la ville était inondée de papiers où les bruits les plus contradictoires couraient au sujet d'Angers «. La vérité était que de nombreux renforts arrivaient de tous côtés à d'Hocquincourt.

A la vue de ces préparatifs et de toutes ces terribles troupes que la renommée de leurs excès rendait encore plus redoutables, Teffroi se répandit dansAngers : la terreur fut au comble lorsqu'on vit que le grand archidiacre Garande, qui apportait des lettres de pardon et d'amnistie de la part du roi, n'avait pas été écouté par Rohan; une députation de 800 bourgeois ou dames les plus considérables de la ville', conduite par madame de Leffretière, ne fut pas plus heureuse auprès du duc; l'émeute seule l'intimida, et Angers capitula le 28 février. Le 3 mars, le Pont de Ce, où s'était jeté de Rieux, demandant 100,000 livres pour faire sa soumission, fut pris, et la garnison passée au fil de Tépée par les Polacres de Navailles. Dès lors la province était soumise et n'avait plus qu'à subir les exigences du vainqueur, et surtout la colère implacable d'Anne : la ville d'Angers fut taxée

1. Pour cette affaire d*A.ngers, qui ne dura que vingt-trois jourg, M. Morèau cite plus de yingt pamphlet» différents dans sa Bibliographie des mazarinades.

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à une contribution de guerre de i50»000 livres et était menacée du pillage ; Tintervention de son ëvèque la sauva : un matin que la reine se présentait pour conununier dans l'église où ce prélat officiait: t Recevez, dit-il, en lui présentant Tliostie, recevez votre Dieu, qjxi est mort sur la croix en pardonnant à ses ennemis, i Cette supplication éloquente et solennelle adoucit la reinomère, et bientôt la contribution fut réduite des deux tiare, A Baugé, une autre intervention, celle de mademoiselle de Melun, princesse d'Épinay, retirée dans cette ville comme sœur hos])italière dans l'hôpital de Saint-Joseph qu'elle y avait fondé, piéserva cette ville du pillage; beaucoup d'autres maisons religieuses furent moins heureuses : les unes ne durent leur conservation qu'à des rançons considérables, un grand nombre turent pillées, comme l'abbaye du Perray, le prieuré de TEvières*; partout la campagne était ravagée à plusieurs lieues à la ronde des villes où tout corpâ de troupes s'était arrêté; aussi les chroniques locales parlent-elles de bandes de 200,000 pauvres qui vinrent solliciter la charité publique à l'occasion du jubilé. Les désordres étaient si grands qu'on avait été obligé de reculer la publication du ju» bile universel accordé par le pape Innocent X en 1630 jusqu'en 16532. Nous avons trouvé le même retard pour le diocèse de Paris, où le jubilé ne fut célébré qu'en avril 16S3.

La cause des princes éprouvait d'autres revers en Guienne : Condé, après avoir fortifié les places de la Dor-

1. M. Berger parle d'un manuscrit curieux, l'histoire de ce prieuré, qui renferme les plus tristes détails sur ces scènes de barbarie.

2. Histoire de l'église et du diocèse d'Angers, par l'abbé Tresvaoïi ancien vicaire général de Paris^ 1858^ t. II.

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dogne, avait couru en toute hâte au secours de Conti, menacé dans Agen. Sa présence rendit quelque gloire à ses tnnes; Saint-Luc, lieutennnt-général de Gulcnne, fut obligé de se retirer dans la ville de Miradoux, dont Condé fit le siège ; l'énergie de cette place la sauva. A lontde résistance, les commandants abattirent les mai- I sons en face de la brèche, et remplirent des fosses profondes de bois et de matières combustibles qu'on devait «iDammer à rapproche des assiégeants. Ceux-ci s'arrêtèrent, et bientôt l'arrivée d'Harcourt les obligea de ae retirer sur Agen, où Condé ne' pénétra avec ses troupes que parle secours d'un chanoine. Causse; devant Wie hostilité qui allait jusqu'à élever des barricades, il dut I «retirer. Toutes ces guerres amenaient de nombreuses fc mines, les liostililés locales en profitant souvent pour l'exercer impunément : l'histoire de la petite ville de Ungon peut en donner une idée. Rivale de Bordeaux Bourle commerce de vin, Langon devait se trouver dans le parti contraire, aussi était-elle resiée fidèle au roi; les Bordelais, après un rude assaut, s'en emparèrent en 1649, pillèrent la ville, et pour achever de la ruiner, répandirent le vin emmagasiné. Délivrée par d'Épernon, celte petite ville fut repriso, le 13 juillet, par Conti; le» habitants terrifiés fuient au château de Fargues et dans l'abbaye de Rivet. Sous l'administration d'un n^mmô Galapian, dont le nom est resté dans ces contrées comme nn objet d'horreur, ce fut un régime de terreur organisé"; enfinMarin parvint às'en emparer de nouveauau nom du roi. Les habitants, en rentrant dans leur ville, firent constater, par une enquête régulière, l'état déplorable où elle w trouvait; c'était la ruine et la désolation :

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