A L'HOTEL DE VILLE. M
accordé aux tronpes, les priant d'agir de même à l'avenir, en pareille occasion; Condé renoarela ces témoignages de gratitude et ces assurances de dévouement à la ville; Le bureau les remercia de ces sentiments et leur fit part de Tobjet de la délibération. A cette nouvelle, les princes se levèrent de leurs places et « firent grandes montres de la paille qu'ils portaient avec des gestes qui ne pronostiquaient rien de bon. » A leui sortie, quelques-uns des gens du prince comm«.-ncèrentà dire en murmurant « qu'ils n'avaient pas eu sujet de grande satisfaction de cette assemblée; * et beaucoup de témoins rapportèrent plus tard que, penJ.iiit que ces affidés furent sur la place de Grève parmi le peupI^;, on les vit donner de l'argent à des gens, aux (ur,ls ils dirent que t l'hôtel de ville n'était rempli que de mazarins, et qu"il fallait faire main basset i
C'était le signal de commencer les violences auxquelles on se préparait de longtemps, car, avant quatre heures^ déjài tous les passages de l'hôtel de ville étaient aux mains des factieux^ et le feu mis en deux endroits^ du côté de Saint-Jean. La greflfière s'en étant aperçue, l'envoya dire à l'assemblée longtemps avant que Son Altesse royale fût arrivée; mais on n'en tint pas compte, c comme ayant
* 1. Ce récit des Regùtres de l'hôtel de ville est plu? fiilole dans les termes que celui de Conrart; il est peu probable que les princes aient osé aller publiquement aussi loin que le rapporte ce chroniqueur : « 1)>:3 que les princes parurent sur le perron qui est dans la Grève^ ils dirent à la population : Ces geos-là ne veulent rien faire pour nous^ ils ont dessein de tirer les choses en longueur et de tarder huit jours à se résoudre; ce sont des mazarins, faites-en ce que tous Toudrez. » Cependant le Journal deDubuisson-Aubenay attribue ce langage au comte de Bélhune : « Ces messieurs assemblés demandent encore huit jours de délai pour faire Tunion, et que partant c'était au peuple à faire ce qu'il aviserait Ifc-dessus. • Alors Ht canaille commença à crier qu'il fallait égorger et brûler les mazaring.
188 INCENDIE ET MÀSSACRB 1
voulu battre celui qui en apporta la nouvelle, que l'on fit passer comme raillerie. » A peine le bureau, qui avait accompagné les princes, eut-il repris sa place, pendant que le gouverneur demandait, sous forme de proposition, si Ton procéderait à prendre les avis ou si Ton remettrait au lendemain, à cause de l'heure, t que l'on commença à tirer des coups de mousqueton et de fusil, tant du côté de Saint-Jean que dans les fenêtres delà grande salle du côté de la Grève, au milieu des cris: Union! Union I » L'attaque était t selon les règles de la guerre, » exociitce non pas seulement par des gensda peuple, mais par des soldais t choisis et qui "agissaient comme ils eussent fail à latlaque d'une place, » des coups en ligne droilc par les meurtrières construites dans les maisons en face de l'hôtel de ville*, tirant régulièrement et de Iront. « Plusieurs coups pas èrent tout au travers de la salle, et portèrent jusqu'à l'autre côté de la cour, où les marques y sont lout.'s visibles; ce qui obligea la compagnie de se retirer de côté et d'autre pour tâchera sauver sa vie, » cherchant, de concert, les lieux les plus reculés de l'hôtel de ville, ou bien se couchant tout à plat. Le signal fut, dit-on, t donné des fenêtres de la grande salle par un inconnu qui s'était glissé avec beaucoup d'autres » pour jouer cette tragédie2. Dès lors, la
1. Bechefer, le substitut du procureur g(în6ral, dans Tenquête qui eut liwi pins tard, remarqua dans « les chambres des deuxième et troisième étages des maisons vis-à-vis rtiôtel de ville, des trous faits exprès pour tirer droit dans les fenêtres. » L'avocat général Bigcion lui dit « qui serait peut-être périlleux d'en informer particulièrement, d'en avoir trop de lumière, qu'il valait mieux n'en point parler, d Reg. de l'hôtel de ville.
2. Marigny, qui partit avec les princes de l'hôtel de ville, semble confirmer ce fait dans sa Relution à Lenet : « Nous n'étions pas à vingt pas dans la rue de la Moitellerie que l'on tira un#coup de l'hôtel dd Tille, auquel le peuple^ qui était dans la Grève^ répondit. 9