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marche de la journée se précipite : le feu est mis en môme temps à toutes les autres portes de ThôteL C'est en Yain que le colonel des archers de la ville, ses oflBciers et ses archers, assistés des gardes du gouverneur, essayent, • avec toute la résolution cpie Ton peut attendre d'eux, » ïe barricader les principales avenues; vainement aussi le curé de Saint-Jean s'avance avec son clergé, le saint-sacrement en main : cette exhibition est impuissante à calmer la rage des assaillants; le vicaire qui le portait est mis en joue, et, au milieu des injures et des pierres, on force le clergé à se retirer*. Dans l'assemblée, l'effroi, la terreur, le désordre, sont au comble ; déjà on a abandonné la grande salle comme trop dangereuse, par suite des balles qui arrivent des maisons en face; les uns cherchent inutilement des armes pour résister, d'autres se cachent et cherchent à fuir, les religieux se confessent entre eux, et remplissent le. même office pour tous ceux qui veulent se mettre en état de bien mourir. Toujours les mêmes cris : « Union ! Union! » se font entendre.
On décide enfin le gouverneur, le prévôt des marchands, les ôchevins et d'autres, à signer une déclaration d'union dans la forme que veulent les princes. Le maître des requêtes, Miron, celui qui a battu le tambour pour les premières barricades de la Fronde, le 26 août 1648, se charge, malgré les prières de ses amis, de la porter; il espère que ses services passés doivent le mettre à Tabri du soupçon de mazarinisme, et que sa présence et l'écrit d'union qu'il apporte vont mettre fin à la sédition. A peine a-t-il paru qu'il est frappé, blessé, tué; t ce qui étonna beaucoup de monde. » A cette vue, le désespoir
1. « Sans ces flémnnsirafions, disent l^s RrgHrex de Vhôfel de ville^ toute la compaguie et la maison de ville môme étaient perdus. »
succède à la terreur. Quelques députés ont cependant trouvé une issue, < hasardant le tout pour le tout; ils descendent des fenêtres qui sont au plus haut de YIM de ville dans l'hôpital du Saint-Esprit, qui occupait Taile gauche de Thôlel; mais ils sont bientôt découverts, et une partie de la bande se porte de ce côté, fait ouvrir les portes de Thôpital, qu'ils mettent au pillage, et arrêtent aussi les fuyards. Le receveur eut la plus grande peine à sauver sa caisse, et sa frayeur fut telle, qu'il en mourut quelques jours après. En vain le président Charton, le second de Broussel, une des victimes du Te Deum de 1048, ainsi que Goulas (secrétaire du duc d'Orléans, qui, resté quelques minutes après le départ des princes pour affaires, avait été ensuite retenu comme otage dès que l'attaque avait commencé), écrivent en gros caractères sur des papiers le mot union et le jettent par les croisées; en vain l'assemblée met aux fenêtres de la salle où elle était un drap blanc, en signe de paix, la populace trouve moyen de l'abattre et le brûle K La multitude ne veut rien écouter et redouble ses efforts : « aucuns des plus forts et des plus robustes avaient pris sur leurs épaules dessohves qui sont d'ordinaire posées à terre, près le pied de
1. Une des relations publiées par M. Cousin, d'après le manuscrit de M. Amelot de Chaillou, rapporte un fait que nous n'avons vu nulle part, qui est absolument invraisemblable et qui n'est visiblement qu'uae excuse inventée le lendemain par le parti des princes, bonteux des événements : « Ceux du dedans ayairt mis à une fenêtre une épée nue et un mouchoir, la paix ou la guerre, on aurait commencé à tirer contre plus qu'auparavant. » Nous le répétons, cette conduite insensée est impossible de la part de citoyens pacifiques, revêtus d'un caractère de magistrats, assiégés d'une multitude furieuse dont ils ont tout à redouter, et sans moyen de défense. Cette même relation ajoute ut fait curieux : « Quand ce peuple avait tué quelque mazarin, un crocbeteur ou autre le mettait sur ses épaules et allait le montrer daof les rues. »
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la croix de la Grève, vers la rue de la Tannerie, où Ton met hors de la fange les sacs des échantillons de blé exposés aux marchands, et s'efforçaient de rompre avec les solives la grande porte de Thôtel ; mais, la porte se trouvant forte, ils eurent recours à la paille et aux fagots, et mirent le feu tant à la grande porte qu'aux deux petites, qui furent bientôt consumées. Cela commença vers les quatre à cinq heures, que Ton vit la fumée de toutes les extrémités de Paris, où l'on dit que c'était pour brûler les mazarins*.» Ce fut vers neuf heures que les portes furent ouvertes; dés lors on n'entend plus que ces mots qui servent en quelque sorte de ralliement et d'aiguillon : c A moi, Condé; à moi, Bourgogne*. » La résistance des archers et des gardes devenait dès lors impuissante : Blanchart, capitaine du régiment de Bourgogne, et vingt-cinq ou trente hommes de sa cabale, se jetèrent à main armée sur la grande montée; quelques-uns, et Blanchart de ce nombre, furent tués par les archers; mais l'émeute n'était pas moins victorieuse, t Les coquins font tous les désordres imaginables, ils fouillent et volent la garderobe, Bompent trois guichets d'armoire, prennent tout le
1. Dubulsson. C'est l'incendie dont le commencement fut signalé par la greffière.
2. Mailly, Esprit de la Fronde, t. V, p. 432. Cet historien bourguignon, tout dévoué à la famille des Condé, à qui il dédie son livre, dit à ce propos, « mots de ralliement assez singuliers, si c'étaient réellement les soldats du prince qui s'en servaient, quoiqu'il ne fût pas impossible que dans la chaleur du tumulte cette imprudence ne leui échappât; li était pourtant assez croyable, ajoute-tril aussitôt, qu'ayan» tant d'intérêt à ne point se découvrir, il fallait en accuser les émissaires de la cour, qijî avait elle-même tant d'intérêt à rejeter tout Todieux de cette gcène sur les princes. » Cette hypothèse de Mailly n'est pas admissible : comment supposer que la cour effrayât ses partilaos et les jetât ainsi dans les bras des princes^ ou bien fit assassiner ceux sur qui elle pouvait compter pour rentrer dans la ville? Comment à distance orgeniser avec cette précision une pareille journée?
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linge et la vaisselle d'argent qu'ils y trouvent, malgré le greffier Lemaire, qulls maltrailent horriblement ; ils veulent se faire conduire par lui au lieu où était l'argent des rentes de la ville, menaçant, poignards et pistolets sor la gorge, de le tuer, quand il aurait mille vies. » Au bout d'une demi-heure de lutte, il parvint enfin à se racheter, moyennant iOO louis : ils le chassent de l'hôtel de ville pour être plus en liberté; car Lemaire seul s'opposait à eux. Dehors, ce fut encore pis pour lui : dès qu'il eut mis le pied sur le seuil de la porte, il reçut dix-sept coups d'épée ou de baïonnette et trois grandes contusions, dont il fut très-longtemps à guérir; il fut encore obligé de débourser pour se garantir de la mort, et enfin jeté par la tourbe sous les piliers du Saint-Esprit.
D'autres furent moins heureux et moururent des suites de cette journée; parmi eux, Legras, maître des requêtes qui, à Orléans, s'était opposé aux princes et à Mademoiselle, Conrart rapporte que le meurtrier disait à chaque coup qu'il portait : t Si tu en es échappé à Orléans, tu n'en échapperas pas ici.» Suivant la relation publiée par M. Cousin, Legras, ayant composé de sa liberté avec un homme qu'il rencontra dans sa fuite, moyennant douze pistoles qu'il avait, fut conduit par ce coquin jusqu'au bas de l'escalier de l'hôtel de ville, où celui-ci, après avoir reçu son argent, lui bailla quatre coups de poignard, et un autre qui survint, deux coups d'épée sur la tête, et ensuite le dépouillèrent. N'étant pas mort sur l'heure, il fut porté par quelques spectateurs chez un chirurgien de la Grève, où il expira deux jours après. Ferrand, conseiller en Parlement; Yon, épicier, ancien échevin; Legrand, avocat au parlement et bailli de Saint-Victor; Savaii- Janvri, Leboulanger, auditeur des comptes, tué à
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coups de poignard et de baïonnette; Pressant on Froissant, marchand de fer de la place Manbert et margnillier de Saint-Étienne dn Mont; Gnillois, premier écheTÎn, sont aussi au nombre des yictimes. Pour se faire aider dans ]eur hideuse besogne, les émeutiers avaient ouTert [ les prison.^: et fait sortir les malfaiteurs, qui se répandaient de tous côtés. Fatigués de frapper, ils songent enfin à leurs intérêts, et offrent de sauver du massacre tous ceux qui peuvent payer leurs tristes services. « Les uns comptèrent le prix sur-le-champ, les autres le remirent au lendemain et Teffecluèrent dans la crainte d'un traitement plus terrible; il s'en trouva beaucoup qui, pour une trentaine de pistoles, échappèrent ainsi, porlés sur le dos de leurs bourreaux, à travers la foule t qui, respectant en •eux ses pareils, les laissa exercer en paix leur lucrative industrie*. Le conseiller de la grand' chambre, Doujat, qui cheminait avec Legras, fut enlevé dans une maison, et là promit dix lonis d'or, si ceux qui le tenaient le rendaient sain et sauf à sa demeure, ce qui fut fait. Le président de Guénégaud promit dix pibloles à d'autres qui le tirèrent de là ; mais au premier corps de gnrde du caiTefour des rues de la Coutellerie, Jean-Pain-Mol let et Jean de l'Épine, ils le perdirent et furent contraints de l'abandonner dans les mains de plus forts qui le menèrent par la place aux Veaux et du Chevalier du Guet, vers la Monnaie ; se voyant près de son hôtel, il leur persuada de le mettre en maison bourgeoise (chez M. de Sève de PIotard), plutôt qu'en un cabaret, où ils le pensaient mener; mais il fallut encore composer et doubler la somme, et
1. Ce fut dans cette circonstance que le fameux perruquier Didier TAmour, immortalisé par Boileau dans le Lutrin, sauva par la force de son bras quelques-uns de ses amis. Brossette^ Commentaires,
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ainsi ils eurent deux cents livres et bien à boire. Lesprei&ieis, avant eux, lui avaient pris son chapeau etunnuAteau et pourpoint de taffetas rayé, lui baillant hailloM au lieu de cela pour le déguiser, et faire passer pèie-mélt avec eux^ qui étaient cinq, par tous les corps de garde qui étaient ti'és*rréquents, et sans cela ils ne l'eussent jamiii fait passer ni conservé à eux; il était le troisième recommandé au sacriQce des princes, après et avec le gOHrerneur et le prévôt des marchands ^ Force était d'accepter les secours de ces avides massacreurs ^, car les rues qoi aboutissent à la Grève étaient barricadées, et des boo^ gcois sous les aimes en défendaient rapproche et repoussaient tous ceux qui voulaient forcer les barrières poor sauver quelques victimes. Dès le commencement, nnaroeat au conseil du roi, Du Buys^ voyant de chez la dame Compagnon, tante de sa femme, chez Bourdelas, chirurgien, mettre le feu à l'hôtel de ville, se sauva avec un sien