LETTRES DE VINCENT ET D'ANGÉLIQUE ARXXULD
Tel de nous n'aurait pas la patience de lire ce qu'ont pu supporter nos pères! Certes, ils pouvaient dire avec Tacite : Dedimus profecto magnum patientiœ documentum. N'avoir pas de quoi vivre et avoir à craindre cliai|ue jour d'être tué, en un mot ni sécurité ni pain, telle est la situation des malheureux habitants de Paris et des environs : des lettres confidentielles de Vincent de Paul à ses missionnaires ou de la mère Angélique à la reine Je Pologne vont nous la montrer; nous les prenons presque au hasard, et nous n'en donnerons qu'un petit nombr
« Notre pauvreté augmente avec les misères publiques; les troubles nous ont ôté tout d'un coup 23,000 livres de rente, car outre la privation des aides (rentes sur les boissons)^ les coches ne vont plus... Nous sommes maintenant {1^^ mars 1632) 35 prôtres, tous pouvez penser quelle est notre peine pour subsisicr *. »
Les lettres de la mère Angélique entrent dans plus de détails :
« l" mai. — La barbarie des soldats est telle, que les Turcs ne sauraient faire pis ; on accuse surtout les Allemands et les Polonais de ces sacrilèges et de ces cruautés... Leur licence est si horrible, qu'entre Por(-Royal des Champs et Port-Royal de Paris, U n'y a pas une âtno dans les villages, de sorte que ne trouvant plus de pain, les soldais forcent tous les lieux où ils croient qu'il y en a... Tout Paris est rempli de religieuses qui ont fui leur asile (à Port-Royal, le 16 mai, il y en avait 160 d'étrangères à la communauté, et 2A0 le 12 juin), et le nombre augmente chaque jour.'..— 26 juin. On est ici dans la crainte d'un nouveau siège ; la farine vaut déjà 56 livres, et on a grande peine à en avoir. Le pain de Gonesse ne vient plus, les maladies augmentent, les meurtres se multiplient; enfin, ce n'est que misère s... » i
1. Arcb. de la Mission à Paris. Lettres de saint Vincent de Paul. Voir aussi celles du 10 février, du 3 mai, du 21 juin, du 5 juillet, etc.
2. Les Lettres de la mère Agnès Aniauld, publiées par Pr. Faugère (1858, 2 vol.), ne nous apprennent presque rien sur l'époque do la Fronde, cette religieuse s'étaot fait un devoir de conscience « de ne point da tout parler de ce qui se passe^ mais de faire mourir tout en soi. »