‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 240 sur 316 · CONTRIBUTIONS RUINEUSES. 4C · texte numérisé non relu

CONTRIBUTIONS RUINEUSES. 4C

villages d*où ils tiraient lear nécessaire, étaient réduits en coi:: ri bu: i or. sous la condition de ne mener à Ch&lons ui grains, ni vins. Li b.>>. lI antns denrées, que les censiers du sieur de Germinon qui son; au village de Pargny, quoique composés, ayant mmeué du blé à Cliàions, avaient été pris, leurs chevaux , harnais et grai.js menéb à S&ime-Menehould; après conseil tenu, ils se décidèrent à composer moveonant 10,000 livres par an ^ »

Les mômes faits se rencontrent partout : à Montdidier, les Espagnols veulent s'emparer de la Tille et la donner en pillage à leurs soldats; elle fut sauvée par une heureuse circonstance. Un descendant de la maison de Condé par alliance se trouvait possesseur du ûef des grandes Tournelles où se trouvait l'armée de Condé et des Espagnols; le député de Montdidier eut soin de le rappeler à Condé, qui demanda pour la rançon de la ville cent muids de vin et cinquante mille rations de pain. Il y avait impossibilité de satisfaire à cette demande; pour en convaincre l'intendant de Condé, on lui fit voir les greniers et les caves de la ville presque vides, et la demande fut réduite k cinquante muids de vin et dix mille rations de pain; mais avant de repasser la Somme, les Espagnols, pour se dédommager de cette proie qu'on leur avait ar-

1. Arch. împ., f» 518, KK, 1072. L'excellente Histoire de Châlons* sur^Mame, par M. Edouard de Barthélémy, parle de contributions do Cbâlons bien au delà de 1G59; la dernière sauvegarde signée de Condé est datée du !«' mars 1658 (archives de l'hôtel de ville de CbâIon>); mais les actions du prince ont baissé, on ne paye pins que 600 pistoles : le comte de Vaubecourt, gouverneur de la ville, excusait sa contribution par ce mot : « Il vaut mieux se redlmer des fers et des ruines par arj,^cnt que d'encourir le dommage. » Le roi, de son côté, demandait aussi à la malheureuse ville; en 1657 on décida que Cbâlons payerait 48,000 li« vret pour les octrois au lieu de 30,000, et le conseil de ville, pour y faire face, décréta, entre nouveaux droits, que chaque pièce de sorge sortant de Chllons serait taxée de 10 sols, ce qui excita une révolte dei drapiers, lergers, flleurs, cardeurs et peigneurs de laines; les dcnieurei du lieutenant de la ville, du gouverneur, des échevins furent pilléei, (|aelque»-UAi de oef p«noDn«9M bleafiéi» d'autres tués (s«Dft«mbrA i(»57).

rachëe, pillèrent et brûlèrent une soixantaine de bourp ou villages*.

Nous croyons inutile de cohflrmer cette circulaire elk lettre de Fabert, par de longues enquêtes, pour les diocèses de Soissons et de Laon et pour Ghâteau-Porcien, qui res* semblent à celles que nous avons déjà vues tant de fois. Nous les résumerons par quelques mots énergiquemenl éloquents dans leur concision, qui se trouvent dans la déposition de Charles de Vau, échevin de Laon : a Ils allaient (les soldats français) tuant, pillant, faisant prisonniers et emmenant tout ce qu'ils avaient à la rencontre,» et par ceux d'un correspondant des Relations : a En Picardie, en Vermandois, il ne nous reste que des yeux pour pleurer. »

La Champagne est encore peut-être plus malheurense que la Picardie : le séjour constant des ennemis dans les places fortes de Rethel, de Sainle-Menehould, de Rocroy, ruine la province; dans les registres du fonds Champagne aux Archives, on ne trouve que lettres respirant la désolation.

On écrit de Rethel, 18 octobre :

« Les Pères de la Mission, qui n'ont point abandonné ces quartiers y recommencent leurs travaux plus généreusement que par le pas^ par la vue de leurs nouvelles misères. Ces charitables Pères vont risiter et fortifier les pauvres curés; outre ces travaux ils ont sur les bras les soldats malades, mourant sous les deux halles de la ville et les bourgeois de Rocroy qui se sont sauvés en ce lieu après perte et prise de tout. On en a évacué un grand nombre sur Reims avec spcours de route, mais l'hôpital ne peut plus les recevoir à moins d'une forte indemnité mensuelle. — Novembre et d/xembre. -p- A Réiiiel, la dOsolatioa est au delà de celle des années précédentes (la ville a soutenu

1. Manuscrit appartenant à M. Chaudon, maire de Montdidier cité dans les Archives de Picardie, par Dusevel, t. II, p. 165. Voir aussi, da même savant picard, Lettres sur le département de la SoauM,

DE LÀ CHAMPAGNB. 46ft

trois ans quatre sièges et cinq fois le passage des ennemis !) , les ysans des villages environnants se traînent uii-picds jusqu'à Réiliel pour chercher quelque nourriture ; ils auraient bien besoin de chaus* sons, de sabots et de bois. Les curés ne sont pas en meilleur état, ainsi que les reh'gieuses. » A Sainte-Menehould, la situation était intolérable pour les habitants comme pour la garnisoQ; les habitants cherchaient par tous les moyens à s'enfuir déguisés, les uns en religieux, d'autres en paysans, quelques-uns aimant mieux se précipiter du haut des murailles que de vivre plus lo;igtemps sous la tyrannie de Montai. La garnison elle-même, réduite par suitn de pertes ou de d^isertion, n'osait sortir dans la crainte des habitants qui pourraient profiter de leur absence pour les laisser dehors, et soutîrait mille privations; sMl faut en croire une correspondance de la Gazette, Suinte-Mcnehould fut réduite un instant à 53 habitants.

« 3 janvier 1633. — Les laboureurs des environs de Saintc-Mcnehould, Chàlons, Vitry et Saint-Dizier sont dans la dernière misère et incommodité, ne jouissant plus de leurs biens; M. de Montai, gouverneur de Sainte-Menehould, leur a envoyé dire de venir décJaier ce qu'ils peuvent avoir de grains à MM. de Chàlons (qui ne voulaient pas se soumettre à la contribution) et de ramener, faute de quoi ils seront pillés et brûles; ils sont dans lu désespoir et disent qu'il faudra prendra ce parti si on ne leur donne un prompt secours, en reprenant Sainte- Menehould. — 10 août. — La ga'-nison fait constamment des courses du cOîé de Chàlons, enlevant vaches et moutons. A Cliàlons, on crie fort, disant qu'il fauJra composer si on ne reprend Sainic-Menehould; ils sont tous ruinés et n'osent sortir pour recevoir rentes, ni va^iuor à leurs affaires : on a fait prisonniers dix des plus puissants de Chàlons et dix-neuf personnes d'àgo depuis huit jours, ce qui permet au A&oldats de Montai, par les rançons, de s'entreenir en urgent; ils viennent encore de prendre quatre gentilshommes avec tous leurs bestiaux. Les paysans et môme les villes crient miséricorde, disant qu'ils sont abandonnés... Il n'y a plus à Sainte-Mriichouid que 300 soldats qui rcstcnt| parce qu'ils ont la liberté de pilier, mais qui ne tiendraient pas quatre Jours si on les assiégeait. > »

Montai, Persan et les antres ofûciers de Condô ne fai-

1. Arch.imp ,KK, i01%, Relations, etc. M. Ch. Paiiffin, maire de Réthel et ancien magistrat^ prépare une histoire importante de celte villo; on ne peut se faire, si on ne les a vus, une id^e de l'énorme quantité de documents ou copies de documents authentiques qu'il possède sur cetW Tille; quelques-uns ont été publiés dans le Cabinet liistorique de M. L. Paris, et contirment notre récit. Voir au^si Gazette, année 16^** Nouvelles de Sainte-Menehould, la février, i? mu»^ % ir^^i.

466 CIRCULÀiapE DE GONDË

saientque suivre rautorisalion que leur donnait l&n M de faire hardimeot la maraude d'hommes^ pour sepftcurer de l'argent, comme en fait foi la circulaire qui soit :

« Louis de Bourbon, prince de Gondé, ete.

« L*état présent où nous nous trouYons, par la nécessite où nous OBt réduit nos ennemis de chercher notre sûreté contre les Yiolences S mauvais traitements qu'ils nous préparaient sous le nom et rantorité du roi, voulant que^ selon Tordre et les droits de la guerre, ceux qm sont entrés dans notre parti tâchent de faire des prisonniers du nom» bre de ceux qui nous sont contraires^ nous ayons jugé qu'il pourrait arriver que dans les courses qu'ils feront, ils rencontreront plusieon personnes pour lesquelle;^ nous nous reconnaissons obligé d'avoir oM considération très-particulière, tels que sont MM. des Compagnies aovf verairtes établies dans la ville de Paris, puisqu'ils ont le titre et le caractère de principaux oHiciers du roi, auxquels par cette raison nous serons toujours plus disposés de rendre les services que leurs qualité et mérites particuliers exigent de nous, que d'approuver que, sous notre nom, il leur soit fait aucun déplaisir, nous avons par ces présentes déclaré et déclarons que nous tiendrons et réputorons de mauvaiie prise, pendant le temps que notre malheur nous tiendra en l'état oà nous sommes, tous MM. les ofliciers du Parlement, Chambre des Comptes, grand Conseil et Cour des aides de Paris qui pourront être rencontrés ou arrêtés par ceux qui serviront sous nos ordres, leur défendons de les arrêter en quelque lieu qu'ils les puissent rencontrer, et leur enjoignons de les laisser aller, venir et séjourner en toute liberté sans leur méfaire en quelque manière que ce soit, même de leur rendre tous les respects et services qu'ils voudraient rendre à notre propre personne, et sera notre présente déclaration publiée dans les places que nous tenons, en Tarrnée que nous commandons, et partout ailleius Dù besoin sera, afin qu'il y soit obéi, et qu'aucun n'en prétende caose d'ignorance.

« Fait au camp de Lilers, le 12 juillet 1657 ^

<i Signé : Loois de Boobbon.»

On se décida enfin à faire le siège des villes de Mouzon, Rocroy, de Réthel, de Sainte-Menehould pour arrêter les

1. Cette lettre fut faite après un avertissement donné à Condé que

le Parlement allait s'assembler pour pourvoir à la sûreté publique : vê

de ses membres avait été arrêté par les gens de Gondé dans le ûemtik

de mettre la division entre le conseil du roi et les cours souTeraiiiefc

'. imp., mss. Recueil historique^u VU, ^» W%, BscveU ThoUff.

Page 1