‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 242 sur 316 · LE SIÈGE DE SEURRE · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE SEURRE

Courtépée, Description générale du duché de BottfjfojirJ dom Plancher, Histoire de Bourgogne; et piôme Guillfr mot, Histoire de Seurre. Voici quelques détails plus prtcis qui feront mieux apprécier la situation :

a Le 23 mars 1652 , messieurs les élas généraux des États de Booh gogne écrivirent à M. de Bielle, élu de la noblesse et député en con^ pour rinformer des nouveaux malheurs arrivés à la province : c Lei ennemis (les partisans de Condé), disent les élus dans leur lettre, ayant brûlé entièrement c{\\tLiorzQ villages au voisinage de Seurre (suivant on mémoire envoyé à la chambre des élus le jour d*hicr), qui sont Pagny le Chaslel, Pagny l'Église, La Bruyère, Charablane, Toutenant^ Longs» pierre, J al anges, Saint-Georges, Chaselles, Mont, Gbivre, Labergemeal k Duc, outre d'autres qu'ils ont brûlé depuis, ces boute-feux étantes* corc en campagne et continuant ces horribles dég&ts, le tout ainsi qaH \ a été mandé par ordre exprès de Monseigneur le prince, que le OMmandant dudit S( urre a reçu de brûler toute la province^s'il ImétaUpot iible. Ledit sieur de Bieîle peut juger par ces incotidies auquel on n'a|H porte aucun cmpôch^'^iellt, en quoi état sera la province dans pen... joint à la grande disette et famine qui sont encore en cette proYinoi et qui font (juc tous les villages seront abandonnés et déserts... »

«Au mois de mars 1Gj3, les élus de Bourgogne décrétèrent qu'on grand noiiibrfî de communes se:aii:nt déchargées de ce qu'elles devaient do leurs cotes de l'année 1652, eu coasidcratioû des passages et logements des gens de guerre. * »

Dès lG:ii, la Bourgogne, sur les jetons qu'elle faisait frapper, se représente couchée à terre avec celte légende à Louis XIV : « Te stante, resiirgam. » Aux petits États, tenus à Beaune cette même année, le duc d'Epernon, si peu sensibie aux maux de ses administré?, les reconnaît en disant : « Je sais l'étal de la province, je sais la misère où elle est réduite; je sais qu'il y a grande disette; je sais les malheurs des particuliers; » et néanmoins ces communes épuisées et dévastées sont obligées, le 18 avril 1653, par ordre de d'Épeinon, de fournir 3,000 hommes avec des

1. Extrait inédit du registre des délibérations des élus de Boargogos*

ACHETE LA TxVllsZ PE LA BOrBGOGNL «(tf'

vivres pendant hniî jours, ponr tvfvailier i ii dt'nîoiîiiai} des forliflcalions de Senrre. Aussi ! aniit^*. su.'vaiiit j--^ impôts ne purent plus t-tre recoun'ês. Au njoj.- dt nia!'.^lG54. les habitants de Verdun et de Sainl-Jean ùe Losm sont décnargés par les élus de Bourgogne de 20(» livi-e? sur leur cote des impositions de l'année iG5â, « en cousidtvration de leur pauvreté', causée par la guerre du siège dt Seurre. »

Les faits de celte nature remplissent les registi*es des élus de Bourgogne : Ja dépopulation venait à la vut seule des armées; dés que Seurre avail été envahie par les soldats de Condé, la plupart des hahilants s'étaient enfuis, les magistrats municipaux avaient cessé leurs fondions. Les professions les plus indispensables aux besoins de la vie n'y étaient plus exercées, ainsi que dans beaucoup

des villes environnantes.

« Le 3 août 1656, Guillaume Goujet, maître apothicaire et ruD des éche?ins de Senrre, otjtiut arrCt du Parlement de Dijon ponr i'exécucution des statuts de Vart et métier d'apothicaire dans ]es villes de Seurre^ Verdun^ Chaussin et Believesvre^ sur sa requête contenant que comme au sujet des guerres sun'cnues au comté de Bourgogne et des sièges de Seurre, lesdites rilles avaient été désolées, et qu'il n'y avait audit Seurre^ etc., aucun maître juré du métier d'apothicaire, ceux qui l'exerçaient étant décédés 4. »

Par suite du déplorable état des finances- dans cette époque d'anarchie, les secours mêmes devenaient une charge : afin d'approvisionner les troupes employées au siège de Seurre, et d'empêcher ainsi leurs pillages, on eut recours aux réquisitions dans ce pays ruiné; pour la ca-

1, Registre des délibérations de la ville de Seurre, années 1655-1660,

2. Nous voyons dans un manujicrilde la collection de Hourfrofrne, t. L. que les comptes des receveurs p?jrlicu]iers pour les? «iiim!cs 1(J'»8 et 1(»A9 n'étaient pas encore rendus en 1053^ c'est-à-dire cinq ans nf>R>s. V* 5.

47t RÉQUISITIONS

yalerie établie an camp de Pouilly, le dite d'ËpemoBi^' manda aux villes, bourgs et villages du bailliage h Chalon-sur-Saône une livraison de 10,000 quintaux è toin ; mais comme la réquisition elle-même est impo^ là où il n'y a rien, on voit par le cahier que eDYiroi 6^000 quintaux ne purent être livrés par diverses localitfi soumises à la redevance. Semblable réquisition entliM aussi dans les bailliages d'Auxonne et de Saint-Jean de Losne^ Ces réquisitions incomplètement accordées le pouvant suffire, les courses, les pillages, le rapt des h» tiaux, des bêtes de somme recommencent; on va mène jusqu'en Franche-Comté^ malgré un traité solennel de neutralité fait avec les Francs-Comtois. En vain leroiel d*ÉpernoQ donnent des ordres sérieux a d'éviter les alti^ cations qui pourraient nuire au repos des deux proTinces de Bourgogne et de Franche-Comté, » les violences continuent et avec elles les plaintes*.

Si des voisins qu'on avait tout intérêt à ménager étaient ainsi traités, quel devait être le sort des sujets qu'on pouvait impunément fouler, pressurer? La voluminense collection de Bourgogne nous fournit une triste réponse :

En février 1653, les élus des États ayant représenté an roi la nécessité où était réduite la province, tant à cause des passages des gens de guerre que des incursions et

i. Coll. de Bourg, t. L, bibl. imp., ms. — Département fait swlei habitants des villes, bourgs et villages du bailliage de Châlon, par nous, Claude Crestin, conseiller avocat du roi aux bailliage et chancellerie dudil Châlon, et maire de ladite ville, commis par S. A. d'Épernon, par son ordre à nous adressé en date du 8 novembre 1652 pour la livraison des foins destinés pour la cavalerie du quartier de Pouilly, pou^lese^ vice du roi, décembre 1652. 18 pages in-f». (F© 101 du fonds Gaignièrà, 458.) Ms., bibl. imp.

S. Recueil de lettres originales du duc d^Épemon, t. lU ms» inédit 'onds Gaignières, 458, bibl. imp.

ENBOUttGOGME. 411

ravages de la garnison de Bellegarde, et de la somme de 600,000 livres que la Bourgogne a fournie pour k's frais de la guerre, Sa Majesté daigne les décharger de 170,000 livres à prendre sur tes deniers du quartier d'hiver pour l'entretien des gens de guerre. ■ En 1634, quoique épuisée, la Bourgogne, comprenant qu'elle aurait encore plus d'Inlérôt à donner une grosse somme pour élre exempte des logements et des passages des gens de guerre, s'engage pour ce motif à payer au roi la somme de 130,000 livres. Scra-t-elle tranquille cette lois? DÈS le io janvier, les pilleries recommencent, et les élus font faire le procès à deux soldats d'une troupe qui ruinait le pays. Hangueil, qu'on avait nommé chef du quartier de Pouiily, sous la condition d'arrêter les désordres, laisse ses soldats se livrer aux niP-mes violences; ils ont enlevé plus de 100 chevaux sur les bords de la Vingeanne; les élus députent vers lui Surmain (probablenenL François Surmain, receveur d'Auxonne) pour Ta--

verlir de ce qui se passait: ( JUordieu, b , dUBanguetl

m rejetant les remontrances, si tu n'étais pas ici, je t'aiH [irendrais à parler, mais tu le payeras. » Et Surmain fut réduit à dresser un procès-verbal que la chambre des Élus envoya inutilement au duc d'Épcrnou. Après avoir payé pour Être exempte des désordres de»

Kj^rnisons de la Bourgogne, la province dut encore donner ' (1,000 livres, moyennant quoi Sa Majesté donnera tonte iBtorilé à l'intendant de justice qui va en Champagne

[pour empêcher les incursions en Bourgogne des gens da

r guerre qui sonten garnison en Champagne' (19 fév. lOEii).

r ï!eut-6lre, deson côté, la Champagne payait-elle aussi pour

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