LÀ FRONDE A BORDEAUX
par un des principaux acteurs, Tautenr de VBùtùirê b la guerre de Guienne S au milieu des opérations militaire de marches, de sièges et de combats où se platt l'homeo belliqueuse et gasconne de Balthazar.' Selon une relatioi manuscrite de Saint-Sever, publiée par H. Pascal Dnpnt dans V Histoire des villes de France, < il parlait toujonn de tuer et de pendre, » et inspirait une telle terreur dan les Landes, que la superstition s'en mêlait et qu'on regardait Tintrépide général d'avant- garde des armées de Guienne c comme un magicien puissant et cruel, i U Gazette de Rcnaudot, rassurée par le succès du roi et Téloigncment des lieux, a retrouvé la voix et nous tient aussi plus au courant que lorsqu'il s'agissait d'éyéoemcnts au sein de Paris ou aux environs : deux histoires locales d'un grand mérite» les histoires de Bordeaux, par Dom Devienne, et celle de La Colonie, achèvent de* dire ce que Ballhazar ou la Gazette avaient laissé dans l'ombre, et tout récemment, M. Cousin vient de publier, avec les papiers si importants de Lcnet, une très-savante et trèspalpitante histoire de la Fronde à Bordeaux, sous ce
1. Consulter l'excellente édition donnée en 1858 par M. C. Moreau; grâce à lui, on n'oubliera plus Gnyonnet, conseiller au Parlement de BoFdeaux, et faisant fonction d'intendant, qui «pilla et désespéra toute la campagne, » et qui donnait « par dérision aux assesseurs des quittances signées Bien pris; » de Chambon, le terrible gouverneur de 11 Saintonge qui, en moins d'un mois, faisait crier toute la province pour « ses persécutions et ses voleries » le capitaine Gaston, un des grands pillards de cette armée de pillards. — On lit dans la Gazette : « Les frondeurs étaient si redoutés qu'à la nouvelle du départ de la Meilleraye, vers la lin d'août 1652, pour aller au secours de Dunkerque, les habitants de Marennes, s'ils n'eussent été assurés qu'on ne les abandonnerait pas, avaient résolu de quitter leurs maisons, dont ils avaient cependant transporté en lieu de sûreté les meilleurs meubles. — Au même temps nous voyons les six compagnies de l'Ormée, cantonnées au fort de la Basiide, faire impunément des courses dans tout le voisinage, et iuspirer une terreur telle que, en plein jour, devant la porte du Chapeau rouge, '^"^ le saisissent d'un bateau chargé de blé qui entrait dans Bordeauz. t
Rappelle Là fronde de paris. 475
titre : Madame de Longueville pendant la Fronde. Refaire ce travail après un tel maître, nous n'y saurions son^ ger : nous nous contenterons d'indiquer, au point de vue spécial qui nous occupe, quelques faits que le cadre de H. Cousin lui a fait omettre.
Un instant les affaires de la Fronde bordelaise avaient paru se rétablir lorsque le comte d'Harcourt, en vue de ses intérêts particuliers, imitant l'aventureux voyage de Condé à travers toute la France, avait brusquement quitté l'armée qu'il commandait et le siège de Yilleneave d'Agen commencé sous ses ordres, pour chercher à s'assurer un grand établissement en Alsace. Marsin avait délivré Villeneuve, menacé Blaye, dont il se serait emparé sans le mauvais vouloir des Espagnols, qui ne voulaient faire la conquête de la ville que pour eux (août 1632)*,
Mais bientôt des signes plus effrayants encore que le météore qui, après avoir plané au-dessus de TOrmée*, disparut, présage de ruine, en laissant tomber des bluettes ardentes, vinrent menacer l'existence de la Fronde bor-
1. Déjà la fatigue commence cependant à se faire sentir même parmi les principaux acteurs; on trouve dans le Recueil manuscrit de Conrart, t. X, bibl. de l'Arsenal^ deux lettres toat à fait significatives de madame de Longueville : a 4 juillet 1652^ à mademoiselle Rambouillet: depuis que TOUS ne vous souciez plus de moi, j*ai été quasi tous les joun exposée aux mousquetades, et depuis les coups de poing jusqu'aux coups de canon... Je ne trouve guère au monde de chose plus déplorable que de se voir perpétuellement au milieu des séditions. » Le 22 août, à Chapelain : «Je souhaite que la paix redonne au monde le repos dont il y a si longtemps quUl est privé. C'est un souhait fort désintéressé que celui que je fais là-dessus, car mille choses dont vous imaginez quelques-unes, m'empêchent d'espérer d'avoir part à la tranquillité publique. Mais ce n'est pas ici un chapitre à traiter par lettres, il vaut mieux vous prier de me faire avoir la huitième partie de Cyrus , qu'où me mande qui est imprimée et qu'on ne veut point débiter qu'après la paix; j'ai si peu do divertissement au lieu où je suis, que je ne veux pioint perdre celui-ci. »
S. Voir la Gazette du 10 leptembre 165%) vfi ii«.
476 COMPLICITÉ DE GONDË
delaise : loin de s'étendre, la révolte était de pins en phi circonscrite. Le marquis dePompadour, lieutenant gênérai du Limousin, avait à plusieurs reprises battu les bandes de Marsin, qui, du Périgord où elles étaient éta* blies, faisaient des courses dans le Limousin, et, à une rencontre, il leur avait fait sept cents prisonniers et enlevé leur butin, estimé plus de 150,000 livres. Comme toujours, pour maintenir leur pouvoir déclinant, les Ormistes avaient recours à des moyens plus violents, à une plus grande intimidation. Le 19 septembre, dans une assemblée, ils décrétèrent qu'aucune proposition de paix ne serait reçue que sur Tordre de Coudé; que quiconque en ferait, serait puni exemplairement; et, à cette fin, quatre potences seraient dressées en autant de places publiques. Conti se faisant pour son frère le complice de ces violences, leur en témoigna une si grande joie qae les Ormistes voulurent sceller celte union dans un festin magnifique avec les ducs d'Enghien, de Guise, les sieurs deMontespan, Marsin et Lenet (18 services de 8 plats, dit h Gazette t) : mais le lendemain une manifestation réactionnaire répondait à ces menaces.
Une pareille conduite éiait conforme aux conseils de Condé qui, en engageant Lenet à s'unir avec rOrmée,lai avait recommandé de faire en sorte que tous ces actes parussent être rœuvre de Conti et de la duchesse de Longueville, afin que, si Condé venait à conclure son traité avec la cour et à rentrer dans son gouvernement de Guienne, les membres influents de la magistrature et de la bourgeoisie, contre lesquels ces violences étaient dirigées, n'eussent aucun reproche à lui faire. Les violences augmentèrent encore après le retour du ' à Paris : le Parlement de Bordeaux se trouvait dégagé