ET DE CONTI AVEC L'ORMÉE
de toutes ses promesses, puisque Mazarin était hors de France, et que Louis XIV offrait une amnistie au prince de Condé; aussi voulait -il enregistrer la déclaration royale. Dès lors c'était fait de Condé; mais de longue main par sa coupable complaisance pour les excès de rOrmée*, il avait gagné à sa cause cette faction violente, et ce fut elle qui le sauva on du moins retarda sa perte, en signifiant au Parlement de ne point enregistrer la déclaration jusqu'à ce qu'on eût appris si elle était agréable à M. le prince. Pendant ce temps, Condé, comptant peu sur l'Espagne, sollicitait les secours de Cromwell, •auquel il n'eut pas honte de rappeler les anciennes prétentions des Anglais sur la Gnienne, et envoyait deux agents,* en Ire autres le marquis de Cugnac, maréchal de camp, en même temps qu'un M. de Saint-Thomas, chargé spécialement de lever des régiments irlandais. De leur côté, des ministres protestants anglais venaient échauffer le zèle des huguenots français, essayer, à vingt-cinq ans de distance, de renouveler à Bordeaux la lutte de la Rochelle et faire des plans de république protestante; mais la tolérance de Richelieu et de Mazorin avait adouci et calmé les rancunes religieuses, et Mazarin ayant habilement renouvelé en mai 1652 tous les anciens édits en faveur de la religion réformée, les protestants ne bougèrent pas, si ce n'est dans quelques coins des Cévcnnes. Ce mouvement sans portée n'eut qu'un résultat, de jeter résolument le clergé catholique dans les bras de la cour.
1. Le Z juillet Ck)ndé écrivait à Lenet : « Si par négociation et par adresse ou autrement, on ne peut obliger TOrmée à se contenir, il vaut mieux se mettre de son côté que la voir chasser de Bordeaux... Dans l'état présentée ne vois point d*autre parti à suivre. » Le 15 juillet : « Je persiste toujours dans la pensée de nous joindre tous à ceux do i'Or« méei puisque ce parti 9e trouve de beaucoup plus fort que l'autre*»
4T8 Là RÉACTION COMMENCE
Toutes ces manœuvres de Condë araient profondfineri irrité le Parlement et la bourgeoisie; aussi l'oppositios commença à se montrer: la nuit, on affichait des placaris sanglants qui incriminaient Taffection de Conti pour h duchesse de Longucville ; celle-ci en pleurait de rage; oi les brûlait par la main du bourreau, mais ils reparaissaient plus insolents, plus cruels ^
Ces placards n'étaient qu'un moyen de préparer l'opî* nion publique; on entra bientôt dans la Toie des conspi« rations royalistes : au commencement de décembre 165S; un complot s*organisa par les soins d'un conseiller aa Parlement, Massiot, dont le but était de tuer les cheb de rOrmée et de faire soumission au roi. La conspiration fut découverte, Massiot exilé avec un certain nombre des conjurés les plus redoutables; en même temps des confiscations politiques vinrent redonner un peu d'argent au parti ruiné et intimider les gens indécis.
En présence de cette bonne volonté à Bordeaux, la cour ne pouvait pas abandonner sa propre cause et resfer inactive ; elle avait remplacé d'Harcourt par le beau Caudale, fils de l'ancien gouverneur d'Épernon, qui commandait des forces considérables, soutenues par la flotte du grand-amiral de Vendôme et la valeur et l'habileté du comte d'Estrades. Il se rendit bientôt maître de Yiiieneuve d'Agen que d'Harcourt avait inutilement assiégé, et au commencement de 16S3, la domination de la Fronde en Guicnne se réduisait à Bordeaux, aux vill.es les plus voisines, Bourg, Saint-André, Libourne, et à quelques places isolées dans les provinces limitrophes, BergeraCt
* ^ M. Cousin donne un de ces placards^ p. 821*