‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 266 sur 316 · NOUVELLES A LA MAIN · texte numérisé non relu

NOUVELLES A LA MAIN

étaient envoyées sous le nom de Gazette on de Nom^ à la main aux secrétaires d'État anglais par des correspondants qu'ils pensionnaienl à Paris, pour les instmin de tout ce qui se passait :

B Jnillet 1655. — <x Présentement il n*y a nul changement à attendre en ce royaume. Les peuples sont accablés de misères, de tailles, de toutes sortes d'impositions quils aiment mieux souffrir que la goen». La noblesse est tellement ruinée, qu*elle n'est point capable de monter à cheval pour aucune expédition, quelque apparence qui leur puisse être présentée d'une plus avantageuse condition. Les Parlements sont tous asservis , et ceux qui les composent n'oseraient parler, ni rien dire contre le gouvernement. Les grandes villes ne respirent que le repos et détestent tous ceux qui ont été les auteurs des derniers troubles. L'ordre ecclésiastique est tout dépendant do la cour et du favori, dès qu'ils ont reçu leurs bénéflccs. Tous les gouverneurs de places sont attachés de môme à la cour et au cardinal. Tous les grands seigneoif se plaignent et je n'en connais pas un seul qui soit capable de rien. Pour Paris, tout le monde déteste le présent gouvernement et s'y assujettit volontiers. On a cru que le cardinal de Retz pourrait causer quelque altération pour le jubilé ; car venant à ôtrc donné par ses ordres, rautorité du roi était en quelque façon violée, et le jubilé étant refusé au peuple, cela devait, selon toute apparence, causer quelque sédition. Cela n'a point du tout réussi ; les grands vicaires , nommés par le cardinal, ont été mandés en cour. Un d'eux a obéi, et y est allé ; l'autre y a été mené par force, et le peuple n'a point remuée et quand on aurait fait tous les curés prisonniers, personne n'aurait rien dit. On voit clairement que dans Paris, on veut le repos et qu'on ne veut plus entendre à aucun remuement, cela est certain.

<K Quant aux courtisans^ ils sont toujours malcontents; mais avec tout cela, il découle toujours quelque douceur qui les apaise, et nul n'est capable de rien. Turenne, qui seul a sens, courage et expérience, est asservi à la faveur; car, depuis qu'il est marié, il a si grande peur de perdre la fortune de sa famille qu'il est le valet des valets du cardinal. Les autres courtisans sont pires que valets, car ce' sont des esclaves. Le duc d'Orléans est à sa maison de Blois, entièrement enseveli dans la douceur de la vie champêtre; on le prie de venir en comr, et on ne désire pas qu'il vienne ; et lui aime son repos, et considère que s'il était à la cour, il serait le jouet des favoris, qui tous les jours le rendraient méprisable. H n'est point homme ni à faire, ni à entendre à aucune entrepris©, qiiwiâL iwfeîùa e\\^ ^ct^\\. ^aAx«^^, c^xà^ ^^xVscwa

ADRESSÉES AU SECRÉTAIRE D^^lTAT ANGLAIS. 603

de sa personne, mais toat son parti est ici entièrement anéanti ; il est pourtant très-certain que s'il avait un bon succès, il arriverait ici une grande révolution ; mais s*il ne gagne une bataille, il n'y a rien à faire pour lui. Le duc de Longueville écoute toutes sortes de propositions, mais il n'est capable de faire aucune entreprise, ni de prendre ferme résolution. Quant à la cour, le roi prend ses divertissements à la chasse et à faire l'amour. M. le cardinal subsiste non-seulement parce que le roi l'aime tendrement^ mais il l'estime et le craint, et quand la reine voudrait détruire les sentiments de S. M., elle ne j>oumit le faire. Le cardinal a en sa main tous les honneurs et biens à distribuer : il ne faut point s'étonner, si on s'attache à lui. Il n'y a point d'apparence qu'il lui arrive rien ni par assassinat, ni par poison, ni par disgrâce, et il se maintiendra, et tout l'État demeurera tranquille, excepté que les Anglais entrent en France, ou que M. le Prince ait un beau succès : ces deux choses n'arrivant point, cet État demeurera tranquille. »

Les lettres particulières sont d'accord avec les documents of ûciels : celles de la mère Angélique nous apprennent un phénomène assez curieux que les lois de l'économie politique auraient fait deviner d'ailleurs, si nous ne le trouvions indiqué dans cette correspondance : les plus malheureux ne sont pas les artisans, mais les classes moyennes. En janvier 1654, la reine de Pologne a demandé à la mère Angélique une colonie de bons ouvriers cordonniers, tailleurs, menuisiers, serruriers, etc., qui puissent aller former des apprentis en Pologne.

c 28 Janvier, — Les tnisères de notre France sont telles qu'il n*y a plus çpie très-peu d'artisans. Tous ceux des pays où la guerre a tout ruiné étant presque morts, et les autres se débauchant et allant à la guerre, on ne trouve presque plus de gens à la campagne pour cultiver les terres, tant il en est mort. — 4 février. Deux bons garçons tailleurs et cordonniers veulent bien aller en Pologne... je fais chercher des serruriers^ j'en ai écrit à un de nos amis en Normandie où les tailles sont si grandes, que les artisans sortent plus volontiers de leurs provinces que les autres, et ils aiment leur profit et sont adroits. Je m'informerai de tous les métiers...

« 1er avril. — Les charités de ce pays sont changées, car ce n'eit plus les pauvres ordinaires qui souffrent et ont bcscin ; au contraire^ U grande quantité que la guerre et la cherté du blé de» demie:

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