CURIEUSE LETTRE
duc de LongneTille et une députaiion du semestre assuraient la cour à Saint-Germain de la fidélité de la proviace. Ces bonnes dispositions de Longueville ne devaient pas durer : quatre jours après, le duc promettait au Parlemeat de Paris le concours de sa province, et donnait comme otages de sa fidélité sa femme, sa fille et son fils. Il est curieux de voir de quelle manière M. de Longueville expliquait au Parlement de Rouen ce rapide mouvement de volte-face: son langage artificieux, ambigu, fera compren* dre comment les gouverneurs des provinces arrivaient à séduire leurs administrés, môme bien întentionDés, comme les magistrats du semestre. Ce document a^ait échappé à M. Floquet, d'ordinaire si bien instruit sur tout ce qui regarde la Normandie ^
a Monsieur le premier président, tous auroz su le prompt et inopiné départ du roi et de \a reine de Paris. Aussitôt que j*cn eus avis, j'allai trouver en diligence LL. MM. pour essayer de leur rendre le trësliumble service auquel ma naissance m'oblige; mais au lieu de trouver dans le conseil les dispositions que to >s les gens de bien y souhaitent pour assoupir les mouvements dont l'État est menacé, je conçus qu'il n*y avait plus lieu aux pensé<s de modération, et qu'on ne voulait entendre que ceux qui portent les choses à i'extrôme, ce qui nous a fait rtîsoudre, M. le prince de Conti et moi, de nous venir joindre au Par* Icment de Paris. Notre dessein était, avec tant de gens d'honneur et dT personnes de condition qui se sont ici rendus à même fin. de cherche» les moyens les plus propres à rétablir la tranquillité publique. C*estd0 quoi j*ai cru à propos de vous donner avis, et de vous assurer que mon intention est de rendre au roi et à la r(>ine tout honneu r, respect et fldé lité, et d'employer pour la conservation de Tautorité royale et de rËtaU tous mes soins et mes labeurs, et s'il est besoin, mon sangetmaviei Je connais l'affection que vous avez toujours eue au bien public^ et quoi* qu'il no soit pas nécessaire de vous y exciter davantage, j'ai cru néanc moins devoir, comme gouverneur de la province, vous convier àsuirrC
1. Arcb. imp. KK, 1083, f» 32, ms. inéd. — Ihid. pour les autre eorrespouilants de Muzariu, Duplessis-Besançun, Tarchevèque de Rouea Vabbé Franquetot, le comte de ïloncherollcs.
DU DUC DE LONGUEVILLE. lit
Texemple do la apitale et d'un si grand nombre de personnes bien intentionnées qui y sont, à ce que vous employiez à une même fin qu'eux les moyens que vous avez en main et l'autorité de votre charge, invitant vos amis et ceux qui sont sous votre pouvoir de s'y joind-e; en quoi faisant nous aurons le bonheur d'avoir relevé et affermi Tau'orité de notre jeune roi, avec espérance que non-seulement nous remetironi bientôt la paix et le repos dans le royaume, mais que cflle encore de la chrétienté en sera une suite infaillible, ce que ne doutant pas qoe vous ne soyez très-bien considérés, je demeurerai « Votre très-affectionné ami à voua faire service.
« Henri d'OmLiiHi
« Paris, 15 janvier 1649. »
Les dispositions de la Normandie répondaient parfaitement aux désirs de Longuevilie; tous les correspond a nU de Mazarln sont unanimes à lui représenter c qu'il y a à craindre à Rouen et dans la province, si le roi ne vient par sa présence raffermir l'obéissance de ses sujets. » Le clergé seul, maintenu par Tarchevêque de Rouen, et l'h^ tel de ville sont bien disposés; encore craint-on que * si le duc vient à Dieppe, il ne puisse avec ses nombreux amis tellement incommoder Rouen, que les bour^'eois timides ne changent de résolution, t Ces averlii^sements et la conduite de M. de Longuevilie avaient alarmé la cour. Elle fit défendre au Parlement et à rh<^jtel de Tille d'obéir aux ordres du gouverneur jusqu'à nouvel avis de Sa Majesté. Dans des conjonctures aussi graves, le premier président, malgré ses bonnes dispositions p<oar la cour, n'osa pas enregistrer cet ordre du roi sans prf:n1re l'avis des anciens; c'était se hncer au milieu de la tempête. Par leur influence, toutes les mesures miniu 'riel.e-, sousdivers prétextes, sontrejetéi^s ou éloignées : on refa-^ l'entrée de Rouen au comte d'Harcourt, envoyé pour conmijuder la province de Normandie au lieu et place da duc de Longuevilie.
lli LA FRONDB
On ne sut bientôt plus s'arrt^ter sur cette pente glît* sanlc : on va jusqu'à inlro Juire Longueville dans Rouen, Cebit un premier succùs pour le duc; restait à savoir comment le Parlement accueillerait sa présence et s'il oserait, en lui maintenant les pouvoirs de gouverneur, faire acte de rébellion ouverte contre Tautorilé royale. Tout se passa au ?ré du prince : son langage insinuant, où il flatlait la hnine des anciens contre le scmesire, lui donna les plus arJents; les cris du peuple, gagné à sa cause par d'iiMbiles mer.eurs. effrayèrent les timides, qui se retiièrent peu à peu des séances. Seuls les échcvinsde la ville résisîérent tant qu'ils purent; mais que faire contre le Ilot des adhérents, toujours grossissant, qui le» em port ail?
Longueville prit du reste touîes les précautions pour montrer au Parlement son désir sincère de ne rien faire en Normandie que de concert avec lui : il compose un conseil de dépuîés du Parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides et du bureau des finances, conseil qui, maljîré son air d'indépendance, appartenait entièrement à Longuevillcj en mémo temps, il anéantit le semestre, seule cause qui passionnât les magistrats frémissants de ces innovations. Dès lore le duc est libre d'agir à son gré : il s'empare des recettes, et pour s'attacher le peuple, supprime un certain nombre des anciens impôts, qu'on remplace en mettant en coupe, hors temps, les forêts royales; on vend partout, et à moitié prix (à dix livres le boisseau), le sel dont le« greniers du roi sont remplis. Celte vente fait fureur, et l'or coule dans les coffres de l'hôtel de ville, qui peut facilement mépriser les trois cent mille livres qu'otT(*ait le r les gabelles, si on ne voulait point vendre le
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EN If ORMANDTB. iiS
fiel ^ La oonrde Saint-Germain s'alarme en Toyant tarir cette source importante de ses rerenns et dérend de continuer ces ventes sons c peine de la vie , rasement des maisons et abattement des arbres à liauteur de trois pieds; > mais c'est en vain; les greniers demeurent ouverts en permanence, et le peuple y court en foule.
Riche de toutes ces ressources, le parti du duc veut lever des troupes et empêcher le roi de pouvoir en faire autant; un édit ordonne que tout village ou bourg déclos fournira autant d'hommes armés d'épécs et de mousquets qu'il paye de fois 500 livres d'imposition, punissant la désobéifsance de 50 livres de surtaxe par chaque homme non fourni, et récompensant le zèle par une diminution de 50 livres pour chaque soldat envoyé en armes «à l'armée noimande. De tous côlés, d'ailleurs, arrivèrent les adhésions : une lettre d'Harcourt à Mazarin, du 11 février, signale les progrès de l'insurrcclion, et la Normandie se trouva définiiivoment engagi'^c dans la Fronde. Elle n'y prit cependant qu'une partie indirecte, mais qui ne fut pas moins funeste à Ja cour, et contribua à la longue durée de la révolte. La Normandie fidèle fournissait au roi dans Rouen un cenire de résistance, un siège de gouvernement où il eût Irouvé soldais et revenus, et d'où il pouvait d'un seul coup écraser Paris rebelle; c'était au plus, et dans de meil!eures condilions, la campagne de Henri IV à recommencer. Frondeuse, au contraire, celte province enhardissait la capitale par son adhésion et par ses promesses, et en môme temps affaiblissait l'armée royale qu'elle forçait à se diviser.
L'exemple de Rouen fut contagieux : Amiens, mécon-
1. Journal de ce qui s'est passé au Parlement de Rouen, Ms., Arch. iQip.« KK, fo 108; rioquet, Histoire du Parlement de NormotR^^*'