‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 64 sur 316 · LA FRONDE EN ANJOU · texte numérisé non relu

LA FRONDE EN ANJOU

tent de ce qu'on lui avait arbitrairement enlevé réleclîon de ses magistrats municipaux, s'unit aussi aux Parisiens. En Anjou, ce fut encore ce sentiment des libertés mnnicipales, attaquées consta^iment par la royauté depuis un siècle, qui poussa la province à la résistance. Deux camps partageaient la ville d'Angers : l'un, composé des gens du présidial et auquel se rattachait la haute bourgeoisie, tenait pour le roi, tandis que le parti des Loricards (nom d'un quartier), formé surtout des marchands, des artisans et des bateliers, marchait avec Paris. Les nouvelles que la princesse de Guémenée, Tune des brillantes héroïnes de la Fronde, donna de l'insurrection parisienne en revenant dans ses terres, déterminèrent l'explosion. Aux cris de A bas Mazarin ! Angers se soulève, des barricades s'élèvent dans toutes les rues, les bourgeois refourbissent leursi vieilles armures de la Ligue. Le gouverneur, le duc de Maillé-Brézé, beau-père de Condé, tenant pour la cour, on appelle un des seigneurs voisins, La Trémoille, qui venait de soulever le Poitou. La Trémoille prend le titre de gouverneur général des provinces de l'Ouest, arrive à Angers (mars 1649) ; mais l'absence du Parlement etd'un grand chef aristocratique ôta au mouvement de ces provinces toute gravité. Poitiers, grâce à son maire Richeteau et à son évoque Chateignier de la Rochs-Posay, ne donna que de légers signc§ d'émotion populaire.

Pendant que le feu de l'insurrection grondait dans toutes les provinces, éclatait dans quelques-unes, un mouvement formidable se préparait au Midi, et devait bientôt inspirer des craintes aussi sérieuses que celui de la capitale. Déjà le 19 août lG48,Du Bernet, conseiller au Parlement de Bordeaux, dans une lettre à Mazarin, demandait ulagement de la province, en motivant rétatdes esprits

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et la misère générale, par suite d'une dîsotte qm affligeait tout le Midi, lorsque le vieux duc d'Ëpernon, aussi avare que riche, séduit par une gratification de douze cents livres, accorda à quelques négociants de Bordeaux la liberté d'exporter du grain pour l'Espagne, encore plus désolée que la Guienne, A celte époque de non-circulation des grains, renlèvement de quelques >nc> am»fn'iit renchérissement du blé, l'appauvrissement d'un piy-, ^e pareille conduite était un défi à l'émeute : aus^i. lorsque la nouvelle se répandit dans la ville, le pru^ije furieux se porta en foule sur les fuais et s'opposa à IVinbarquement du blé; d'Épernon dut venir en personne, suivi (le ses gardes et des gentilshommes de sa mnison ; sa présence imposa c aux sept ou huit cents muilns armés; > mais à son tour il dut se retirer devant les femmes de la halle et les pauvres en haillons, lui criint que !e peuple mourait de faim et qu'on ne souffrirait p3s le transport des grains. Beanroche, écuyer du duc, ayant voulu prendre la parole, faillit perdre la vie. Le h-ndemain les mêmes scènes se renouvelèrent: au>.si d'Epernon écrivait-il à Mazarin que si Témeute était dissipée, il n'en conservait pas moins des craintes sérieuses; il demandait c les réparations duChâleau-Trompetle et une garnison suffisante pour étouffer la sédition en sa nais* sance, représenlant de quelle conséquence serait U soulèvement d'une ville telle que Bordeaux, comme il se communiquerait aisément aux provinces voisines, et les pertes qu'il pourrait causer à l'État, •

Le Parlement, de son côté, s'adressa au roi, et h cour, assez occupée des barricades de Paris pour ne pas se jeter d'autres anaires sur les bras, révoqua l'aulorisatio.i accordée par d'Épernon.

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