LA FRONDE EN PROVENCE
horreurs de cette guerre, dont le voisinage les menace et amrne de nombreux passages de soldats *, s'efforcent, par une députation, de réconcilier le comte d*Alais, gouverneur de Provence, et le Parlement d*Aix; faut-il ci ter Papon et tous les meilleurs historiens du pays pour dire :
« L*arméc du comte d'Alais, forte de mille cbevaux et de qmm cents fantassins, campée dans les villages voisins d*Aubaigne, yviti discrétion... brûle, pille et viole partout où elle passc^ arrête et rançon ne les courriers expédiés par le Parlement à la cour... Ses profanations vont jusqu'à dévaster ks églises et les tombeaux; la teirsdtt Rognos, le terroir de Pellissane ont été entièrement pillés, pluaievil villages ont eu le même sort; le bourg de Meyrargucs mis à feu et à sang, celui de Saint-Paul, livré d'abord au pillage, puis brûlé; 1lDed^ culaire du comte d'Alais lui-môme parle « des meurtres, assassinats, « volcrics et brigandages qui se commettent chaque jour sur les grands ' « chemins en divers endroits de la province. » A toutes ces souffrances vint s'ajouter la peste*, elle éclata d'abord à Marseille (juillet), se répandit à Aix et dans tout le pays; le mal fut si violent que les compa* gnics souveraines sortirent de la ville pour se retirer en divers lieiix« et les habitants dans leurs bastides : c'est une fuite^ une dispersion générale et dans tous les sens. A Marseille, plus de dix mille personnes avaient déjà quitté la ville (le 2 août), dit la Gazeite de France; tout le commerce fut anéanti; une grande cherté dans les grains en fut la conséquence, et bientôt le blé valut plus de dix écus la charge. »
Aussi, dans une situation aussi triste, sans f or ti ficelions et sans canons, Aix, toujours menacé d'un siège par h
1. Bibl. imp., ms., coll. Languedoc, t. XCV, pa^sim, fonds CoisliB| 8 mars 16'i9. « Les excès de gens de guerre, dit M. de Breteuil, pourront seuls indisposer, en Languedoc, le peuple, qui se sent encouragé par le Parlement, menaçant chaque jour de rendre arrêt pour obliger le^ soldats à payer ou à sortir du pays; depuis cinq semaines iî y a six régiments qui vivent à discrétion. » — 18 août, lettre de Bertier de Moitranc, lettres de M de la Uocque, chef de la députation, etc.; Toulw pendant la Fvoude, par M. Henry, archiviste du Var, dans le Bulletin de la Société des lettres du Var; Lettres de Guy Patin sur la peste de Marseille; Correspondance du chancelier Séguier, S. G. F. BibL û&m ms., ^, Î9 82, pour la ruine du commerce de Marseille.
JbA FRONDE EN GUIENNE. 131
comte d*Alaîs, accepta facilement la paix humiliante «]iie le roi lui imposa.
Les relations sur le Bordelais sont déchirantes; lune d'elles résume ainsi la situation :
« Le Bordelais est en grande désolation : on n'entrnd que l'^s cris des pauvres habitants; on ne voit que villes brûldes, chemins couverts de morts; les villages d'autour de Libourue sont tous perdi.s, c'rst nu p.iys* de désolation et de tristesse. Camblanes, La Trosne, C:iri;:nan, Tresses furent pendant plusieurs jours la proie d'une soldatoi^qnc d*autant plus insolente que ses excès étaient impunis. A Camblancs, l'église, où s'étaient réfugiés les habitants, devint la proie des flamme», et une jeune fille, poursuivie par un soldat, aima mieux se jeter dans Je feu, préférant la mort au déshonneur. Un capitaine du régiment deGuii'nne, touché de compassion, l'arracha à la mort; malgré cette protection, le soldat, n'écoutant que sa passion brutale, la poursuivait encore, et Vofficier ne put la sauver qu'en tuant, après un combat acharné, le forcené ravisseur. »
. Laissons toutes ces provinces à leurs ruines et étudions un pou celles qui n'ont pris aucune part à ces troubles, comme le Lyonnais et le Dauphiné, que la sagesse de leurs gouverneurs surent retenir et conserver dans la tranquillité; leur situation est bien peu préférable. Lyon s'est épuisée par les droits de joyeux avènement et Its renouvellements des privilèges ; au lieu de l,â30,00«) livres qu'on lui demandait, elle n'a pu en donner que 780,000, et encore, pour faire cette somme, la ville a dâ engager pour huit ans le produit de ses octrois. Aussi, malgré la situation favorable de Tindustrie lyonnaise à J'époque des troubles, puisqu'elle avait environ douze mille métiers S la misère Ht bientôt sentir ses alteintes*
i. L'industrie de Lyon ne se rétablit que dix-sept ans aprè», en 1667, sous l'administration de Colbert, et sauf quelqufrs années floriêsantef jusqu'à la révocation de Fédit de Nantes, ne posséda un pareil nombre ^ie métiers que sous l'Empire, de IBOV à 1812. — Raçv*»tt A* KxVi*-^<ai.
i5t DÉTRESSE DU LYONNAIS.
une ordonn3nce des consuls engage les cbc£s d'atelier i Ee garder qu'un seul ouvrier, et à renvoyer les autres compagnons et apprentis, sous prétexte qu'ils sont éti'angers pour la plupart. Ce vain palliatif n'amène aucun résultat, et comme Taumônerie générale est impuissante devant tant de maux, les consuls sont obligés de délivrer aoi ouvriers malheureux le blé que peuvent porter cinq cents ânes ; les maladies, c fièvres continues, malignes et venimeuses, » écrit le médecin Falconet à son ami Gaj Patin, se répandent dans la ville, dans les campagnes, et causent une grande mortalité.
Après avoir demandé au chancelier Sëguier des délais de trois mois pour le payement des dettes commerciales, les I anqueroutes arrivent partout et ajoutent au malaise de la place; le peuple, désespéré, pille la maison du sieor Perrachon, qui lient.les fermes du roi et douane de Valence, c L'émotion est si grande, dit Dubuisson Âubenay (5 avril), qu'on parle de se mellre en république comme à Genève, i Dans une lettre adressée au chancelier, Charrier, président des trésoriers de France à Lyon (7 décembre 1649), et ses collègues refusent positivement d'établir un nouvel impôt de 600,000 livres pour rétape des gens de guerre, t la levée ne s'en pouvant faire par la surcharge de la généralité, par la pauvreté du peuple, la
four. — Voir aussi R'^cueil des privilèges de Lyon, pef Gui II. Barbier, Lyon, 16^9, in-4o^,cîOQt ravertissèment renfeime des documents triscurieux pour Thistoiie commerciale de Lyon; Beaulieu, Histoit'e dt rinduitrie à Lyon, 1838; Dubuisson Aubenay, Journal des guerm civiles^ surtout la Correspondance du chancelier Sëguier, ms., fondi
Saint -Germain, fr. 3— 00 rôô> ®* Notes et documents pour servir à
Vflistoire de Lyon, par Péricaud aîné, dans Y Annuaire du Rhône, i8M 10; Monfalcon, Histoire de Lyon; Ch. Gouraud, Histoire poiiti^ trciale de la France, 1854.
'jr .:v