‹ La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul (volume 2)Chapitre 98 sur 316 · TRISTE SITUATION DE LA GUIENNB · texte numérisé non relu

TRISTE SITUATION DE LA GUIENNB

dans l'esprit des Bordelais... Sî on remet le ch&teau entre les mains de d'Épernon, il faut, disent les habitants, que le Parlement et le peuple quittent la ville. •

La correspondance de d'Épernon vient conflrmer et justifier cette haine; dès les premiers mots, il ne songe qu'à irriter le ministre contre ses administrés et les dépeint sous les plus odieuses couleurs :

« Si ron ne remet le Parlement et le peuple de Bordeaux dans leur devoir, cette compagnie établira une espèce de monarchie sur les sujets du Roi; elle avance cet ouvrage, car elle entreprend toutes choses... » Ailleurs il précise ces accusations : « Le Parlement a osé déclarer que pendant la minorité , Tautorité du Roi dort comme sa volonté. Si elles dormaient, en effet, cette injure doit les éveiller et les animer d*une juste colère pour tirer une punition exemplaire de cette insolence. » Partout se montre l'irritation la plus violente; il ne propose que voies de rigueurs, jamais d'accommodement, « il faut dompter la fierté dé Bordeaux, maintenir le château comme bride à cette ville. »

Les leltrcs de Duplcssis-Praslin font aussi connaître au vrai la situation de la Guicnne et de sa capitale. La durée de la guerre, la famine, la misère, l'arrivée des paysans, qui cherchaient dans la ville un refuge contre les outrages et les dévastations, amenèrent à leur suite, comme partout, les m:iladies contagieuses :

« Tout le pays bordelais, écrit le maréchal à Mazarin, |e 17 octobre, est infecté de maladies, et ce no sera pas peu si nous pouvons nous en garantir, tant le mal est général, surtout à Blaye... Le 4 novembre, mon frère, mon fils et tous mes gens sont malades... On ne perçoit aucun impôt; le vin sort de tons côtés sans payer de droits... L'armée royale est aux abois et ne vit que de ses pillages; les chefs eux-mCmes n*ont plus de ressources. » Du PUssis déclare « n'avoir rien reçu depuis deux anS; sa maison à Paris en est à l'aumône. » — «Quant à moi, Monseigneur, je suis réduit à la misère, et je serai contraint au premier jour de chercher quelqu'un en ce pays qui me veuille nourrir. »

Toutes les troupes étant occupées en Espagne, en Italie et en Flandre, la coin, mnlgrô les sollicitations pressantes

LA PRINCESSE DE CONDË A MONTROND. m

et réitérées du duc d'Épemon, n'avait pu le secourir, et bientôt le Château-Trompette fut obligé de se rendre (octobre 1649). La joie dti peuple alla presque jusqu'à la folie. Bordeaux y gagna de s'enrichir de consiiérrjLles provisions de guerre et de bouche. Le Parlcmi*nt rc^olut de profiter de ce succès important pour ménager h \ n\\ ; une circonstance favorable lui venait, d'ail!our?,en -lilt:: le Parlement de Paris, par l'organe du pn-^i-ÎL-nt «1»; Novion, magistrat intègre et d'un rare mérite, av;jit hit *\e^ : remontrances à la reine au sujet des mouv»?menls •!*:- fJordeaux. Malheureusement, après les cuccès de Sauvebœuf, surnommé t Sauve-Peuple, » sur la rivr i/jurliC delà Garonne, dans le but de déboucher les passa;:^*.* qui coupaient les vivres à Bordeaux, vinrent des revcr» rrjusés par l'arrivée du comte du Doignon avec une Iljlîe. On entreprit môme le siège de Bordeaux; mais iecoaraj/»? des habitants, secondé des bonnes dispositions «if Siuvebœuf, triompha des forces des assaillants. Enfin, pour mettre un terme à une lutte qui durait déjà «h-puis plus d'un an et menaçait de s'étendre au Périgord, au Limousin, à TAgénois, la cour consentit à la pnix i-i et 2C décembre). Les conditions furent avantageuses pour lior* deaux : le roi accordait une amnistie générale, lus prisonniers étaient mis en liberté, les propriétés rendues; diminution des tailles, démolition delà cila<Jelle de Libourne, éloigncment des troupes, mainlien des privilèges de la ville, droits d'élection conservés, canons du Château-Trompette et du fort de Hà remis en leur place. Une lettre de Mazarin à Duplessis montre que le prince de Condé avait obtenu par son crédit ces conditions : « 11 n'était plus temps de rien prétendre de mieux; on avait été forcé d'accorder des choses désavantageuses, en cou-

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