‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 101 sur 420 · CRUAUTÉS RN BRIE · texte numérisé non relu

CRUAUTÉS RN BRIE

grande pitié pour les pauvres populations que ses armées foulent aux pieds et dont elles font litière.

Les récits que les écrits contemporains font des cruautés des soldats d'Erlach présentent des détails diaboliques : c'est un raffinement de férocité qui n'a plus de nom ; la souffrance est un plaisir pour eux; ils semblent chercher, avant tout, une occasion de s'amuser.

« Dans un village, ils s'emparent d'une chèvre, la coiffent du bonnet d'une vieille femme qu'ils ont tuée, la mettent dans le lit et vont chercher le curé pour lui administrer les derniers sacrements de l'Église catholique. Arrivé près de l'animal, le curé s'aperçoit de l'indigne comédie dans laquelle on veut lui donner un rôle, et est mis à mort avec toutes sortes de cruautés par suite de son refus. Ailleurs, on dépouille les malheureux habitants, on attache sur leur dos des chats que l'on fouette jusqu'à ce qu'ils aient rais en sang le dos de leur pauvre victime. Au bourg de la Tourelle, près de Reims, un malheureux paysan étant parvenu à leur échapper, se réfugie sous le toit de son porc et y reste trois jours sans rien prendre; survient une bande de soldais qui le découvrent et l'asphyxient avec quelques bottes de paille. Pour forcer les paysans à découvrir l'endroit où ils ont caché l'argent que souvent ils ne possèdent pas, on leur brûle la plante des pieds ou les organes sexuels; des filles de huit et dix ans sont violées sous les j'eux de leurs parents attachés. Les viller. sont remplies de malheureux fugitifs qui encombrent les rues et couchent sous les hangars ou les auvt nts avec leurs troupeaux, exposés à toutes les intempéries de la saison; Reims, Corbie, Saint-Quentin, Péi'onne en regorgent. Les châteaux ne sont pas plus épargnés que les chaumières; celui de Saint-Lambert, qui appartenait à M. de Joyeuse, est pillé, et tous les habitants sont massacrés. »

La Brie est aussi éprouvée : c'est en frémissant qu'on lit les trente-deux pages de la Letti^e du Père Michel, religieux ermite de l'ordre des Gamaldules, prés de Grosbois, à monseigneur le duc d'Angoulême^ leur fondateur, sur les cruautés des Mazarinistes en Brie. Si les faits n'étaient attestés par cent récits différents qui se contrôlent mutuellement, il serait impossible de ne pas croire, comme Mailly, « qu'il y a plus que de l'exagéra-

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tion dans ces tableaux et qu'il faut rabattre beaucoup de toutes ces noires hyperboles, » dont les moindres sont les mille profanations et viols dans les abbayes d'Yerre et de Jarcy, le vol des tableaux que le comte de Grancey, singulier amateur des arts, fait couper de leurs cadres pour les emporter plus facilement. Le château de Lésigny, qui appartenait au duc de Luynes, n'est pas p lus épargné Après les bandes luthériennes allemandes d'Erlach, on trouve parmi les dévastateurs les catholiques irlandais et anglais, que la révolution de Cronnvell a chassés sur le continent : ils sont commandés par le maréchal de camp lord George Digby, pelit-fils d'Everard Digby, qui joua un des principaux rôles dans la Conspiration des poudres, dont le but était de faire sauter Jacques \^' et le Parlement anglais. George Digby semble avoir hérité de cette fougue violente et aveugle : dans la lutte de Charles I" avec son Parlement, il se montra un des pires conseillers que puisse avoir un prince; se cliargea, avec le colonel Lunsford et d'autres coupe-jarrets, d'arrêter les cinq députés patriotes Pym, Hampden, etc.. s'engageant par écrit, dit-on, à les amener vivants ou à les laisser morts sur place. A la suite de ce coup d'Etat avorté (4 janvier 1642), Digby, poursuivi par la rancune du Parlement, s'enfuit en Hollande, d'où il revint en Angleterre lorsque la guerre civile, qu'il avait toujours conseillée, eut éclaté; il prit part à tous les combats. Nommé secrétaire d'Etat en 1643, il fut obligé de donner sa démission, par suite de la haine et du mépris que lui témoignaient tous les officiers de l'armée: exclu par le Parlement de toutes les propositions d'accommodement, il se retira en France, où bientôt la guerre civile vint fournir une carrière nouvelle à son humeur

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