LETTRES DE SEGUIER. 1S
ces impressions, qui feraient sans doute de très-mauvais effets, et aussi parce que les moyens de secourir le roi ne peuvent être tirés sans l'autorité du Parlement, qui prendrait occasion de s'assembler et de regagner les bonnes grâces du peuple, en prenant leur protection pour empêcher les impositions. 11 faut éviter cette liaison, d'autant puisqu'elle est à présent rompue et que cette compagnie a perdu sa réputation dans le public. J'ajouterai que ce secours que l'on demanderait ne pourrait être tiré que par autorité ou par la bonne volonté des peuples : pour le premier moyen, il ne se faut pas tromper, il n'y en a point dans Paris, et il se faut contenter d'en conserver les apparences et de ménager son pouvoir; quant à l'amour, il est encore moindre, et si les peuples se retiennent de se soulever, c'est par la crainte de retomber dans les misères où ils se sont vus, et non pas par respect et amour de l'administration.
« ... On nous donne tous les jours avis de diverses assemblées qui se font, que je voudrais bien détruire avec autorité, si nous étions en état de cela; mais je prévois qu'il n'y a que l'industrie qui puisse être opposée à tous ces artifices, et que nous n'avons la puissance d'agir autrement, que ce serait seulement faire voir notre faiblesse, qui J)roduirait avec certitude un mauvais effet, je veux dire quelque remuement dans lequel l'autorité et le pouvoir de ces mauvais esprits se ferait paraître davantage, et nous aurions peu de moyens de les empêcher d'exécuter leurs mauvais dessoins; aussi, qu'il est important de conserver cette réputation dans les provinces, que la disposition de Paris est bonne au service du roi... »
Les précautions extrêmes que Mazarin est obligé de prendre trois mois après, au point de songer à faire llécliii' la justice humaine et la détourner des voies de l'équité, montrent que la situation n'avait pas changé et qu'il fallait toujours manier les Parisiens avec une adresse infinie:
« 7 août, de Compiègne. — Ayant su que le nommé Papaut, prisonnier dans le grand Chàtelet, est sur le point d'être jugé et peut-être condamné à mort pour un meurtre, comme il est d'une famille fort accréditée parmi le peuple de Paris qu'il nous serait extrêmement important de gagner en sauvant la vie à leur parent, j'ai fait trouver bon à la reine que Ton cherchât toutes les voies possibles en justice pour cela, et en cas qu'on n'en trouvât point d'autre, elle ne pourrait pas même se défendre de savoir de vous ce qui se pourrait faire pour