LETTRE DE MAZARIN
le sauver. Mais comme le procès pourrait peut-être cependant être jugé, je vous fais toujours ces lignes par avance pour vous prier, en cas qu'il soit sur le bureau, de mander au procureur du roi d'en suspendre le jugement jusqu'à ce qu'on lui ait fait savoir les intentions de S. M. làdessus. Enfin c'est une affaire que je remets à l'adresse de M. le chancelier, et lui serai fort obligé s'il la peut terminer d'une manière qui fasse connaître aux parents de ce criminel le soin que j'ai pris de sauver en quelque façon l'honneur de leur famille'. »
Un état de choses où il fallait à chaque instant avoir recours aux voies diplomatiques ne pouvait convenir à l'humeur impérieuse d'Anne, qui ne comprenait que les libres allures d'un pouvoir absolu. On s'explique facilement la répugnance qu'inspirait à la reine ce séjour de Paris, où elle retrouvait en face d'elle le Parlement et la bourgeoisie; aussi, sous prétexte de réparer quelques échecs dans le Nord, la cour se dirigea vers les frontières. De beaux succès militaires pouvaient ramener la faveur du peuple, ou du moins lui imposer un peu de respect; malheureusement Gondé se retirait en Bourgogne et ne voulait pas accepter le commandement de l'armée dont la gloire aurait rétabli les affaires de Mazarin. Sur le refus du prince, le maréchal d'Harcourt marche contre les Espagnols, qui avaient envahi nos places de Picardie et de Champagne, les chasse d'abord facilement, saccage le Hainaut, prend quelques places sur l'Escaut, qu'il ne peut garder, et enfin échoue complètement devant Cambrai , dont il est obligé de lever le siège, ce qui met fin à la
1. Nous avons envoyé une copie complète de ces trois lettres au Comité d'histuire de France ^vH le ministère de l'instruction publique; ces lettres confidentielles, bien mieux, selon nous, que l'épisode du souper chez le restaurateur Regnard dans le jardin des Tuileries, raconté par tous les historiens de la Fronde, ou l'insulte faite en pleine rue aux laquais du roi par MM.de Brissac, Matha et Fonlrailles, qui ajoutaient en plaisantant « pour le présent, les rois n'étaient plus à la mode, » montrent combien l'autorité royale était nulle à Paris.