‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 117 sur 420 · G2 CONTREBANDE DE LA GABELLE · texte numérisé non relu

G2 CONTREBANDE DE LA GABELLE

souverainement et en dernier ressort, s'en saisir, même par le canon, mines et autres moyens qu'ils jugeront nécessaires; et cela nonobstant tous prétendus privilèges et exemptions; ordre est donné à tout fonctionnaire de leur prêter main-forte *.

Une autre pièce nous montre un des commissaires dans l'exercice de ses fonctions : le 19 octobre, sentence rendue contre des faux-sauniers; après amende bonorable faite à genou, en cbemise, la corde au col, une torche en main, devant l'église et la porte du grenier de Sentis, un faux-saunier est pendu et étranglé, deux exposés au carcan, condamnés à trois cents livres d'amende, aux frais du procès montant à deux cents livres. Tous les autres condamnés conjointement à 5,000 livres d'amende et envoyés aux galères à perpétuité. — Le 4 novembre, la Gazette nous apprend une nouvelle exécution : 120 contrebandiers de la Capclle et d'Irson s'étant retirés avec du sel près de Château-Thierry, sont attaqués dans les trois maisons où ils se sont retranchés après une lutte de six heures, les faux-sauniers sont contraints par le feu mis à leurs demeures de se rendre ; 60 chevaux, 80 minots de sel furent saisis ainsi que 26 prisonniers qui doivent être fustigés, envoyés aux galères ou pendus. En octobre 1650, nouvelles plaintes au sujet de l'enlèvement de plus de 600,000 boisseaux de sel, enlèvement favorisé par les plus puissants des provinces de Saintoiige, d'Aunis. de Poitou, par la plupart des ofiiciers, même par des ecclésiastiques. En Saintonge, cette contrebande était faite

1. Ordonnance du 6 juillet 1649, 31 pages. Ârch. imp-., coll. Rondon-

neau, par ordre de matières. Gabelles, carton 423 ; Gazette de France,

E no 133, année 1G49; registre —- — (conseil d'Etat), sect. administrative.

PILLAGR DES BOIS DE L'ÉTAT. leâ

hautement et en public par le chevalier de la Grange, capitaine aux gardes, faisant fonction de gouverneur. Son frère, lieutenant du gouverneur de la citadelle d'Angoulême, allait encore plus loin : il faisait dire à tous les marchands de la rivière de Charente que s'ils allaient charger du sel au bureau de Taillebourg, non-seulement il s'en saisirait, mais coulerait à fond les gabarres qui le portaient, et exécutait cette menace contre un marchand. Il arrêtait aussi les bateaux chargés d'autres marchandises, comme des planches de sapin, pour lui payer un droit, ce qui anéantit promplement tout le commerce de la Charente. Dans les landes de Mont-de-Marsan, un convoi de ISO charrettes, escortées de vingt hommes de cheval et de quarante hommes à pied, sont allés prendre du sel sans payer, et après un combat meurtrier, ont battu les capitaines et gardes de la gabelle. Mêmes plaintes à propos du Languedoc. Voulant arrêter celte contrebande, le conseil d'Etat ordonne, le 7 décembre 1650, d'armer trois vaisseaux de guerre pour escorter la flotte qui va en Brouage chercher du sel.

On ne s'en prenait pas seulement à l'odieuse gabelle, rien n'était respecté : le pillage le plus effronté se commettait aussi dans les bois de l'Etat, où beaux arbres comme jeunes pousses, tout était coupé, abattu, dit un arrêt du conseil d'Etat du 20 décembre 1649. Par un autre arrêt, on se plaint que, dans les généralités de Bordeaux et de Montauban, les gentilshommes donnent retraite aux meubles et aux bestiaux des contribuables, qu'il est impossible de lever la moindre taille; pour les contraindre, le roi envoie des régiments d'infanterie ou de cavalerie, qui vivent à discrétion et ruinent le

ltJ4 BANQUEROUTE DES RENTES.

pays : dès lors il n'y a plus moyen d'acquitter les charges'. Un pareil désordre dans les affaires justifiait, ou plutôt expliquait la faillite des fermiers des gabelles venant, après plusieurs délais, déclarer qu'ils étaient hors d'état d'exécuter les conditions de leur bail, et en demander la résiliation. Il fallait donc ajourner encore le payement des rentes de l'hôtel de ville, constituéessur ces revenus des gabelles; et déjà depuis un an le gouvernement n'avait rien donné. On avait espéré que le retour du roi allait ramener l'argent dans le irésor, et le jour de l'échéance (19 septembre), on apprenait la banqueroute des fermiers. Cet événement, qui intéressait un grand nombre d'habitants riches et pauvres, dont les rentes formaient toute la fortune, excita dans Paris une grande émotion ; on songea même un instant à mettre le feu aux maisons des fermiers. Le Parlement prend l'affaire en mains, condamne les fermiers à payer sur-le-champ la moitié du semestre, et leur accorde, vu les pertes réelles qu'ils avaient éprouvées, un délai pour l'autre moitié^. Les rentiers, de leur côté, nomment douze syndics, la plupart déterminés frondeurs, pour veiller à l'intérêt commun ; ceux-ci choisissent pour patrons les anciens chefs qui n'ont pris aucune part à la paix de Saint-Germain, Beaufort et de Pietz. On se réunit à l'hôtel de ville, « cet ancien parloir des bourgeois, » que iVIolé appelait « une nouvelle chambre des communes, » et l'assemblée monte quelquefois jusqu'à trois mille personnes. De prétendus bruits d'assassinat tenté

1. Registre du conseil d Etat -,—^^^, i. 39 à 164. Ms., Ârch. imp.

2. Voir sur l'incident des rentes pendant la Fronde un excellent travail de MM. Leroux de Lincy et Douët d'Arcq, dans les Registres de l'hôtel de ville pendant la Fronde, t. II, p. 425 à 452.

TROUBLES DANS PARIS. ifis

contre le conseiller Joly, syndic des rentiers, une échaufl'ourée organisée par le marquis de La Boulaye, des coups de fusil tirés sur le carrosse de Condé, et que celui-ci attribue à Beaufort et à de Retz, jaloux de sa puissance, viennent encore aggraver une situation déjà tendue. Les informations sur tous ces événements amènent des séances orageuses; la « sainte cohu') des enquêtes» prend fait et cause pour les frondeurs, même contre son premier président Mole, qui est gravement injurié et court quelques dangers. On ne vient plus au palais qu'armé; dans les pièces contiguës à la salle des séances se tiennent chaque jour des troupes d'amis de Condé, du Coadjuteur et de Beaufort, prêts à en venir aux mains au premier signal. « Si le moindre laquais eût tiré l'épée, dit de Retz, Paris était confondu. »

Cettelutte faisait les affaires de Mazarin en divisant ses anciens ennemis, qui, à plusieurs reprises, avaient été sur le point de s'entendre : la Fronde ne pouvait pardonner à Condé son récent traité avec Mazarin; le duc d'Orléans surtout s'en montrait offensé, se prétendant lésé dans sa juste influence sur les affaires de l'État. Condé, d'ailleurs, mécontentait tout le monde; il poussa même l'insolence à l'égard de la reine jusqu'à vouloir lui imposer un amant, le fat et étourdi marquis de Jarzay, capitaine des gardes du corps, qui devait prendre la place ae Mazarin. Jarzay, habitué aux succès galants, pousse l'aventure, risque la déclaration formelle et par écrit de ses sentiments; la reine, pressée par Mazarin, chasse Jarzay de sa présence. Condé prend en main la cause de son protégé, et, par ses exigences, contraint la reine à le recevoir dans le Palais-Royal. Bientôt, courant de sottise en sottise, pour une question de tabouret, il blesse toute la noblesse fran-

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