INSOLENCE DE CONDÉ
caise, pointilleuse sur les droits de l'étiquette, à l'exception de quelques jeunes seigneurs qui applaudissent à toutes les insolences de leur chef et les exagèrent encore par des airs hautains, qui leur valurent le sobriquet ridicule de petits-maîtres.
Un nouvel empiétement de Condé amena l'explosion : la Normandie avait repris son gouverneur Longueville; mais la partie haute de cette province était toute dévouée à la reine, grâce à la ville du Havre que gardait la duchesse d'Aiguillon, au nom de son neveu et pupille, le duc de Riclielieu. Condé s'empare de l'esprit du jeune homme, le marie avec la veuve du marquis de Pons dans un des domaines de Longueville, la nuit, à l'insu de la duchesse d'Aiguillon, et sans le consentement de la reine, toujours rigoureusement exigé pour les unions des ducs et pairs. A peine cette union était-elle terminée, que Condé en exigeait le prix : Richelieu partit en poste avec l'argent et les gardes du prince, et entra dans la citadelle du Havre; pendant ce temps, des afllîdés gardaient les chemins pour arrêter les courriers suspects. Un ordre de Condé enjoignait même, dit-on, de jeter dans la mer, une pierre au cou, toute personne qui arriverait chargée des instructions delà régente.
Cette conduite combla la mesure. Mazarin et la reine se rapprochent de la Fronde parlementaire : des conférences nocturnes ont lieu au Palais-Royal avec Gondi; tous sont bientôt d'accord. Mazarin alors fait arrêter Condé dans le Louvre avec Conti, Longueville, et les envoie à Vincennes (18 janvier 1650) ; et le peuple de Paris, qui a fait des barricades pour l'honnête BrousseL lorsqu'on saisit le triste héros de la première Fronde, allume des feux de joie, comme l'avait prédit le con-
ARRESTATION DES PRINCES. ic7
seiller Portail dans le Discours sur la députation du Parlement à M. le prince de Condé, 16 avril 1649.
Le lendemain de l'arrestation de Condé, la haute noblesse et le Parlement furent convoqués afin d'apprendre de la régente les motifs de ce coup d'État. Le seul fait matériellement criminel était l'affaire du Havre; dans tout le reste de l'accusation, on énonçait plutôt des tendances dangermises, de mauvais procédés, que des actes positifs, et cependant « personne ne sourcilla. » Cette approbation tacile donnée à un acte qui violait la déclaralion du 22 octobre 1648, prouve combien les questions de principes étaient peu de chose, même pour le corps chargé de défendre et d'appliquer la loi; une seule réclamation, celle du jeune maître des requêtes, le poëte Bachaumont, se Ht entendre. La vieille Fronde avait décidément fait son temps ; aussi, deux jours après, se réconciliait-elle avec la cour. Le Parlement de Bourgogne, quoique composé d'anciens servitears attachés à Condé par des obligations personnelles, n'osa remuer; celui de Normandie se monli'a aussi indifférent à la cause de Longueville : l'exemple du Parlement de Paris entraînait toutes les compagnies souveraines du royaume.
La cause des princes, abandonnée par le peuple et les magistrats, fut d'abord embrassée avec ardeur par la noblesse provinciale : Turenne partit en hâte pour Stenay en prenant le titre de « lieutenant général de l'armée du roi pour la délivrance des princes. » Bouillon se retira dans sa vicomte de Ture ine; La Force dans le Périgord, Brézé dans son gouvernement d'Anjou; Saint-Simon à Blaye; Seurre reç;itdans ses murs Boutteville et Tavannes; madame de Longueville avec le prince de Marsillac gagna la Normandie où dix-huit mois auparavant, après le traité