VOYAGE DE LA COUR EN NORMANDIE
que les principaux officiers veulent obéir à madame d'Aiguillon,.qui lesavaitnommés,et bientôt même l'infortunée duchesse, forcée aussi de quitter Dieppe, doit commencer ses courses de belle aventurière et ses romans de grand chemin.
La cour, do son côté, se montrait à la hauteur de la situation et ne perdait pas son temps : elle avait reconnu la faute qu'elle ayait commise en 1649 en n'écoutant pas l'appel de ses partisans; aussi, après avoir reçu une lettre du procureur général *, elle partit dès les premiers jours de février, malgré la peste qui sévissait dans toute la province et bien que Mademoiselle trouvât que la « saison, peu propre à faire voyage, convenait mieux à la danse. » Le voyage ne fut qu'ovations, et la campagne que succès : toutes les villes se soumirent à l'approche du roi. La province, raffermie dans le devoir, reçut pour nouveau gouverneur le comte d'Harcourt, qui mit partout dans les postes occupés par les créatures de Longueville des hommes à lui, et dans ce nombre le grand Corneille comme procureur-syndic des États.
Ce qu'il venait de faire en Normandie, Mazarin, au moyen des riches dépouilles des princes, le répéta partout pour s'assurer des alliés : Vendôme eut la Bourgogne ; le marquis de l'Hôpital la Champagne : le Berry fut donné au comte de Saint-Aignan. A Paris, on resserrait l'alliance avec les Frondeurs en comblant le Parlement de faveurs:
1. Il y demande en particulier la démolition des places et des châteaux de la province, d'après la déclaration du feu roi et surtout celle de Pont-de-l'Arche, « dont les bourgeois de Routn et de Paris seront très-aises, à cause des exactions que commettent les gouverneurs sur les bateaux marchands. » La présence du roi avec un régiment de ses gardes fera en quinze jours plus qu'une armée de dix mille hommes en six mois. Arch. imp. KK, 1083.