‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 128 sur 420 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

État de la Guienne pendant la lutte des Bordelais et du duc d'Épernon.

— Dispositions de la noblesse du Midi favorables à la cause de Condé.

— La princesse de Condé se retire à Montrond, dans le Berri; son séjour dans la vicomte de Turenne, chez M. de Bouillon, ruine le pays; sou arrivée à Bordeaux. — Alliance de la noblesse française et de l'Espagne, à Bordeaux, avec la princesse de Condé; en Picardie, avec la duchesse de Longueville et Turenne. — Désastres en Picardie, en Champagne. — Le pillage des blés, approuvé par le cardinal Mazarin, qui l'érigé en système pour l'approvisionnement des armées.

— Détresse extrême des généraux et des troupes au dedans du royaume et au dehors.

Ce que la sœur de Condé, la vaillante t Pallas, » n'avait pu faire en Normandie, ni ses amis dans leurs provinces, son épouse injustement délaissée allait l'entreprendre, avec succès, à une autre extrémité du royaume, où la guerre civile, -à peine éteinte, pouvait se rallumer facilement. Au moment môme où la paix de Saint-Germain ramenait un peu de calme dans Paris, le gouverneur de Guienne, d'Épernon, écrivit à Mazarin le 5 avril 16i9 : « Je me prépare à faire repentir les Bordelais, et je fais avancer les troupes; je supplie très-humblement Votre Eminence de n'oublier pas à envoyer de Brest, au plus tôt, les vaisseaux que Votre Eminence

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m'a promis, soit que vous ayez la paix, soit que vous continuiez la guerre avec ceux de Paris i ».

Les effets avaient bientôt suivi les menaces : d'Épernon vint se loger à quatre lieues de Bordeaux, s'empara du moulin du Ciron, qui approvisionnait la ville, intercepta les farines transportées par la Garonne et la Dordogne, fit dévaster les propriétés des membres du Parlement. Les soldats, encouragés dans leur licence, se livraient ouvertement à l'incendie, au viol, au sacrilège; les habitants des campagnes voisines, ruinés et désespérés, accouraient à Bordeaux, demandant qu'on les défendît. La ville organisa à la hâte trente-six compagnies, formant près de vingt mille liommes; Bordeaux devint un véritable camp. On s'exerça aux armes; des chefs furent donnés aux paysans des environs pour les aguerrir contre les brigands qui les ruinaient. La noblesse elle-même, sauf ceux que la cour conserva ou gagna au moyen de pensions et de brevets de maréchal de camp, prit parti pour le Parlement : de ses rangs sortaient en effet les marquis de Chambaret, de Lusignan et de Sauvebœuf, qui commandèrent successivement l'armée bordelaise.

D'Épernon, exaspéré de cette résistance, ne se contint plus, et donna à ses soldats toute liberté pour ravager le

1. Pour cette guerre de Guienne : Ârch. imp., ms. KK, 1217; O'Reilly, Histoire de Bordeaux; Foiiteneil, Histoire des mouvements de Bordeaux, inachevée, corrigée par la censure royale; dom Devienne, Hisf. de Bordeaux, l'auteur fut forcé par le Parlement d'adoucir certains passages trop hostiles à ce corps; la Colonie, ouvrage fait sur ries documents parlementaires; la Fronde à Bordeaux, par Saint-Marc; Histoire de la guerre de Guienne, par Balthazar, édition iMoreau; Lettres sur les troubles de Bordeaux, lt)52. Bibl. imp., ms. Dupuy, 755; Gaigu., t. CCCCLIV, CCCCLVl; Correspondance relative à la province du Guieune (l(io3 55), ms. sup. fr., 3305; et surtout les vingt-huit volumes des Papiers de Lenet, ms. Bibl. imp., et Madame de Longueville peu- ''■Qnt la Fronde^ par M. Cousin.

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