DISPOSITIONS DES BORDELAIS
paysan et du citadin, c'était les ruiner et les décourager bien vite par ces excès mêmes. Au contraire le concours du Parlement donnait une sorte de légalité, et maintenait un certain ordre dans la révolte en mettant a sa disposition les caisses des recettes de l'impôt. Aussi s'efforça-t-il d'abord de gagner à la cause des princes le Parlement de Guienne. On sait que c'était à Condé que Bordeaux était redevable des conditions de sa paix avec la cour, et, à moins d'un mois de distance, c'eût été montrer une ingratitude notoire que de repousser sa femme et son fils dans l'infortune : la reconnaissance était un devoir pour les Bordelais. De plus, à l'exception du rasement de la citadelle de Libourne, le duc d'Épernon n'observait aucune des conditions. Ses agents continuaient leurs pillages et leurs dévastations : Martinet se signalait par sa barbarie à Libourne; du Uoignon ravageait le pays de Montferrand, d'Ambès et du Médoc, enlevait à ces contrées plus de quatre mille tonneaux de vin, qu'il expédiait à La Rochelle etauBrouage.La nouvellede l'arrestation de Condé ne fit qu'augmenter l'insolence du duc, qui voyait son ennemi renversé; son ambition n'avait plus de bornes quand il songeait à l'alliance projetée de son fils avec la nièce de Mazarin. D'Agen, oîi il s'était retiré auprès d'une belle bourgeoise, Nanon de Larligues, il gouvernait despoliquement la Guienne, qu'il haïssait autant qu'il en était détesté.
La reconnaissance et la haine disposèrent donc les Bordelais à écouter les propositions de Lenet, et bientôt ils promirent de recevoir la princesse et son fils, à condition toutefois qu'ils enti-eraient avec une suite peu nombreuse, et sans amener les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld, dont le Parlement se défiait. Lenet, après avoir