RUINE DE LA VICOMTE DE TURENNE
fortifié Montrond, et l'avoir approvisionné comme pour un siège de plusieurs années, en laissa la garde au brave marquis de Persan, et conduisit la princesse du côté de Bordeaux, en la faisant s'arrêter à Turenne. chez le duc de Bouillon Pendant dix jours, il y eut des fêtes continuelles, où, jusqu'à ce qu'on fût ivre, on portait des toasts en l'honneur de Condé, debout, plus souvent à genoux, la tête découverte et Tépée nue.
On peut se tigurer la ruine qui en résulta pour ce pelit pays, en voyant, dans cette seule année, le duc de Bouillon lever, à main armée, trois années de ses revenus. De son côté, Lenet envoyait force circulaires pour faire révolter villes et nobles et se procurer de l'argent; les autres intriguaient avec l'Espagne, avec de La Force et Saint-Simon. Bergerac, Agen et Libourne, en haine de l'avide Nanon, se révoltaient et se donnaient à la Fronde; Bouillon obligeait Brive-la-Gaillarde à se déclarer pour le même paiti , en entassant force fagots aux portes, et en menaçant d'y mettre le feu et d'abandonner la ville au pillage en cas de résislance. Ce fut une ruine pour Brive, dont les dettes furent si considérables, qu'après la paix elle fut forcée d'aliéner une partie des terrains, des fossés et des remparts, avec le droit du pied fourché sur les bestiaux, pour faire face à ses emprunts; heureuse encore d'avoir rencontré, dans cette époque d'égoïsme, un homme de dévouement, François Dumas, seigneur de Prades, président du présidial de Brive, qui employa une fortune considérable à secourir ses malheureux concitoyens*.
1. Marvaud, Histoire politique, civile et religieuxe du Bas-Limousin
t. II. — Arch. imp,, reff. -, f. 103. — Il v avait au château de Tu
renne quatre tables de vingt-cinq couverts dressées nuit et jour.