PILLAGE DES BLÉS ÉRIGÉ
çais, et souvent il arrivait que le parti des deux qui se trouvait le plus fort regagnait sur l'autre le butin qu'il emportait. Tout était comme dans urtabandon gi'-néral, sans qu'on pût entrevoir le remède à tant de ,.^,gmux. i( Bientôt la disette dp la farine se fit plus sentir que celle du blé; l'armée occupait une partie des moulins pour sa subsistance, les autres ne pouvaient fournir en assez grande quantité aux bourgeois et aux villageois. On mit en état ceux de la ville, quelques particuliers, par la persuasion où l'on était qu'après la prise de Château-Porcien Reims serait assiégé, en firent construire ; mais ces moulins travaillaient lentement, et la mouture de chaque setier coûtait le triple de ce que l'on payait aux autres moulins.
« Pendantque la disette désolait ainsi les villes et villagfs de Picardie et de Champagne, tout abondait dans les petits camps de Praslin et de Rosen; ils vidainnt les granges dans la vallée de Noron et depuis la Montagne jusqu'à Fîsmes, et venaient vendre le blé à Reims avec au- ^ tant d'assurance qu'en auraient pu avoir les laboureurs auxquels ce
js^ I grain appartenait. La défense qu'on avait faite d'en acheter fut levée le , 23, et l'on apaisa ainsi le murmure du peuple, qui criait qu'on le lais-
sait périr en Ucmpôchant d'avoir des vivres pour son argent. On permit aux cavaliers d'entrer avec leur charge de blé et de farine, qu'ils exposaient en vente dans !e marché ; le seigle fut taxé à quatre livres et le froment à huit livres. Dès que la ville, fut ravitaillée, on renouvela les défenses, et le 24, on refusa la porte h deux cents cavaliers qui auraient affamé la campagne, si l'on eût toléré plus longtemps ce commerce de brigandage. »
Une chanson de l'époque attribue à Praslin l'honneur d'avoir défait 50,000 vaches et 200,000 moutons. On ne saurait croire à quel point le sentiment moral du bien et du mal s'oblitère h ce^taine^^ époques, môme dans les plus hautes régions. Une lettre du duc de Chaulnes, gouverneur de Picardie, au Chancelier semble supposer que le ministre prit bientôt son parti de ces pillages continuels et qu'il songea même à en profiter pour approvisionner à meilleur marché ses troupes : « 21 août 1649... les munilionnaires de l'armée d'Harcourt achètent les blés que les soldats, et particulièrement les Allema.ids, enlèvent de tous côtés... L'honneur de cette corn-