PAGE INÉDITE DE L'HISTOIRE
rendre la justice que l'histoire lui a déniée jusqu'ici. Sa gloire s'est perdue dans le nimbe mystique de saint Vincent de Paul, et bientôt l'ingratitude et les passions des contemporains ont effacé jusqu'à son souvenir. Aussi est-ce pour l'historien un devoir de payer la dette arriérée de la reconnaissance nationale, et nous sommes surpris que M. l'abbé Maynard, qui cite ['aumône chrétienne, ait continué cette conspiration du silence. L'équité commande, selon nous, d'honorer d'une égale reconnaissance les bienfaiteurs du pays, qu'ils aient appartenu à l'Église ou qu'ils soient sortis des rangs de la société; leurs titres publics sont les mêmes, ils ont servi de toute leur force, tie tout leur pouvoir la cause de l'humanité. Pouniuoi donc une différence dans la récompense? pourquoi à l'un la gloire et le retenlissement autour de son nom, pourquoi l'ombre et le silence autour de l'autre? La part de saint Vincent de Paul est assez belle, ce nous semble, pour qu'on ne refuse pas aux autres la cé.ébrité que leurs œuvres méritent.
La préface d'un livre publié en 1651 nous a révélé ce fait intéressant par sa nouveauté.
« La France ayant été affligée d'une grande famine en 1649, un très-pieux et très-charitable magistrat se sentit ému de Dieu et animé à se consacrer tout à la charité et à se joindre dans un commerce si saint avec quelques-uns de ses amis et quelques dames encore plus illustres par leur piété solide et par leur charité exemplaire que par leur condition et par leur naissance... Les succès qui ont suivi cette union ont justifié que Dieu avait conduit des âmes si désintéressées. Comme il ne leur suffisait pas d'avoir de l'argent, s'ils n'avaient des personnes fidèles pour le donner fidèlement, Dieu leur a fait trouver en toutes les provinces qu'ils ont assistées divers particuliers trèspieux qui ont été comme les mains de ces cœurs, les aumôniers de ces laï(iues et les médiateurs entre les riches charitables de Paris et les pauvres misérables de la campagne. Ces serviteurs de Dieu ont exposé si courageusement leur vie aux visites des malades, dont le nombre