‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 167 sur 420 · LES RELATIONS CHARITABLES · texte numérisé non relu

LES RELATIONS CHARITABLES

produisirent le plus heureux effet; des appels si nombreux, si éloquents, si convaincus, ne pouvaient manquer de produire de grands résultats :

« Ces peintures vives et parlantes, qui représentaient aux yeux d'un nombre infini de lecteurs la vérité des choses, qu'ils n'eussent pu apprendre que confusément par le bruit commun, qui est toujours vague et mêlé de faussetés, en ont ému qui paraissaient insensibles; elles en ont échauffé qui semblaient plus froids que le marbre. On a vu des gens pieux qui, n'ayant point d'argent, sont venus chez ce magistrat avec un notaire pour prendre à rente une somme considérable, laquelle ils ont toute mise entre ses mains ; il s'est aussi trouvé quelques dames qui ont vendu leurs pierreries et leur vaisselle d'argent pour satisfaire à leur devoir de chrétiennes, et la reine même, jusqu'au cabinet de laquelle ces Relations ont porté le récit des maux extrêmes des provinces, donna sur-le-champ ses pendants d'oreilles, qui ont été vendus 16,000 livres, action qui devrait faire rougir toutes les princesses et les dames qui portent, quand elles se parent, ce qui suffirait à remédier aux nécessités pressantes de toute une province. » — « Paris, de septembre 1650 en mars 1651, envoya plus de 80,000 livres en Picardie et en Champagne, dont 32,000 livres pour nourrir 1 0,000 personnes, tant malades que veuves, orphelins et languissants, 20,000 livres pour acheter des semences; il a fallu encore une quantité prodigieuse de couvertures et d'habillements pour garantir du froid ceux qui étaient nus; on a établi aussi des hôpitaux pour les pauvres malades, étant plus de 800 en môme temps, et fourni des instruments à ceux qui étaient guéris, afin qu'ils pussent travailler de leur métier et gagner leur vie. »

La détresse universelle et ces relations émurent même un homme qui jusqu'alors s'était montré avide de plaisirs, et médiocrement préoccupé des intérêts de la société et des devoirs de sa profession, le chanoine Maucroix, l'ami de l'insouciant La Fontaine. Sous l'empire de cette émotion l'ancien avocat, oubliant ses badinages poétiques, devint un apôtre de l'humanité, et dans un mémoire chaleureux exposa la misère de la Picardie et de la Champagne. M. Louis Paris a publié, dans son excellente Notice sur Maucroix, un extrait de ce mémoire, qui ne fait

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