MISÈRE DU BERRI
tentatives de La Rochefoucauld, qui s'était m6rae avancé jusqu'à Lusignan; mais le maréchal de La Meilleraye l'avait obligé à la retraite. C'était pour la cour une conquête importante; au centre du royaume, cette province serait devenue redoutable entre les mains de la faction. Le Berri avait aussi sa part des malheurs publics : les troupes royales s'avancèrent de tous côtés en se livrant au pillage autant par nécessité que par habitude. Le gouverneur, Saint-Aignan, avait en outre formé un régiment de trente compagnies, qui, disséminé dans les paroisses, vivait à leurs dépens; les habitants de Bourges se plaignaient en vain : le gouverneur faisait de belles promesses, mais les désordres continuaient toujours. De son côté, la garnison frondeuse de Montrond Saint-Amand multipliait ses courses dans un rayon assez éloigné, et allait même jusqu'aux portes de Moulins, ainsi que le prouve une lettre de M. de Saint-Géran, gouverneur du Bourbonnais, au ministre Letellier ^ Le Bourbonnais souffrit tellement que le souvenir en est resté dans la mémoire rancunière des paysans, qui se sont transmis ta durable impression de ces souffrances par la tradition, seule histoire qu'ils connaissent encore. C'est aux dévastations des Polonais qu'on rapporte toutes les ruines qu'on rencontre dans le Bourbonnais, et dont la mention se
1. Archives du dépôt de la guerre, lettre du 14 septembre 1650. — Raynal, Histoire du Berri. Pour l'épisode des Polaques, voir le Cabinet historique de M. L. Paris, lettre de M. Meilheurat (mai et juin 18G0), et notre réponse (novembre 1860). On trouve dans le même recueil une anecdote curieuse qui fait connaître les habitudes de Saint-Gérau : « Ce maréchal étant en son lit de mort fit son testament, dans lequel il ordonnait plusieurs restitutions. Une infinité de gens à qui il avait oté le bien, ayant appris les bonnes dispositions du maréchal, vinrent le trouver pour avoir aussi leur part en ces restitutions. Mais Saint-Géran, voyant que pour restituer à tant de personnes son bien n'y pourrait suffire, déchira son testament et mourut sans avoir restitué à qui que ce soit. »