MISÈRE DU LANGUEDOC
merci, le mal naturellement est pins grand. Par sa position géograpliique entre la Guieniie et la Provence, et par son voisinage avec l'Eepagne, qui mettait ce royaume ennemi en communication directe avec Condé, le Languedoc pouvait considérablement agrandir le champ des opérations militaires des princes rebelles : maître du Languedoc, Condé était maître de tout le Midi et en état de résister avec succès aux armes royales. Diverses raisons semblaient devoir entraîner celte province : gouvernement particulier du duc d'Orléans, dont la conduite fut des plus inconséquentes durant ces (roubles ; pays d'États, elle avait des privilèges nombreux et importants à défendre contre la politique envahissante de l'administration centrale; elle renfermait dans ses limites des territoires entiers, habites par des protii'Stants, si faciles autrefois à soulever; l'humeur ardente de ses habitants, la haine invétérée du Sud contre le Nord, les souvenirs encore vivants de l'indépendance de Toulouse, capitale du duché d'Aquitaine ou du comté de Toulouse; tout, selon les apparences, paraissait devoir faire de cette province éloignée de Paris un centre d'insurrection. Nulle cependant ne demeura plus fidèle, malgré les calamités qui l'atteignaient ainsi que le reste de la France : outre un budget écrasant, elle eut aussi à subir les gens de guerre ; les registres du Parlement, les archives locales n'offrent à l'historien qui les parcourt que plaintes et doléances.
Les souffrances ont été telles pendant 1650, que le 7 février suivant le Parlement de Toulouse décrète un arrêt portant défense aux receveurs des tailles de les lever à main armée; leur enjoint de tenir en compte les dépenses que les gens do guerre ont causées ; ainsi un
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petit village, celui de Yillaux-Savary, par exemple, a payé une contribution de 9,2(52 livres 8 sous; lévèque d'Embrun, de son côté, se plaint au nom de tous les évoques et arcbevôque:, et en particulier de ceux de Languedoc et de Guienne, « pour les logements et passages continuels des gens de guerre, dont les ecclésiastiques soutïrent en leurs bénéfices, de telle sorte que plusieurs avaient été contraints de les abandonner par les surcharges des impositio is qu'on leur avait fait payer en certaines provinces pour des droits d'aides et pour les octrois des villes au préjudice de leurs exemptions*. »
La Provence était toujours tourmentée à la fois par la peste et par sa querelle avec son gouverneur le comte d'Alais, devenu duc d'Angoulême par la mort de son père. On peut juger de la force du fléau par ce fait que les Provençaux, si jaloux de leurs libertés municipales, ne songèrent pas, en 1630, à l'élection des consuls à Marseille. Le 14 mars, le mal étant un peu moins grave, on fit ces élections, qui déplurent au gouverneur ; aussitôt il envoya son g:ndre le duc de Joyeuse, pour lequel les Marseillais professaient une estime particulière, à cause de son père le duc de Guise. Ne sachant comment éconduire ce haut personnage sans manquer aux égards qu'on lui devait, les habitants eurent recours à un stratagème : on répandit le bruit que la peste recommençait avec plus de fureur ; comme celle annonce n'avait pas
1. Ces plaintes du clergé se retrouvent partout : lors de l'expédition de Guienne, Mazariu décrète une somme de 200,000 livres à prendre sur tous les ecclésiastiques du royaume. Le Recueil des délibérations de l'assetiiljle'e fjénérale du cierge' nous fait connaître l'énergique opposition de l'archevêque de Reims, motivée sur la ruine de la province ; l'évèque de Soissons déclare que son clergé ne pourra probablement pas payer les décimes, bien loiu de fournir sa part de cette taxe extraordinaire, montant à 10G7 livres 10 sous.
suffi pour metli'e en fuite le duc, on fit passer devant ses fenêtres, avec les précautions usitées en temps de peste, tous les malades qu'on portait à l'hôpital et tous les morts des dilïérents quartiers qu'on conduisait au cimetière. La ruse réussit à merveille : Joyeuse, frappé de frayeur, alla en toute hâte rejoindre son beau-père à Aix. Mais bientôt le duc d'Angoulême, mécontent d'avoir été ainsi joué, marcha contre la ville. Marseille était sur ses gardes : il dut renoncer à son projet de châtiment. Le Parlement, de son côté, avait confirmé l'élection et soutenait les Marseillais auprès du iiiinistre; Mazarin, comprenant le danger de maintenir un gouverneur dans un pays où il était généralement détesté, el craignant de plus, comme les députés le lui représentaient, que ce gouverneur ne songeât à s'unir avec les princes cl à leur livrer la ville, l'appela à Paris, et pour colorer cette disgrâce, manda en même temps le chef des mécontents, le comte de Garces (septembre 1650). Mazarin, selon son habitude, temporisa; sans approuver le duc d'Angoulême, il n'accordait cependant pas son changement aux demandes réitérées des Provençaux, et la Provence souffi-ait cruellement de ces incertitudes.
En Guienne, les affaires étaient encore en plus mauvais étak d'Épernon, toujours sûr de l'appui de Mazarin, avait refusé de livrer le commandement des troupes au maréchal de La Meilleraye, qui lui amenait des secours, et le chassa même de la province sans s'inquiéter des ordres du roi; bientôt, apprenant la prochaine arrivée de la cour, il poussa la guerre avec vigueur et vint camper aux portes de Bordeaux, où son arrivée jeta la consternation et la fureur. Dès lors on se laissa emporter en avant dans la révolte, et le Parlement rendit un arrêt