‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 237 sur 420 · LA COUR VA EN BERRI · texte numérisé non relu

LA COUR VA EN BERRI

cendraient par la Picardie et la Champagne, devient impossible depuis la retraite de Turenne. Une partie des régiments des princes cantonnés en Picardie refusent même de suivre leurs chefs; 3,000 liommes seulement vont rejoindre les Espagnols à Stenay, qui venait de se déclarer pour les princes ainsi que Seurre et le château de Dijon.

De quel côté la cour portera-t-elle ses premiers coups? la reine penche visiblement pour Stenay, qui doit la rapprocher de Mazarin; Ghâteauneuf décide cependant Louis XIV à frapper directement sur cet odieux chef de troubles, cet orgueilleux prince de Condé dont le magnifique cortège avait tant humilié le roi quelques mois auparavant dans une rencontre au Cours-la-Reine. Les maréchaux Aumont et La Ferté-Senneterre sont envoyés vers le nord; Harcourt au sud; Louis marche sur le Berri. Paris est laissé à la garde de Mole et du duc d'Orléans que Gondy, par la promesse du chapeau rouge, s'engage à maintenir fidèle.

Les princes n'avaient fait que paraître dans la province, et déjà les ruines jonchaient le sol du Berri ; le 21 septembre, un immense incendie dévorait à Issoudun prés de 700 maisons de cette vieille ville, et la rumeur publique accusait Condé. Le prince donnait ainsi une marque terrible de son mécontentement contre une ville qui avait aidé le lieutenant du Berri, M. de Saint-Aignan, à reprendre le château de Baugy; depuis ce temps, Condé proférait dans toutes les occasions les paroles les plus amères contre Issoudun, et surchargeait les habitants de garnison : au début de la guerre, il anéantissait tout ce qui pouvait le gêner ou lui résister.

L'arrivée de l'armée royale ne fit qu'aggraver le mal :

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Chàteaui'oux. se débarrassa d'un hôte aussi incommode au prix d'une indcmnilé de 10,000 livres; à Bourges, le ri'giment de la reine se présenta pour lenir garnison. Comme on refus;iit de le recevoir, il se mit à dévaster toutes les paroisses des environs. La ville l'admit enfin ; mais bientôt, sous prétexte d'être mal logé et mal traité, le régiment recommença ses excès, et pour (|u'il s'éloignât, il fallut s'engager à lui payer par mois la somme considérable, dans les misérables circonstances où l'on se trouvait, de 11,500 livres, et on eut beaucoup de peine à la réunir. Il fallait aussi fournir aux besoins du parti de Condé : le 18 septembre, M. de Persan vint de Montrond à Bourges pour se procurer de l'argent, se rendit à la maison du commis-général des gabelles, prit 18,000 livres qui se trouvaient dans la caisse ; par ses ordres, le grenier à sel fut ouvert, on mil en vente le minot de sel à 20 et môme à 16 livres, tandis que le prix ordinaire était au moins de 30 livres.

Cependant la marche du roi inquiétait Conti : pour maintenir plus facilement son autorité, il fit arrêter ceux *qui lui faisaient de l'opposition, le maire de Bourges Claude Biet, et les marquis de Sessac et de La Fayette. Mais enfin il fallut céder, et Conti partit pour Montrond avec M. de Nemours, madame de Longueville et les habitants les plus compromis. Le roi entra à Bourges et alla loger dans la maison de Jacques Cœur ; pour récompenser les habitants de leur fidélité, Louis leur accorda la remise de l'impôt de 4,500 livres qui servait à la réparation de la grosse tour, qu'il fit démolir : lui-même ôla la première pierre de sa main, et le peuple, avec cet acharnement qu'on avait déjà remarqué lors de l'ordonnance de Richelieu contre les lieux forlitiés à l'intérieur,

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