‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 250 sur 420 · Ms. Ueiiesde, cité par Thibaudeau, Histoire du Poitou · texte numérisé non relu

Ms. Ueiiesde, cité par Thibaudeau, Histoire du Poitou

326 ROHÂN PREND PARTI

tout ce qui la concerne entend et ordonne que tous

les gentilshommes de cette province faisant profession des armes jouissent pleinement et paisiblement de l'exemption des gens de guerre en leurs maisons et lieux à eux appartenant, tant dans les villes, bourgs et lieux fermés qu'à la campagne...; défense d'y contrevenir, d'enlever quoi que ce soit, à peine de punition exemplaire. » Par contre, on ne fait rien pour les mendiants, qui sont si nombreux. « Les rues, les places publiques, les portes des églises en regorgent, dit un historien de cette province ; l'air était infecté de leur malpropreté, ils favorisaient les larcins des domestiques, la nuit ils volaient les passants et le jour filoutaient dans les églises. » L'attention de la cour était vivement appelée vers l'Anjou, où le gouverneur, longtemps incertain, semblait enfin pencher, timidement encore il est vrai, vers la révolte : le 24 décembre, il avait refusé au régiment de Picardie, qui rejoignait l'armée royale, le passage par le Pont de Ce; et pour s'assurer de cette position importante sur la Loire, il y avait établi un poste. Cependant ce premier acte d'insubordination l'inquiétait; pour le justifier il envoya à la cour un gentilhomme chargé d'expliquer sa conduite : il avait craint, disait-il, que la présence des troupes royales ne causât un soulèvement dans le pays. Il semble vraiment, à lire toutes ces proclamations, à entendre tous ces discours, que, à certaines époques, le sens des mots change complètement : les princes appelaient tranquillité publique tous les actes qui pouvaient le plus troubler et détruire cette paix si nécessaire, comme ils appelaient liberté la licence de tout opprimer.

Le déchaînement général qu'excita le retour de Mazarin mit un terme aux hésitations, à l'incertitude de

Rohan; ne jugeant pas que l'ancien ministre pût résister à un acharnement si unanime, à un tel déploiemenl de passion, le gouverneur de l'Anjou voulut d'avance prendre rang parmi les vainqueurs. Après deux ans de tergiversations, il se déclare pour son ancien bienfaiteur Condé, et par son activité répare le temps perdu : Angers est mis en élat de défense; Rolian lève un régiment de cavalerie et un d'infanterie, et par maintes caresses cherche à s'attacher l'ancien parti populaire des Loricards, naguère si cruellement réprimé. 11 fout lire, d'après une chronique angevine, le discours que le duc tint à une réunion des corps de métiers convoqués dans son hôtel, et que rapporte M. Berger dans son travail, la Fronde en Anjou :

« Messieurs, vous savez combien je vous ai considérés, portant vos intérêts autant ou plus que je n'ai fait les miens propres; ce que j'ai fait par le passé n'est rien en comparaison de ce que je prétends faire aujourd'hui. Vous savez que les princes ont une armée à laquelle va se joindre toute la France , pour prendre le cardinal Mazarin en quelque lieu qu'il se réfugie. Voici une lettre (jetant quelques papiers sur la table) par laquelle il me prie de lui mettre en main la ville d'Angers pour en faire sa place d'armes et lieu de refuge; il me promet payer comptant mon gouvernement et même m'en donner à l'avenir un plus considérable. Mais faire cela, c'est penser à mon profit et à votre perte; c'est faire mes affaires par la ruine des vôtres, me mettre en faveur auprès du roi, de la reine, de Mazarin, et vous, en disgrâce auprès do toute la France, dont les armes venant à bref délai vous assiéger pour avoir le Mazarin, vous feraient périr avec lui. Je n'ai garde ; je vous aime mieux que tout l'or et Targent, et je veux m'exposer à périr pour votre conservation. »

Cette scène de haute comédie, jouée avec un grand aplomb, eut tout le succès que le duc en attendait; le plus grand nombre, ébloui par ce langage désintéressé, sentit renaître son ardeur passée et répondit par des cris de dévouement au duc, « sans considération ni respect

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