SIÈGE D'ANGERS
pour qui que ce soit. » Après le duc, le chef du peuple fut un certain docteur Voisin, boute-feu célèbre qu'on retrouve mêlé à tous les épisodes de la Fronde en Anjou : la noblesse se divisa entre le parli de la cour et la Fronde. Les gens de justice et le clergé s'attachèrent généralement au roi ; aussi, profitant de l'absence que fit l'évêque Arnauld, Rohan lui ferma les portes d'Angers et lui interdit tout retour, puis fit un coup d'État contre la magistrature. Ayant appris que le présidial d'Angers s'était assemblé pour faire acte d'adhésion à Mazarin, il se transporta au palais oii il fit arrêter le lieutenant général Boylesve, frère de l'évoque d'Avranches et tout dévoué comme celui-ci à Mazarin.
De pareils faits appelaient nécessairement l'attention de la cour, qui alla s'installer à Saumur, pendant que trois colonnes de troupes commandées par d'Hocquincourt, de Broglie et de Navailles pénétraient en Anjou : le pays eut bientôt à souffrir de ces singuliers protecteurs, recrutés pour la plupart en Allemagne.
« Tout le pays entre Saint-Léonard, Trélazé, Saint-Augustin, Sainte- Gemmes, Saint-Bartliélemy, Sorges, Saint-Laud , fut dévasté par les anciens vainqueurs de Magdebourg ; toutes les fermes, toutes les maisons de campagne qu'ils rencontrent sur leur chemin sont pillées et brûlées; les amis mômes n'étaient pas épargnés : la maison de plaisance Enautard, de l'évêque d'Angers, fut saccagée par eux. »
Cependant frondeurs et royalistes avaient les yeux fixés sur Angers. « Il semblait, dit La Rochefoucauld, que toute la France fût en suspens pour attendre l'événement du siège. » Là en effet était le véritable nœud de la situation : le duc d'Orléans empruntait même aux gens de sa maison, afin de se procurer 100,000 écus, nécessaires à Beaufort pour aller au secours de Rohan ; il