RUINE DE L'ANJOU
à une contribution de guerre de 150,000 livres et était menacée du pillage ; l'intervention de son évêque la sauva : un matin que la reine se présentait pour communier dans l'église où ce prélat officiait: « Recevez, dit-il, en lui présentant l'hostie, recevez votre Dieu, qui es* mort sur la croix en pardonnant à ses ennemis. » Cette supplication éloquente et solennelle adoucit la reinemére, et bientôt la contribution fut réduite des deux tiers. A Baugé, une autre intervention, celle de mademoiselle de Melun, princesse d'Épinay, retirée dans cette ville comme sœur hospitalière dans l'hôpital de Saint-Joseph qu'elle y avait fondé, préserva cette ville du pillage: beaucoup d'autres maisons religieuses furent moins heureuses : les unes ne durent leur conservation qu'à des rançons considérables^ un grand nombre furent pillées, comme l'abbaye du Perray, le prieuré de l'Eviéres'; partout la campagne était ravagée à plusieurs lieues à la ronde des villes oîi tout corps de troupes s'était arrêté; aussi les chroniques locales parlent-elles de bandes de 200,000 pauvres qui vinrent solliciter la charité publique à l'occasion du jubilé. Les désordres étaient si grands qu'on avait été obligé de reculer la publication du jubilé universel accordé par le pape Innocent X en 1650 jusqu'en 1653^. Nous avons trouvé le même relard pour le diocèse de Pans, où le jubilé ne fut célébré qu'en avi il
La cause des princes éprouvait d'autres revers en Guienne : Condé, après avoir fortifié les places de la Dor-
1. M. Berger parle d'un manuscrit curieux, l'histoire de ce prieuré, qui renferme les plus tristes détails sur ces scènes de barbarie.
2. Histoire de l'église et du diocèse d'Angers, par l'abbé Tresvaux, ancien vicaire général de Paris, 1858, t. 11.