‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 266 sur 420 · S'EMPARE D'ÉTAMPES · texte numérisé non relu

S'EMPARE D'ÉTAMPES

pis lorsqu'on eut épuisé le grenier à sel et les greniers à grains, qui étaient assez bien approvisionnés. »

Ce mouvement des deux armées et l'arrivée de la cour à Saint-Germain anéantissaient la transaction qui avait promis de respecter Paris à dix lieues à la ronde : de toutes parts, les populations s'enfuyaient devant l'armée royale et venaient se jeter dans la capitale :

« Ces paysans, dit La Porte dans ses Mémoires, n'avaient de couvert contre les grandes chaleurs du jour et la fraîcheur de la nuit que le dessous des auvents, des charrettes et des chariots qui étaient dans les rues ; quand les mères étaient mortes, les enfants mouraient bientôt après, et j'ai vu sur le pont de Melun, où la cour vint quelque temps après, trois enfants sur leur mère morte, l'un desquels la tétait encore. »

Les bestiaux qu'ils amenaient avec eux périssaient bientôt faute de nourriture; il fallait nourrir toutes ces bouches affamées; un renchérissement considérable des denrées ne tarda pas à s'ensuivre : avec la faim, la fermentation se mit dans la multitude. On ne savait plus à qui s'en prendre ni qui écouter. Le Parlement et l'hôtel de ville se déconsidéraient peu à peu par leur inaction, leur incapacité visibles; ils ne savaient ou ne pouvaient imposer la paix aux princes, n'osaient pas s'unir avec eux pour chasser résolument Mazarin, et, d'un autre côté, n'obtenaient aucun succès dans leurs négociations avec la cour. La haine contre le cardinal subsistait assez vive pour que la plus grande p irtie de la population ne voulût le recevoir à aucun prix ; cette haine se changeait en mépris pour la reine qui, après avoir lianni le ministre comme concussionnaire et pirate, le rappelait quelques mois après, lui livrait la direction des affaires de son fils et de son royaume. La partie honnête des bour-

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