CARACTÈRE POLITIQUE
geois, lasse à l'excès, abhorrait les princes, auteurs de toutes ces calamités, mais n'avait pas le courage de leuirésister ouvertement, intimidée par la canaille qui leur servait d'escorte. On n'avait d'audace que dans les pamphlets : là on s'attaquait à tout et à tous, institutions el personnes ; tantôt on proclame la supériorité des États généraux, au-dessus des rois et des lois fondamentales; tantôt cette doctrine constitutionnelle fait place à des tendances en faveur de l'aristocratie : « Les rois ne peuvent former d'entreprise de conséquence sans l'avis des princes du sang. » Bientôt le même libel liste, Dubosc-Montandré, renverse l'idole qu'il vient d'élever : « Les grands ne sont grands que parce que nous les portons sur nos épaules; nous n'avons qu'à les secouer pour en joncher la terre '. » C'est le même Montandré qui écrit : « En matière de soulèvement on n'est coupable que de modération. »
Aujourd'hui encore, dit M. Floquet, on s'étonne quand, lisant les écrits de ces temps-là, on y voit traités, discutés, avec autant de hardiesse que de méthode les plus graves problèmes. « Si les rois sont d'institution divine? S'ils ont un pouvoir absolu sur nos biens et sur nos vies? Si les conditions avec lesquelles les peuples se sont donnés aux rois ne doivent pas être inviolables? Si leur gouvernement doit être monarchique ou aristocratique, pour le bien commun du prince et du peuple? S'ils doivent avoir des favoris; si leurs favoris doivent entrer dans le conseil, et prendre le gouvernement des affaires? Si les trois États ont droit de se mêler des affaires des princes; de remédier aux désordres du royaume? « Des libelles cou-
1. Ce passage ne rappelle-t-il pas l'épigraphe du Journal de Prudhomme, les Révolutions de Paris, en 1789 : « Les grands ne paraissent grands que parce que nous sommes à genoux. Levons-nous. »