LFS DETTES ÉCRASENT LE PAYSAN
la semaine dernière, dit une de leurs lettres, a tiré plusieurs filles du danger imminent de perdre leur honneur, » que les malheureuses vendaient quelquefois pour un morceau de pain ; si elles échappaient au désespoir, elles succombaient d'ordinaire sous la violence. Toute fille trouvée dans un village est une fille perdue, de quelque condition qu'elle soit. Les Pères vinrent encore au secours de ces malheureuses, que les soldais en partant abandonnaient sans ressources. « On a commencé, écrit un missionnaire, h les retirer dans la communauté de filles de Sainte-Marthe, de la ville de Reims, où elles sont dressées à s'occuper ne quelque travail. » On allait même chercher celles qui s'étaient réfugiées dans les carrières de la montagne, dans le fond des bois, pour échapper à la brutalité du soldat, et quelquefois, c'est triste à dire, du paysan lui-même, leur compagnon d'infortune.
Ces longues épreuves du malheur commençaient à endurcir tous les cœurs, à étouffer tout sentiment généreux : on songeait à soi avant tout; c'est avec la dernière dureté que les créanciers exigeaient de leurs infortunés débiteurs l'acquittement de leurs précédents engagements. Le Parlement de Paris fut obligé do veiiii à leur secours par un arrêt du 13 juin, et de rétablir les i-elations sociales en accordant dans toute la Picardie et la Champagne aux débiteurs une surséance pour le payement de leurs dettes, afin qu'aux souffiances de ces malheureuses populations ne vinssent pas encore s'ajouter les émotions et les tourments de la contrainte, de la saisie, de l'expropriation *.
1. M. Michelet a remarqué dans son livre le Peuple que les paysans, après avoir acquis en grand nombre de petits domaines sous Henri IV