‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 290 sur 420 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

L'union ne peut subsister entre le duc d'Orléans, Condé et Charles de Lorraine. — Charles traite bientôt avec la cour; , levée du siège d'Étampes. — Tentative de la cour pour ramener la paix. — Les princes la font échduer. — Journée du 25 juin au Parlement. — Combat du faubourg Saint-Antoine. — Récit de l'incendie de l'hôtel de ville et du massacre de la municipalité, le 4 juillet, d'après de nombreux documents inédits. — Les contemporains sont unanimes pour en rejeter le crime sur les princes et principalement sur Condé.

L'apparence d'union dont on avait, voulu donner au peuple un témoignage par l'arrivée simultanée des irois princes, Orléans, Condé et Charles de Lorraine, entrant de front à cheval dans Paris, ne pouvait durer entre de pareils personnages : une question d'étiquette, la préséance à laquelle le duc lorrain prétendait sur Condé comme duc souverain, faillit les hrouiller; on parvint cependant, giâce à un compromis, à rétablir Taccord entre ces caractères difficiles et jaloux les uns des autres.

Charles était en ce moment le héros de la capitale, l'objet de l'admiration universelle, et comme diplomate avant joué Mazaiin, et comme capitaine, arrivant à Paris sans se laisser entamer et sans perdre un seul homme; le mari aux deux femmes ne semblait pas moins curieux et

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intéressant aux belles amazones, dont les unes lui faisaient des avances (madame de Châtillon), et les autres l'écoutaient volontiers (mademoiselle de Alontpensier. madame de Guémenée, madame et mademoiselle de Chevreuse). Mais celles qui avaient eu l'heur de le captiver étaient mesdames de Frontenac et de Montbazon *. Il leur faisait sa cour eu leur apprenant des contes assez libres qui paraissaient divertir beaucoup le plus grand nombre, ou en leur racontant les habitudes de ses soldats qui, disait-il, ne maiigeaieni pas seulement les chiens et les chevaux morts, mais aussi les hommes, dont ils avaient déjà mangé plus de dix mille; et un jour ayant trouvé dans un couvent deux vieilles religieuses qui n'étaient pas bonnes à autre chose, ils en avaient fait du bouillon ; son armée était donc la providence des vieilles femmes. Ou il se moquait de tout le monde : des dames, du cardinal de Retz, du prince de Condé, etc. Le Parlement seul, tidèle à ses traditions de patriotisme français, refusa au duc d'Orléans de laisser asseoir sur les fleurs de lis un prince ennemi de l'Étal. Malgré les ovations dont il était l'objet, ce petit échec lit comprendre au duc de Lorraine sa fausse position : il avait aussi à se plaindre de la hauteur de Condé, qui l'appelait à son secours et ne voulait pas rendre au Lorrain les places que lui. Condé, avait reçues de Mazarin. C'était pour un pareil allié qu'on voulait que Charles risquât son seul bien, son unique patrimoine, l'armée qu'il amenait, contre un capitaine aussi redoutable que Turenne. Aussi, profitant du prétexte que les princes n'avaient pas tenu leur promesse et n'avaient ni soldats ni argent, Charles se montra plus facile

1. Voir le charmant récit de M. d'Haussonville, t. II, p. 330 et suiv.

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