‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 292 sur 420 · TRAITE AVEC LA COUR · texte numérisé non relu

TRAITE AVEC LA COUR

Cliâteauneuf pour le roi et le duc de Loi-raiue : d'après les conditions, l'armée royale devant Étampes devait, si la villr n'était prise, se retirer, le 10 juin, à quatre lieues de la ville , et Charles devait sortir du royaume dans les quinze jours. Le tout se passa comme on en était convenu. Aussi l'étonnement fut-il grand dans Paris lorsque, quatorze jours après l'entrée de Charles, on apprit qu'il avait abandonné la France, et qu'il s'en allait tranquillemenl , payé à la fois, comme à son arrivée, par l'Espagne et la France, et pillant encore plus qu'à son premier passage. Le jour môme du départ du duc Charles, la cour prit un grand parti, qui devait aboutir à la paix, ou au moins rejeter sur ses ennemis la responsabilité de la guerre; elle répondit aux députés du Parlement que si les princes voulaient donner des garanties sérieuses de leur désarmement, de la soumission de leurs adhérents et de la rupture de leurs traités avec l'étranger, on « permettrait au cardinal de se retirer, en lui donnant un emploi éloigné, après avoir rendu justice pour la réparation de son honneur. » Ce n'était pas le compte ties princes : en rendant suspectes les conditions, les exigences préalables de la cour, ils traînèrent les délibérations du Parlement; mais un retard n'était pas suffisant pour eux. Condé organise alors une Fronde enragée, singulier mélange de canaille et de gentilshommes, de vieux soldats qu'il habille en ouvriers, maçons, savetiers, tous gens de corde, habitués au sang et prêts aux plus mauvais coups. « C'est dans la même intention, dit Fleureau dans son Histoire d'Étampes, de maintenir Paris attaché à son parti et d'en éloigner le roi, que Condé avait fait venir, les 22 el 23 juin, son armée d'Élampes, où elle avait séjourné deux mois. Pour mettre l'affaire

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en train, un de ces hommes tire deux coups de pistolet sur Gaston, et attaclie d'un lien solide au prince de Condé, du lien de la terreur, cet homme indécis et pusillanimt^'. Restait à appliquer le même procédé au Parlement. Déjà, depuis longtemps, chaque jour d'assemblée, le peuple se pressait devant le palais de justice en criant: « La paix et point de Mazarin I » sous prétexte de mazarinisme , les magistrats étaient exposés aux plus grands périls, à l'issue des séances. Le 25 juin, Condé voulut en finir. Pendant l'assemblée, un malentendu de deux compagnies de la milice bourgeoise les fait s'entre-égurger sur le quai des Orfèvres. Ce premier conflit met l'exaspération au comble : « La paix ou l'union avec les princes! crient les afTidés; voilà quatre ans que le Parlement nous a excités pour ses intérêts partiiuliers; il nous a valu le siège de Paris, l'absence du roi, la ruine de notre trafic. Qu'il fasse la paix et nous tire de notre misère, ou nous l'assommerons! » Lorsqu'à la sortie de la séance on appiit que le Parlement n'avait pas encore achevé sa délibération sur la question de savoir qui le premier donnerait des gages, la cour ou les princes, l'exaspération fut au comble : à coups de poing, de bâton ou de fusil, on força les magistrats à rentrer pour terminer la délibération. Le Parlement, effrayé, s'évada comme il put*, et, pour ne pas être exposé à de pareilles scènes, il suspendit ses séances jusqu'à ce que l'hôtel de ville eût trouvé les moyens de « garantir la sûreté de la jus-

1. Voir Dubuisson, manuscrits, depuis le mois d'avril 1652. « 11 n'y eut pas un seul cnnseiller, dit Talon, lequel était reconnu comme tel (car plusieurs sortirent travestis), qui ne souffrît injures, malédictions, coups de poinjr, ou coups de pied, ou coups de bâton, et qui ne fût traité comme un coquin. »

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