Conrart, Mémoires
2. Marigny, letUe du 7 juillet, dans le Cabinet historique de M. Louis Paris, et ms. Lenet, Bibl. imp.
allez I et si vous ne faites pas ce qu'il faut, nous vous tuerons au retour! » Ce qu'il fallait, c'était l'union du Parlement et de la ville avec les princes, proclamer le duc d'i. rléans lieutenant général du royaume , Condé généralissime des armées, comme on fit au Parlement le 20 juillet suivant.
L'assemblée réunie attendait les piinces, qui avaient fait annoncer leur visite, lorsque se présenta un trompette du roi apportant Tordre de remettre la délibération à huitaine. La venue de ce messager redoubla le mécontentement des masses*, et « aucuns disaient tout haut que c'était des lettres composées à Paris, à dessein d'empêcher l'assemblée de prendre quelque généreuse résolution, et (ju'il fallait jeter le trompette et ses dépêches dans la rivière. » Le roi, dans ces lettres, se plaignait qu'on eût reçu les troupes de Condé dans la ville : « Sa Majesté croyait certainement que c'était la canaille, et non l'ordre de la ville et la bonne bourgeoisie qui avait donné cette retraite, qui n'empêcherait pas que Sa Majesté ne continuât ses bonnes volontés à la ville, l'assurant qu'elle lui ferait monter des vaisseaux chaigés de grain et venir le pain des environs, à l'ordinaire. »
« Pendant la lecture de ces lettres, à chaque période, on faisait des huées comme l'on en eût fait dans les halles. » Vers cinq heures, comme on n'avait aucune nouvelle des princes, on envoya le maître d'hôtel de la ville au
1. Cette remise d'une séance où l'on devait délibérer sur les moyens de remédier à la misère présente « met le peuple en colère, étant capable de faire mourir cent mille âmes. » Ce détail, emprunté à un manuscrit du marquis Amelot de Chaillou, a été cité par M. Cousin, p. 419, Appendice, Madame de Longueville pendant la Fronde. C'i st la seule circonstance atténuante qu'on puisse invoquer en faveur des auteurs de cet horrible guet-apens, et le plaidoyer déguisé du marquis ne l'a pas négligé.
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Luxembourg pour s'informer du retard , car déjà la plupart des membres, ennuyés d'attendre, se levaient. Pour les occuper, le procureur du roi et de la ville, Germain Piètre, prit la parole. Dans l'exorde de son discours, comme piémisses à sa conclusion, l'orateur montrait que souvent le royaume avait été sauvé de grands dangers, par l'union du roi et de la capitale, et notamment pendant la régence de Blanche de Castille, mère de Louis IX (allusion transparente aux événements, et qui était pour ainsi dire un lieu commun que nous avons déjà rencontré dans le discours du Coadjuteur et dans plusieurs autres); puis, entrant au cœur de son sujet, il dit qu'il fallait courageusement représenter au roi que « l'État périclite; que sa bonne ville est en danger, agitée de toutes parts; que les magistrats sont dans l'impuissance" d'arrêter les séditions qui s'élèvent tous les jours, et faire considérer à Sa Majesté qu'elle est enfermée dans ce vais- eau, aussi bien que ses sujets, avec toute sa fortune; qu'il en est le pilote et le maître, et, en cette qualité, chargé de le conduire... » Il concluait à supplier le roi de « nous donner la paix et sa présence, en nous ôlant la cause et le sujet de nos maux, pour raison de quoi le Parlement et le corps de ville avaient fait tant de remontrances. » Cette périphrase désignait probablement, dans la pensée de l'orateur, Mazarin; mais son nom n'était pas prononcé. Le discours finissait à peine que « s'élevèrent plu>ieurs voix confuses qui firent grand bruit, et qui dura assez longtemps. Il y eut des personnes assez qualifiées qui dirent tout haut que, dans touies ces conclusions, il n'y avait rien contre le cardinal Mazarin ; que c'était la pierre d'achoppement contre laquelle il fallait former une union de toute la ville avec les autres
compagnies, ce qui étonna fort les gens de bien. » On remarqua en même temps qu'il s'était glissé dans la salle quantité de gens qui n'y étaient point appelés. Le procureur du roi, ayant obienu le silence, montra dans un nouveau discours que tout ce qu'il avait représenté « était , directement contre le cardinal Mazarin, et les voies qu'il fallait tenir pour abréger nos maux. » L'arrivée du duc d'Orléans coupa court à l'incident. Le bureau alla au devant de lui, et bientôt il fit son entrée avec les princes de Condé, de Guémenée, les ducs de Beaufort et de Sully, et plusieurs autres personnes de condition, « tous ayant de la paille dans les mains ou à leur chapeau. Son Altesse royale comme les autres ; » aussi le maréchal de L'Hôpital ne put s'empêcher de lui dire « qu'il entrait avec les marques de la sédition dans la maison du roi^ » Son Altesse royale commença par remercier, en son nom et en celui du prince, l'assemblée du passage qu'elle avait
1. Ce fait important suffirait presque à lui seul pour démontrer l'existence d'un complot arrêté à l'avance. Comment ces princes, qui « descendaient de leurs carrosses, » auraient-ils eu à la main le signe du ralliement? — Talon et Ciinrarl parlent également des observations sévères que le duc de Rohan adressa la veille à C^ndé cuntre son projet, mais inutilement; et les deux cents habits d'ouvriers loués la veille chez un fripier pour habiller des soldat-, et ces chambres louées également dans des maisons de la place de Grève, où l'on avait pratiqué dans les murs des meurtrières qui répondaient juste aux fenêtres de l'hôtel de ville? Qui avait ordonné, préparé tout cela? Et ce Blanchart, capitaine du régiment de Bourgogne, tué dans la mêlée, porté dans l'hôtel de Condé et entené le lendemain à Saint-Sulpice; et cet officier de cuisine du prince de Condé pendu dans la suite pour la part horrible qu'il avait prise à la journée, La seconde relation donnée par M. Cousin dans l'Appendice de Madame de Longitevtlle poidunt la Fronde dit qu'on y remarqua aussi des « laquais du duc de Beaufort, et que la plupart de ces canailles étaient attitrées par les princes. » Conrart, dans ses Mémoires, rapporte qu'il y avait environ huit cents soldats mêlés aux bateliers et gagne-deniers du quartier do la Grève, et que la d<''pense monta, à 4,200 livres. 11 n'y a donc là aucun des caractères d'une émeute spontanée ou accidentelle, mais un guet-apens bien arrêté.
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accordé aux troupes, les priant d'agir de même à l'avenir, en pareille occasion; Condé renouvela ces témoignages de gratitude et ces assurances de dévouement à la ville. Le bureau les remercia de ces senlimenls et leur fil part de l'objet de la délibération. A cetle nouvelle, les princes se levèrent de leurs places et « firent grandes montres de la paille qu'ils portaient avec des gestes qui ne pronostiquaient rien de bon. » A leur sortie, quel(iues-uns des gens du prince commencèrent à dire en murmurant « qu'ils n'avaient pas eu sujet de grande satisfaction de celte assemblée; » et beaucoup de témoins rapportèrent plus tard (]ue, pendant que ces affidès furent sur la place de Grève parmi le peuple, on les vit donner de l'argent à des gens, auxquels ils dirent que « Ihôtel de ville n'était rempli que de mazarins, et qu"il fallait faire main basse*. »
C'était le signal de commencer les violences aux(|uelles on se préparait de longtemps, car, avant quatre heures, déjà, tous les passages de l'hôtel de ville étaient aux mains des factieux., et le feu mis en deux endroits, du côté de Saint-Jean. La greffière s'en étant aperçue, l'envoja dire à l'assemblée longtemps avant que Son Altesse royale fût arrivée; mais on n'en tint pas compte, « comme ayant
1. Ce récit des Registres rie l'hôtel de ville est plus fidèle dans les termes quf^ celui deCoiir.irt; il est peu probable que les princes aient osé aller puldiqueme[it aussi loin que le ra;iporte ce chroniqueur: « Dés que les princes parurent sur le perron qui pst dans la Ijrcve, ils dirent à la population : Ces gens-ià ne veulent rien faire pour nous, ils ont dessein de tirer les choses en longueur et de tarder liiiit jours à se résuudre; ce sont des mazarins, faites-en ce que vous voudrez. » Cependant le Journal de Dnbui~s(jn-Aubenay attribue ce langage au comte de Béthune : « Ces messieurs assembl'^s demandent encore huit jours de délai pour faire l'union, et que partant c'était au peuple à l'aire ce qu'il aviserait là-dessus. » Alors la canaille Commença à crier qu'il fallait égorger el brûler les mazarius.
voulu battre celui qui en apporta la nouvelle, que l'on fit passer comme raillerie. » A peine le bureau, qui avait accompagné les princes, eut-il repris sa place, pendant que le gouverneur demandait, sous forme de proposition, si l'on procéderait à prendre les avis ou si l'on remettrait au lendemain, à cause de l'heure, « que l'on commença à tirer des coups de mousqueton et de fusil, tant du côté de Saint-Jean que dans les fenêtres de la grande salle du côté de la Grève, au milieu des cris : Union! Union! » L'attaque était « selon les règles de la guerre, » exécutée non pas seulement par des gens du peuple, mais par des soldats « choisis et qui agissaient comme ils eussent fait à l'attaque d'une place, » des coups en ligne droite par les meurtrières construites dans les maisons en face de l'hôtel de ville ^ tirant régulièrement et de front. « Plusieurs coups passèrent tout au travers de la salle, et portèrent jusqu'à l'autre côté de la cour, oii les marques y sont toutes visibles; ce qui obligea la compagnie de se retirer de côté et d'autre pour tâcher à sauver sa vie, » cherchant, de concert, les lieux les plus reculés de l'hôtel de ville, ou bien se couchant tout à plat. Le signal fut, dit-on. « donné des fenêtres de la grande salle par un inconnu qui s'était glissé avec beaucoup d'autres » pour jouer cette tragédie 2. Dès lors, la
1. Bechefer, le substitut du procureur général, dans l'enquête qui eut lieu plus tard, remarqua dans « les chambres des deuxième et troisième étages des maisons vis-à-vis l'hôtel de ville, des trous faits exprès pour tirer droit dans les fenêtres. » L'avocat général Biguon lui dit « qu'il serait peut-être périlleux d'en informer particulièrement, d'en avoir trop de lumière, qu'il valait mieux n'en point parler. » Reg. de l'hôtel de ville.
2. Marigny, qui partit avec les princes de l'hôtel de ville, .'îemble confirmer ce t'ait dans sa Re/afioti à Lenet : « Nous n'étions pas à vingt pas dans la rue de la Moitellerie que l'on tira un coup de l'hôtel de ville, auquel le peuple, qui était dans la Grève, répondit. »
marche de la journée se précipite : le feu est mis en même temps à toutes les autres portes de l'hôtel. C'est en vain que le colonel des archers de la ville, ses officiers et ses archers, assistés des gardes du gouverneur, essayent, « avec toute la résolution que Ion peut attendre d'eux, » de barricader les principales avenues; vainement aussi le curé de Saint-Jean s'avance avec son clergé, le saint-sacrement en main : cette exhibition est impuissante à calmer la rage des assaillants; le vicaire qui le poi'tait est mis en joue, et, au milieu des injures et des pierres, on force le clergé à se retirer'. Dans l'assemblée, l'effroi, la terreur, le désordre, sont au comble ; déjà on a abandonné la grande salle comme trop dangereuse^, par suite des balles qui arrivent des maisons en face; les uns cherchent inutilement des armes pour résister, d'autres se cachent et cherchent à fuir, les religieux se confessent entre eux, et remplissent le même office pour tous ceux qui veulent se mettre en état de bien mourir. Toujours les mêmes cris : « Union ! Union! » se font entendre.
On décide enfin le gouverneur, le prévôt des marchands, les écbevins et d'autres, à signer une déclaration d'union dans la forme que veulent les princes. Le maître des requêtes, Miron, celui qui a battu le tambour pour les premières barricades de la Fronde, le 26 août 1648, se charge, malgré les prières de ses amis, de la porter; il espère que ses services passés doivent le mettre à l'abri du soupçon de mazarinisme, et que sa présence et l'écrit d'union qu'il apporte vont mettre fin à la sédition. A peine a-t-il paru qu'il est frappé, blessé, tué; « ce qui étonna beaucoup de monde. » A cette vue, le désespoir
1. « Sans ces démonstrations, disent les Registt'es de l'hôtel de ville, toute la compagnie et la maison de ville même étaient perdus. »
succède à la terreur. Quelques députés ont cependant trouvé une issue, « liasardant le tout pour le tout; ils descendent des fenêtres qui sont au plus haut de l'hôtel de ville dans i'hôpital du Saint-Esprit, qui occupait l'aile gauche de l'hôlel; mais ils sont bientôt découvejts, et une partie de la bande se porte de ce côté, fait ouvrir les portes de l'hôpital, qu'ils mettent au pillage, et arrêtent aussi les fuyards. Le receveur eut la plus grande peine à sauver sa caisse, et sa frayeur fut telle, qu'il en mourut quelques jours après. En vain le président Charton, le second de Broussel, une des victimes du Te Deum de 1648, ainsi que Goulas (Secrétaire du duc d'Orléans, qui, resté quelques minutes après le départ des piincespour affaires, avait été ensuite retenu comme otage dès que l'attaque avait commencé), écrivent en gros caractères sur des papiers le mot union et le jettent par les croisées; en vain l'assemblée met aux fenêtres de la salle où elle était un drap blanc, en signe de paix, la populace trouve moyen de l'abattre et le briile*. La multitude ne veut rien écouter et redouble ses efforts : « aucuns des plus forts et des plus robustes avaient pris sur leurs épaules des solives qui sont d'ordinaire posées à terre, près le pied de
1. Une des relations publiées par M. Cousin, d'après le manuscrit de M. Amelot de ChaiUou, rapporte un fait que nous n'avons vu nulle part, qui est absolument invraisemblable et qui n'est yisiblement qu'une excuse inventée le lendemain par le parti des princes, honteux des événements : « Ceux du dedans ayant mis à une fenêtre une épée nue et un mouchoir, la paix ou la guerre, on aurait commpncé à tirer contre plus qu'auparavant. » Nous le répétons, cette conduite insensée est impossible de la part de citoyens pacifiques, revêtus d'un caractère de magistrats, assiégés d'une multitude furieuse dont ils ont tout à redouter, et sans moyen de défense. Cette même relation ajoute un fait curieux : « Quand ce peuple avait tué quelque mazarin, un crocheteur ou autre le mettait sur ses épaules et allait le montrer dans les rues. »
la croix de la Grève, vers la rue de la Tannerie, où l'on met hors de la fange les sacs des échantillons de blé exposés aux marchands, et s'efforçaient de rompre avec les solives la grande porte do l'hôtel ; mais, la porte se trouvant forte, ils eurent recours a la paille et aux fagots, et mirent le feu tant à la grande porte qu'aux deux petites, qui furent bienlôt consumées. Cela commença vers les quatre à cinq heures, que l'on vit la fumée de toutes les extrémités de Paris, où l'on dit que c'était i)Our brûler les mazarins*. » Ce fut vers neuf heures que les portes furent ouvertes; dés lors on n'entend plus que ces mots qui servent en quelque sorte de ralliement et d'aiguillon : « A moi, Condé; à moi, Bourgogne 2. » La résistance des archers et des gardes devenait des lors impuissante : Blanchart, capitaine du régiment de Bourgogne, et vingt-cinq ou trente hommes de sa cabale, se jetèrent à main armée sur la grande montée; quelques-uns, et Blanchart de ce nombre, fui-ent tués par les archers; mais l'émeute n'était pas moins victorieuse. « Les coquins font tous les désordres imaginables, ils fouillent et volent la garderobe, rompent trois guichets d'armoire, prennent tout le
1. Dubuisson. C'est l'incendie dont le commencement fut signalé par la greffière.
2. Mailly, Esprit de la Fronde, t. V, p. 432. Cet historien bourguignon, tout dévoué à la famille des Condé, à qui il dédie sou livre, dit à ce propos, « mots de ralliement assez singuliers, si c'étaient réellement les soldats du prince qui s'en servaient, quoiqu'il ne fùi pas impossible que dans la chaleur du tumulte cette imprudence ne leur échappât; il était pourtant assez croyable, ajnute-t-il aussitôt, qu'ayant tant d'intérêt à ne point se découvrir, il fallait en accuser les émissaires de la cour, qui avait elle-même tant d'intérêt à rejeter tout l'odieux de cette scène sur les princes. » Cette hypothèse de Mailly n'est pas admissible : comment supposer que la cour effrayât ses partisans et le? jetât ainsi dans les bras des princes, ou bien fit assassiner ceux sur qui elle pouvait compter pour, rentrer dans la ville? Comment à distance organiser avec cette précision une pareille journée?
392 INCENDIR ET MASSACRE
linge et la vaisselle d'argent qu'ils y trouvent, malgré le greffier Lemaire, qu'ils maltrailent horriblement ; ils veulent se faire conduire par lui au lieu où était l'argent des renies de la ville, menaçant, poignards et pistolets sur la gorgo, de le tuer, quand il aurait mille vies. » Au bout d'une demi-heure de lutte, il parvint enfin a se racheter, moyennant 100 louis : ils le chassent de Thôlel de ville pour être plus en liberté; car Lemaire seul s'opposait à eux. Dehors, ce fut encore pis pour lui : dès qu'il eut mis le pied sur le seuil de la porte, il reçut dix-sept coups d'épée ou de baïonnette et trois grandes contusions, dont il fut très-lo.igtemps à guérir; il fut encore obligé de débourser pour se garantir de la mort, et enfin jeté par la tourbe sous les piliers du Saint-Esprit.
D'autres furent moins heureux et moururent des suites de cette journée; parmi eux, Legras, maître des requêtes qui, à Orléans, s'était opposé aux princes et à Mademoiselle. Gonrart rapporte que le meurtrier disait à chaque coup qu'il portait : « Si tu en es échappé à Orléans, tu n'en échapperas pas ici.» Suivant la relation publiée par M. Cousin, Legras, ayant composé de sa liberté avec un homme qu'il rencontra dans sa fuite, moyennant douze pistoles qu'il avait, fut conduit par ce coquin jusqu'au bas de l'escalier de l'hôtel de ville, oîi celui-ci, après avoir reçu son argent, lui bailla quatre coups de poignard, et un autre qui survint, deux coups d'épée sur la tête, et ensuite le dépouillèrent. N'étant pas mort sur l'heure, il fut porté par quelques spectateurs chez un chirurgien de la Grève, où il expira deux jours après. Ferrand, conseiller en Parlement; Yon, épicier, ancien échevin; Legrand, avocat au parlement et bailli de Saint- Victor ; Savari, Janvri, Leboulanger, auditeur des comptes, tué à
coups de poignard et de baïonnette; Pressant ou Froissant, marchand de fer de la place Maubert et marguillier de Saint-Étienne du Mont; Guillois, premier échevin, sont aussi au nombre des victimes. Pour se faire aider dans leur hideuse besogne, les émeutiers avaient ouvert les prison.- et fait sortir les malfaiteurs, qui se répandaient de tous côtés. Fatigués de frapper, ils songent enfin à leurs intérêts, et oflVent de sauver du massacre tous ceux qui peuvent payer leurs tristes services. « Les uns comptèrent le prix sur-le-champ, les autres le remirent au lendemain et l'effectuèrent dans la crainte d'un traitement plus terrible; il s'en trouva beaucoup qui, pour une trentaine de pistoles, échappèrent ainsi, portés sur le dos de leurs bourreaux, à travers la foule » qui, respectant en eux ses pareils, les laissa exercer en paix leur lucrative industrie*. Le conseiller de la grand'chambre, Doujat, qui cheminait avec Legras, fut enlevé dans une maison, et là promit dix louis d'or, si ceux qui le tenaient le rendaient sain et sauf à sa demeure, ce qui fut fait. Le président de Guénégaud promit dix pistoles à d'autres qui le tirèrent de là ; mais au premier corps de garde du carrefour des rues de la Coutellerie, Jean-Pain-Mollet et Jean de l'Épine, ils le perdirent et furent contraints de l'abandonner dans les mains de plus forts qui le menèrent par la place aux Veaux et du Chevalier du Guet, vers la Monnaie ; se voyant près de son hôtel, il leur persuada de le mettre en maison bourgeoise (chez M. de Sève de PIotard), plutôt qu'en un cabaret, oîi Us le pensaient menei-: mais il fallut encore composer et doubler la somme, et
1. Ce fut dans cette circonstance que le fameux perruquier Didie r.Xinour, immortalisé par Boileau dans le Lutrin, sauva par la force de son bras quelques-uns de ses amis. Brossette, Commentaires.
394 LETTRE INEDITE
ainsi ils eurent deux cents livres et bien à boire. Les premiers, avant eux, lui avaient pris son cbapeau et un manteau et pourpoint de taffetas rayé, lui baillant haillons au lieu de cela pour le déguiser, et faire passer pêle-môle avec eux, qui étaient cinq, par tous les corps de garde qui étaient très-fréquents, et sans cela ils ne l'eussent jamais fait passer ni Xîonservé à eux; il était le troisième recommandé au sacrifice des princes, après et avec le gouverneur et le prévôt des marchands '. Force élait d'accepter les secours de ces avides massacreurs -, car les rues qui aboutissent à la Grève étaient barricadées, et des bourgeois sous les armes en défendaient l'approche et repoussaient tous ceux qui voulaient forcer les barrières pour sauver quelques victimes. Dès le commencement, un avocat au conseil du roi. Du Buys^ voyant de chez la dame Compagnon, tante de sa femme, chez Bourdelas, cliirurgien,'mettre le feu à l'hôtel de ville, se sauva avec un sien