CONTRE CONDÉ
OU huit endroits, toutes les portes des avenues brûlées et consumées, celles des salles toutes rompues; la figure de Henri IV, qui était à cheval au-dessous de la grande porte, toute gâtée, tant par le feu que par les coups de mousquelades tirés contre les pierres de l'enceinte du portail de la grande porte; les fenêtres, vitres, volels de la ville, du côté de la Grève principalement, rompus, fracassés et percés; les tableaux, de la grande salle et ceux des bureaux et chambre de la reine troués en divers endroits de coups d'arquebuse; la porte de derrière la montée et le hangar du côté de Saint-Jean brûlés. »
Tous les contemporains ont jeté un blâme sévère sur la conduite des chefs de la Fronde dans cette fatale journée. Voici le jugement qu'en porte l'avocat général Orner Talon dans ses Mémoires :
« Cette actiou consterna tous les gens de bien de Paris et stupéfia ceux qui y firent réflexion sérieuse; nia's la rage, la fureur, la chaleur des esprits étaient si grandes, que non-seulement plusieurs qui ne pouvaient pas approuver l'action en rejetaient la faute sur ces députés, lesquels n'avaient pas fait l'union avec les princes, quoiqu'elle ne leur a pas été demandée; d'autres sur l'arrôt du Parlement qui avait ordonné cette assemljlée; et ainsi ne voulaient pas blâmer cette action dans toutes ces circonstances, quoique c'ait été la |)lu3 farouche, la plus brutale et la plus sauvage (jui ait été faite depuis la monarchie, quand elle sera examinée dans toutes ses particularités. »
Mailly lui-même avoue, sous une foule de réticences et d'excuses, que le prince de Condéfut le grand coupable.
« Les paroles prononcées sur la place de Grève, que la mauvaise humeur, sans doute, plutôt qu'un dessein prémédité arraclia aux princes, furent la cause de tout le mal; en tm instant elles sont portées d'un bout de la Gr.ve à l'autre, mais dénaturées, mais commentées par toutes les boucliesoù elles passent; les émissaires de Condé qui, depuis le matin, s'attendaient à un signal de sa part, ne l'ajant point reçu, croient que c'est pour ce moment qu'on les a destinés, et sans attendre
m ACCUSATION DES CONTEMPORAINS
d'autres ordres, ils se disposent à employer la fureur du peuple , qui ne demandait, après avoir été retenu si longtemps, qu'un objet pour se décharger. »
Le religieux de Saint-Denis, dont le récit a été publié par MM. Leroux de LincyetDouëtd'Arcq, dit :
« L'on considéra pour lors dans Paris Condé comme un prince trèsmalintentionné, qui n'avait ni crainte de Dieu, ni amour pour sa patrie, et en particulier pour les habitants de la ville de Paris.»
Les femmes de la halle osèrent lui reprocher à luimême sa conduite :
« La crierie de 80 ou 100 femmes qu'on envoyait au palais demander la paix aux princes fut si grande, que M. le prince de Condé en vint aux invectives avec deux ou trois des plus résolues, leur reprochant qu'elles étaient payées par les mazaiins, et elles eurent assez de hardiesse pour lui répondre qu'elles n'étaient pas femmes à dix-se\it sols comme les assassins de l'hôtel de ville. » Mémoires du P. Berthod, 1652, p. 583.
Deux pièces de vers que nous croyons inédites, insérées dans les documents qui accompagnent le journal de Dubuisson, s'attaquent directement à Condé : pour détourner de sa personne l'horreur publique, il feignait un grand chagrin de tous ces événements.
Condé, l'unique auteur de nos plus grands malheurs, Par qui toute la France aujourd'hui désolée Ne parait plus qu'un grand et triste mausolée, Et l'on confond partout et le sang et les pleurs,
• Solennise à ton gré par tes feintes douleurs Le massacre insolent d'une illustre asïjemblée : Prête à la foy publique hautement violée De beaux déguisements et de fausses couleurs;
L'on n'en connaît pas moins la cause du carnage; A travers ta pitié, l'on remarque ta rage, L'on sçait les intérests qui l'ont fait esclater.