‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 309 sur 420 · REMISE DU LOYKR DE PAQUES · texte numérisé non relu

REMISE DU LOYKR DE PAQUES

vent plus se continuer au milieu de pareils désordres: par impossibilité même, les contrats ne sont plus exécutés. On ne sera donc pas surpris de rencontrer une nouvelle exemption de payement des termes accordée par le Parlement aux locataires et sous-locataires de Paris, sur leur requête :

Requête ries habitants de la ville et faubourgs de Paris présentée à la cour de Parlpment pour la remise des quartiers de Pâques , Saint- Jean et Saint Hemij procJiains, attendu la minière du temps.

Supplient très-humblement les principaux locataires et sous-locataires de la ville et faubourgs de Paris, remontrant qu'ayant depuis quatre années soufïerl et enduré tous les plus grands effets de la misère du temps, qui sont la guerre, la famine et les maladies dangereuses, avec toute la peine imaginable, se sont vus réduits comme au désespoir de pouvoir subsister, et à Timpossible de survivre à tant de maux. Vu que durant le cours des troubles présents qui agitent la France, toutes affaires cessent, le commerce n'étant ])lus en usage, les marchands ne pouvant continuer leurs trafics de marchandises, et les pauvres artisans et gens de métier, chargés de femme et d'enfants, meurent journellement de faim, de pauvreté et de langueur, n'ayant de quoi s'employer pour gagner leur vie. Pressés de néce-sité, leur dernier recours est la mendicité, refuge des misérables : de s( rte que le mal est encore plus grand, que ce remède extrême n'a point d'effet, tant à cause du nombre infini des pauvres qui sont dans Paris, que de la cherté des vivres, du bois et de toutes sortes de denrées qui n'y viennent qu'après avoir payé de grandes sommes d'argent aux ports, aux passages et au\ entrées des villes que les gens de guerre tiennent et occupent, ce qui est le sujet de la cliprté de toutes choses, qui sont aujourd'hui à des prix excessifs, et dont les pauvres gens de métier, faute d'argent, n'en peuvent avoir. Et néanmoins il se voit que, sans avoir égard ni considération à une multitude incroyable de personnes dénuées de biens, ne trouvant emploi pour g;igner ni avoir du pain, on ne laisse pas de contraindre les locataires , dans leur grande incommodité, d'aller à la garde des portes, pendant que leur pauvre famille pâtit et gémit dans la nécessité : chose cruelle et digne de compassion, telle que, si à présent ils étaient forcés de payer un seul terme, la plus plus grande partie, quoiqu'ils vendent jusqu'à la paille de leur lit, ne e pourraient faire.

Ce considéré, Nosseigneurs, et que la misère est encore plus grande

ACCORDÉ PAR LE PÂRf,EMENT AUX LOCATAIRES 409

qu'on ne la représonte, plaise b, la cour d'avoir pitié d'un si grand nombre de pauvres locataires, que la nécessité urgente, joint avec le désespoir, pourraient enfin les porter à quelque sédition très-dangereuse, laquelle il faut l'viter par tous les moyens possibles. Et en cette considération , il plaira à la cour ordonner qu'elle les dis;'ense de payer les loyers des trois quartiers de Pâques, dernier passé, Saint-Jean et Saiut- Remy prochain, comme leur étant impossible de ce faire, quelque contrainte (lu'on leur fasse, ou à faute de ce, les disjjenscr d'aller à la garde des portes; à quoi ils ne peuvent vaquer pendant que leur famille meurt de faim; étant plus raisonnables que les propriétaires des lieux qu'ils occupent, fournissent des homincs à leurs dépens pour<illcr à la garde des portes, que les pauvres habitants locataires, dont la plupart sont sans armes et n'ont aucun tnoyon d'eu avoir. Ce sera une œuvre de justice et de charité qu'ils espèrent de la cour et qui ne demeurera point sans récompense, s'il lui plaît les soulager par cette remise des trois quartiers de loyers jusqu'à ce qu'il plaise à la bonté divine nous octroyer la paix et donner moyen au pauvre peuple de gagner sa vie. Et vous ferez bien. Paris, 19 juin 1652.

Suivent soixante-seize noms de mareiiands, bourgeois et artisans de Paris, demeurant sur les pont Saint-Michel, pont au Change, rue de la Barillerie et environs du Palais; cette conduile ayant été imitée par les principaux locataires des autres quartiers de la ville, le Parlement prit la requête en considération et le conseiller Fedeau fut nommé rapporteur de cette affaire. Son rapport étant favorable ainsi que les conclusions du procureur général, la Cour, par un arrêt du 6 septembre, déchargea les demandeurs du quartier de Pâques dernier, et quant à celui échu au jour de Saint-Jean suivant, elle renvoya les parties à la barre de la Cour pour contester par instance de chaque quartier, rue et conditions des personnes en la matière accoutumée '.

Dans un autre recueil de pièces (Bibl. Mazarine) se trouve une autre ordonnance du Parlement se rapportant

Page 1