‹ La Misère au temps de la Fronde et saint Vincent de Paul (volume 3)Chapitre 311 sur 420 · MISÈRE EXTRÊME A ÉTAMPES · texte numérisé non relu

MISÈRE EXTRÊME A ÉTAMPES

se passait à Etampes qui, dans ces Relations sert de point de comparaison.

L'armée des princes était sortie d'Etampes, le 23 juin, après un séjour de deux mois :

« La ville était presque vide d'habitants, beaucoup étaient morts, et d'autres s'étaient absentés, et de ceux qui restaient, la plupart étaient languissants et malades, et il y a de l'apparence que cette misérable ville se ressentira encore longtemps (l'auteur dom Fleureau écrivait ces lignes en 1683, c'est-à-dire plus de trente ans après le siège d'Etampes !) des désordres de cette guerre dont Its funestes marques restent sur les masures de beaucoup de maisons qui étaient auparavant habitées. »

La Relation et le manuscrit d'un témoin oculaire nous permettent d'ajouter quelques ombres encore à ce sinistre tableau :

« La ville est entourée de corps morts ; ce qui reste dans des maisons en ruines a la peau collée sur les os, et rien pour les soulager... Les cimetières sont trop petits pour recevoir les corps; les loups commencent à y chercher leur pâture et sont déjà si affamés du sang de l'homme, qu'une bète court par les villages et a dévoré trois femmes. Pour surcroît de misères, Etampes se trouva tout infecté, ;\ cause des fumiers pourris qui étaient répandus de tous côtés, dans lesquels on avait laissé quantité de morts, tant d'hommes que de femmes, mêlés avec des cliarognes de chevaux et d'autres bâtes cjui exhalent une telle puanteur, qu'on n'osait s'en approcher. Les campagnes d'alentour avaient leur part dans ces tristes calamités, les champs étaient ravagés comme après un violent orage, et la plupart des villages abandonnés n'offraient que le spectacle du deuil et de la désolation >. »

Tout semblait désespéré lorsqu'on vit arriver dans ces infortunés cantons quelques hommes (lue la charité faisait voler au secours de leur? frères; ils songent d'abord à ensevelir les cadavres entassés dans divers lieux de la ville ; les habitants d'Etampes, affaiblis par la maladie ou la faim, sont hors d'état de pouvoir les seconder dans ce

j . Montroad, Essai historique sur la ville d'Etampes, 1830.

LES AÉREUX A ÉTAMPES. 413

lugubre devoir; les Lazaristes ne se rebutent pas, ils font venir de loin des hommes plus vigoureux, leur font enlever du milieu des rues ces restes hideux, de carnage et (le destruction; courageusement eux-mêmes donnent Texemple. Cinq missionnaires et cinq sœurs de charité succombèrent dans cette tâche surhumaine, véritables héros, mourant les armes à la main sur leur champ de bataille, et dignes d'èti'e appelés par leur chef « martyrs de la Charité. » Ecoutons Vincent en parler :

« Quasi tous ceux qui travaillent à Etampes y tombent malades nous avons à la communauté de Saint-Lazare toujours une vingtaine de malades, ce sont maladies qui portent à l'extrémité et dont on a grand peine h i-evenir... Nous sommes épuisés d'ouvriers à cette heure (8 octobre)... La Providence de Dieu a appelé à lui M. David, de notre compagnie, duquel on peut dire que^ en peu de temps, explevit tempora mullu. 11 y avait seulement quinze jours qu'il secourait le> malades d'Etampes. M. Deschamps, avec qui il était, «n'a fait savoir qu'il y faisait autant que pourrait faire un homme venu du ciel, relativement aux confessions, aux catéchismes, aux secours corporels, à la sépulture des cadavres à peu près corrompus. Il alla en enterre;- douze à Elrechy qui infectaient le village; après quoi il tomba malade et mourut. »

Le souvenir de David revient fréquemment; dans une lettre du 30 août écrite au missionnaire Boniclion à l'Hôlel- Dieu de Melun, on lit :

« Je suis bien marri de Tindisposition de vos missionnaires malades; la plupart des nôtres guérissent, grâce à Dieu, mais il en tombe d'autres qui prennent leur place. M. Delafosse, qui assistait les pauvres d"Etampes, en est revenu sur un brancart avec la fièvre; d'antres sont allés prendre sa place comme il avait pris celle de feu M. David, décédé dans ce lieu et dans cette sainte occupation. Nous ressentons tous les jours la perte d'un si bon ouvrier. Dieu a encore disposé à Crécy de M. Gilles, où il était supérieur, le 22 de ce mois; je ne vous dis pas combien nous en sommes affligés, parce que je ne le pourrais pas. Il plaît à Dieu de nous exercer encore par la maladie de MM. Lambert, Le Soudiez à Crécy, et Berthe en Picardie •. »

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